Préface de Françoise Thébaud

La fête des Mères n’a pas été inventée par le maréchal Pétain selon l’idée reçue qui refleurit à chaque mois de mai.
Cette fête a une source : le culte antique aux Déesses-Mères. Dans sa forme actuelle, la fête est la rencontre, au cours de la Première Guerre mondiale, entre la fête sentimentale de féministes américaines et la fête nataliste des populationnistes français. Le Mother’s Day d’Anna Jarvis et la « Journée des mères de familles nombreuses » d’Artas en Dauphiné vont donner vie à la fête des Mères dans l’entre-deux-guerres.

En imposant la préparation de la fête des Mamans à l’école, le maréchal Pétain en a fait un hymne à la Mère au foyer. Les IV et V Républiques ont entériné cette pratique. La marchandisation a fait le reste. Même si les critiques féministes n’ont pas manqué dès le début, cette fête des Mères est devenue une tradition. Aujourd’hui, elle est contestée : les mutations sociétales modifient le modèle familial, révolutionnent le rôle des femmes, plongent l’école dans le doute et vilipendent le consumérisme libéral. Néanmoins, l’impensé social d’une assignation des femmes à être de « bonnes mères » a encore de beaux jours devant lui.

Louis-Pascal Jacquemond est historien contemporanéiste, inspecteur d’académie honoraire, chargé d’enseignement à Sciences Po Paris. Membre de Mnémosyne, il est coauteur de La place des femmes dans l’Histoire. Une histoire mixte (Belin, 2010), du Dictionnaire des féministes, France XVII-XXe siècle (PUPF 2017) et de L’Europe des Femmes XVIII-XXe siècle (Perrin, 2017). Il a publié Irène Joliot-Curie. Biographie (Odile Jacob, 2014) et L’espoir brisé. 1936, les femmes et le Front populaire (Belin, 2016).