Jean-Paul Collaert, agronome de formation a consacré sa vie aux jardins. Ce livre né de la curiosité de son auteur et de multiples rencontres est destiné au grand public. Alliant descriptions, développements scientifiques ou historiques, anecdotes, c’est un ouvrage où piocher des données tant en histoire qu’en géographie ou à lire pour le plaisir. Toutefois ce long discours reste souvent superficiel, très inégal selon les chapitres, il est pourtant semé de tableaux de synthèses clairs et utiles.

Les céréales à la conquête du monde

L’auteur nous invite à une très longue histoire : capacités biologiques, intérêts multiples pour l’alimentation ou comme matériaux de construction, les céréales ont été domestiquées depuis les temps les plus anciens. De l’histoire de cette domestication, sa répartition géographique jusqu’aux conservatoires d’espèces si utiles à la mise au point des variétés modernes l’auteur évoque quelques-unes des hypothèses de l’évolution des peuples cueilleurs à l’agriculture pour ensuite proposer un voyage dans le temps et l’espace avec la naissance des agricultures à travers le monde. Du proche et moyen orient avec le blé et l’orge on parcourt l’Europe. C’est ensuite l’histoire du riz depuis la Chine mais aussi des zones comme en Inde où se côtoient riz et blé sans pour autant que l’Afrique soit oubliée : Égypte vouée au blé ou mil, sorgho et riz pour l’ensemble du continent. Enfin le maïs nous conduit sur le continent américain où il ne semble pas le premier aliment cultivé derrière le haricot.

Un chapitre est consacré à la saga du blé en France de la Gaule riche grenier au 20ème siècle.

Comment cultiver les céréales au mieux

Les méthodes de culture et leur évolution sont décrites avec précision : rotations antiques et médiévales, recul de la jachère, évolution du labour, apparition des engrais chimiques mais aussi maladies et incidents de culture, moissons. C’est le blé qui est le cœur de cette seconde partie. À noter une intéressante frise chronologique (p. 153).
un second chapitre consacré aux céréales face aux enjeux de l’environnement aborde les questions actuelles de l’érosion des sols et les réponses possibles du sans-labour à l’agroforesterie mais aussi la question des nitrates avec un paragraphe dédié aux problèmes spécifiques du « maïs ce grand assoiffé ». Enfin l’auteur aborde la question des consommations énergétiques, de l’effet de serre et des « agro-carburants ». Ce chapitre peut être mis en rapport avec d’autres ouvrages récents [Vincent Tardieu, Vive l’agro-révolution française !->http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article4256#.UX4bRErGuo4] [Michel GRIFFON: Qu’est-ce que l’agriculture écologiquement intensive ?->http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article4459#.UX4bN0rGuo4]

Des semences précieuses

La volonté de répondre aux défis de récoltes insuffisantes a mené à la sélection de variétés plus productives, moins sensibles à la verse ou à la rouille mais avec un risque croissant de perte de diversité. L’auteur rappelle l’existence de banques de ressources génétiques sans oublier l’intérêt des croisements obtenus par les paysans plus adaptés à leurs terres. Avec le triomphe des hybrides c’est le succès économique des semenciers privés comme de coopératives, Euralis ou Maïsadour pour la France par exemple. Le bilan est contrasté : nécessité du rachat des semences chaque année mais aussi résistance de certains avec volonté de préserver les variétés locales et refus de la confiscation du vivant (réseau semences paysannes).
L’ évocation des brevets sur le vivant est peu développée par contre une carte des grands semenciers à l’échelle monde n’est pas sans intérêt.
La question des OGM est traitée dans un dialogue imaginaire entre les voyageurs d’un train qui file vers Bordeaux. L’auteur fait ce choix considérant que cette question est trop passionnée pour un traitement plus classique. Le texte hésite alors entre explication scientifique simplifiée, apologie des OGM et critiques éparses, une mise en scène qui rend l’information peu audible.

Quand les céréales font les révolutions économiques

Cette denrée indispensable dont le manque crée parfois la révolte a conduit, très tôt, les pouvoirs politiques à intervenir : stocker, taxer, légiférer. Cette histoire est détaillée de l’époque moderne à la PAC.
Le paysage mondial de la production invite à un tour d’horizon des grands producteurs, la récente évolution de leur classement nous conduit de la Chine à l’Inde, de l’Asie du Sud-Est à l’Amérique du Nord, du couple Brésil-Argentine à l’Afrique qui malgré des progrès récents demeure un très gros importateur, de l’Australie à l’Europe et la Russie.
Les céréales, entre négoces et crises, sont des produits faciles à stocker et donc à commercer. Une évocation des grands négociants amène à une analyse superficielle de la crise de 2007-2008.
Les perspectives du futur proche semble, aux yeux de l’auteur, difficiles à envisager : le survol de la révolution verte tient plus de l’anecdote que de l’analyse, les incertitudes liées au changement climatique rendent les pronostics hasardeux.

Les céréales au quotidien

À manger et à boire, c’est à un inventaire des pratiques alimentaires qu’est consacrée cette partie/ intérêt nutritionnel mais intolérances croissantes au gluten, de la bouillie aux flocons et aux biscuits, long développement sur le pain, des pâtes à la bière. Le dialogue aurait eu ici toute sa place. Un tableau des industries en relation avec les céréales pourra intéresser l’enseignant (p 405).

Les céréales entre cultures et religions, ce chapitre est un fourre-tout étonnant, de la poésie à la chanson, des romans à la peinture, du blé dans les religions antiques au riz du culte shinto sans oublier croyances, superstitions, extra-terrestres, proverbes et dictons.

Les céréales sous toutes leurs coutures

Un long chapitre présente chaque céréale d’ici et d’ailleurs, connue comme le blé ou exotique comme le fonio: origine, mode de production et de consommation.

En spécialiste du jardin Jean-Paul Collaert n’a pas résisté à nous proposer de les cultiver au jardin, il donne ici des conseils et des adresses.

Le livre se termine sur une chronologie détaillée du temps long des céréales par contre la bibliographie est à demander à l’auteur.