1931, Les étrangers au temps de l’Exposition coloniale.
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1931, Les étrangers au temps de l’Exposition coloniale.

Sous la dir. de L. Blévis H. Lafont-Couturier, N. Jacomijn Snoep, C. Zalc, Gallimard, Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, 2008


lundi 18 août 2008

Compte-rendu Geneviève Royer, professeur d’histoire-géographie, lycée Maurice Eliot, Essonne

Cet ouvrage accompagne l’exposition qui se tient actuellement à la Cité de l’Histoire de l’Immigration. Plus qu’un simple catalogue reproduisant les documents et objets proposés par le musée, il se compose de nombreuses contributions autour du thème de l’exposition. Il offre une multitude d’informations sur des sujets peu traités. Il est impossible de rendre compte avec précision de l’ensemble des articles réunis. C’est pourquoi, ce compte-rendu se propose de mettre en lumière les aspects les plus intéressants de ces derniers.
En introduction, les auteurs rappellent la problématique qui guide cette exposition. En effet, est posée ici la question du lien entre immigration et Exposition coloniale et, plus largement, entre l’histoire coloniale et l’histoire de l’immigration. L’ouvrage est centré sur l’année 1931, celle du succès de l’Exposition coloniale de Paris. C’est aussi une année charnière marquée par la crise économique, l’émergence de nouvelles tensions et la montée des contestations dans les colonies. L’originalité de l’exposition et de l’ouvrage consiste dans la volonté de retracer les conditions de vie des étrangers, d’envisager la période selon leur point de vue et leurs trajectoires.

L’Exposition coloniale et les étrangers

Dans une première partie, l’Exposition coloniale est envisagée du point de vue des étrangers et des populations coloniales présentes en métropole. Les objectifs des expositions coloniales sont utilement rappelés ainsi que les caractéristiques de l’Exposition de 1931 dont le but est d’accroître la popularité des colonies et de glorifier l’œuvre coloniale. Les Français sont en effet attirés en très grand nombre par des aménagements monumentaux dont le plus célèbre est la reconstitution du temple d’Angkor Vat. Ce succès rend alors inaudibles les oppositions qui se manifestent. Un article très intéressant de L. Blévis fait le point sur le statut des populations coloniales installées en métropole. En effet, leur qualification est problématique puisque la qualité de citoyen leur est refusée alors qu’ils sont dans le même temps considérés comme français. L’auteur montre la complexité des différents statuts des colonisés fondés notamment sur la distinction entre anciennes et nouvelles colonies. « L’indigène » ne se définit ni comme un étranger, ni comme un citoyen puisqu’il est exclu du suffrage universel. Il est soumis à un droit particulier, le code de l’indigénat. Le statut doit être précisément défini à partir de la Première Guerre Mondiale lorsque l’Etat fait appel à la main d’œuvre coloniale. Après 1918, l’administration tente de limiter ce type d’immigration, surtout lorsqu’elle est originaire d’Afrique du Nord. Dans ce but, la préfecture de Police met en place à Paris en 1925 la brigade nord-africaine qui est chargée de surveiller et contrôler les nord-africains installés dans la capitale. Ensuite, est évoquée la présence des « indigènes » non seulement en tant qu’acteurs de l’Exposition coloniale mais aussi en tant que spectateurs. Enfin, un dernier article propose une analyse de la présence des étrangers dans le XIIe arrondissement de Paris, lieu de l’Exposition.

Les étrangers face à la crise des années 1930

Dans cette partie, il s’agit de comprendre les conditions de vie des étrangers dans le contexte de la crise des années 1930. Grâce au recensement de 1931, on peut connaître la composition de cette population étrangère. On observe une forte progression des Polonais alors que la présence des Belges, Italiens et Espagnols se maintient. Ils sont tous confrontés au déclassement et à la précarité car ils sont les premiers touchés par les licenciements. De plus, les gouvernements et l’administration ferment les frontières en réaction à la crise. Ils tentent d’encourager les étrangers à partir et limitent le renouvellement de la carte d’identité.

Des étrangers et des migrants coloniaux mobilisés

Dans un article questionnant la politisation des étrangers et des coloniaux, G. Noiriel montre que ces derniers voient leur engagement politique limité par les conséquences des politiques migratoires et surtout par les discriminations. Cependant, ils participent aux grands mouvements sociaux du début des années 1920. De plus, après cette date, la CGTU et le PCF prennent en charge leurs revendications, avec notamment la création du MOI. Cet engagement concerne cependant une minorité. Enfin, à partir des années 1930, les étrangers sont victimes des violences liées à la radicalisation politique. Dans la même partie de l’ouvrage, un article de S. Leclerq est consacré aux mouvements anticoloniaux et à leurs actions contre l’exposition coloniale, notamment l’organisation de la contre-exposition, « la vérité sur les colonies ».

Les étrangers face à l’administration

C. Rosenberg décrit précisément dans sa contribution l’attitude de la police française et l’évolution de la politique de surveillance des étrangers. Il met en valeur le rôle central de la Préfecture de police qui met au point un système de fichage et de classement des étrangers. La crise des années 1930 entraîne l’extension de ce contrôle à d’autres régions et aboutit à la création en 1934 par la Sûreté d’un nouveau système de fichage. Le renforcement des contrôles illustre « la construction de nouvelles frontières intérieures et non plus seulement extérieures ». Dans un deuxième temps, F. de Barros compare la situation des Algériens à Nanterre et Roubaix. Dans des contextes très différents, en raison des activités mais aussi de la place de l’ensemble des étrangers. L’évolution du statut des réfugiés, catégorie nouvelle née des conséquences de la Première Guerre Mondiale est ensuite abordée. En 1920, est créé le passeport Nansen qui permet aux exilés de voyager. La France devient une terre de transit dans les années 1930 alors que la SDN définit un statut plus protecteur du réfugié. Cependant, au moment de la crise, la France durcit ses positions et remet en cause les conventions de la SDN.
Enfin, est présentée l’évolution de l’acquisition de la nationalité française. Un loi de 1927 assouplit les conditions pour être naturalisé et dans l’ensemble, les demandes sont accueillies favorablement.

Les uns et les autres

Comment évolue la perception des étrangers après la Première Guerre Mondiale et surtout pendant la crise des années 1930 ? L’article rédigé par C. Zalc souligne la montée de la xénophobie dans les années 1930 non seulement au sein de la presse mais aussi parmi la classe politique qui vote un certain nombre de lois visant à limiter l’accès des étrangers à l’emploi. La thématique de la concurrence déloyale est tout particulièrement développée parmi les professions libérales. Elle se double d’un antisémitisme de plus en plus répandu. Ces idées sont aussi diffusées parmi les représentants des artisans et des commerçants. Pour l’auteur, ces discours traduisent la « banalisation de la lecture raciale des populations ». Les autres articles de cette partie explorent les regards photographiques, les mariages mixtes et la vie des Algériens à Paris. Deux exemples particuliers sont développés : le parcours de trois familles arméniennes et le cas de Polonais membres du Racing Club de Lens.

L’étrange étranger.

Enfin, les auteurs proposent une approche culturelle de la question. Plusieurs contributions évoquent la place des artistes étrangers à Paris qui est une des plus grandes capitales culturelles de l’entre-deux-guerres, accueillant les avant-gardes. C’est le cas tout d’abord de l’Ecole de Paris dans les années 1920 qui symbolise non pas un courant esthétique particulier, tant ses membres incarnent des tendances diverses, mais plutôt le cosmopolitisme qui règne alors dans la capitale. Ensuite, le surréalisme attire lui aussi bon nombre d’artistes étrangers et s’engage dans l’anticolonialisme.
A côté de l’art, la culture populaire traduit aussi l’attrait pour l’exotisme. Dans les années 1930, les danseurs exotiques connaissent un grand succès, prenant le relais de ceux qui étaient montrés dans les exhibitions ethnologiques et autres expositions. A côté de Joséphine Baker, de nombreux artistes aussi bien latino-américains, indiens ou nord-africains ont connu un grand succès, notamment dans les revues mises en scène par les music-halls de la capitale. La chanson exprime aussi cet attrait de l’exotisme colonial.

Traces et mémoires de l’Exposition coloniale

Il reste peu de vestiges de l’Exposition coloniale pourtant marquée par sa monumentalité. De même, les archives rendent difficile l’étude de la vie des étrangers en France. En effet, les recensements comportent des limites liées surtout à l’évolution constante de la définition des catégories. Les documents pouvant retracer la vie des étrangers émanent essentiellement de la préfecture de Police et sont centrés sur les questions de la naturalisation et du contrôle des étrangers. Les étrangers ont donc laissé peu de traces dans les archives.
En conclusion, ce catalogue devrait figurer en bonne place dans les CDI. En effet, il contient des informations précieuses sur l’évolution du statut et de la perception des étrangers. L’ensemble des articles et les très nombreux documents reproduits peuvent nourrir aussi bien des dossiers d’ECJS que des TPE. De même, ils illustreraient avec intérêt les cours sur la France des années 1930 ou sur la colonisation. Il faut aussi noter que des documents complémentaires sont proposés sur le site internet de la Cité de l’Histoire de l’Immigration.

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