Les auteurs s’interrogent sur les trajectoires africaines dans la mondialisation tout en cherchant à échapper aux clichés afro-pessimistes comme afro-optimistes.

En Introduction sont résumées quelques considérations sur le poids du continent (30,5 millions de Km2), le morcellement politique, le passé colonial et l’histoire récente, deux cartes du PIB et de l’IDH et un constat : des sources statistiques rares et faiblement fiables.

L’ouvrage est organisé en cinq parties : Deux milliards et demi d’Africains en 2050, L’environnement sous pression, Un tournant économique, États, sociétés, territoires : tensions et recompositions, L’Afrique et le monde. Il est complété d’une bibliographie, une sitographie, la liste des acronymes (toujours utile) et un glossaire.

Deux milliards et demi d’Africains en 2050

Cette première partie montre à la fois la croissance démographique et l’urbanisation rapide. Un continent inégalement peuplé pour des raisons complexes dont la croissance est en tache d’huile à partir des foyers historiques.

Si la transition démographique est bien entamée dans certains pays elle s’amorce à peine dans d’autres (pyramide des ages de l’Algérie, de l’Afrique du Sud et de la Tanzanie). L’évolution de la fécondité est présentée en grandes aires et complétée d’une carte de l’age médian.

La démographie est un défi pour l’éducation (pages 16-17), la santé (pages18-19) entre écart d’accès aux soins, espérance de vie et grandes pandémies. Les migrations internes au continent (pages 20-21) montent les migrations de travail vers la Côte d-Ivoire ou le Nigeria et les déplacements intra et interétatiques des réfugiés. Une interrogation porte sur la place des villes et le devenir des mégalopoles : Le Caire, Lagos, Kinshasa et leur corollaire : les bidonvilles et l’économie informelle (page 23). Une double page propose en étude de cas la ville de Kinshasa.

L’environnement sous pression

Cette seconde partie s’ouvre sur la question climatique : les prévisions en matière de précipitations avec une carte sur les effets du ruissellement des eaux de surface qui introduit une double page sur l’eau (pages 30-31) : vers une gestion régionale partagée entre ressource hydrique, eau potable et assainissement. Une présentation de la situation du lac Tchad et de celle du Nil illustre cette question.

La déforestation est abordée à partir des statistiques et doublement illustrée par la forêt congolaise et la désertification de la frange sahélienne.

Un double page est consacrée aux mesures de protection : parcs et aires marines.

Un tournant économique

Partant de l’hypothèse d’une émergence au début des années 2000 les doubles pages mettent en lumière la permanence d’économies primaires d’exportation notamment liées au pétrole et au gaz (carte p. 44). Ce qui ressort c’est la grande diversité de structures des PIB de l’Afrique du Sud (70 % = services) à la Sierra Leone (55 % = secteur primaire). En matière d’agriculture la situation alimentaire demeure précaire, la carte montre à la fois les aires culturales vivrière et de rente, deux formes d’agriculture déclinées à propos du Kenya.

Si l’Afrique est toujours convoitée pour ces ressources minières des extractions nouvelles apparaissent : gaz off-shore, coltan. Les auteurs rappellent les mines artisanales (or par exemple), les conflits locaux (RDC) et le fait que les activités extractives ont peu d’effet d’entraînement sur les économies locales.

Un des freins au développement de l’Afrique réside dans le faible accès à l’électricité avec une production annuelle en 2012 de 165 gigawatts soit la production de l’Allemagne.

Les infrastructures de transport sont elles aussi peu développées (carte page 55). Le bilan du développement industriel montre que quatre pays assurent 68 % de la production même si de nouveaux opérateurs s’installent : Chine, Inde, Turquie. Les auteurs s’interrogent sur le rapide développement des TIC comme moteur d’une nouvelle économie (exemple du réseau Orange au Sénégal). Si le nombre d’utilisateurs d’internet augmente (carte page 59), deux obstacles demeurent : l’accès à l’électricité et l’analphabétisme. L’analyse des fragilités de l’Afrique su Sud clôt cette partie.

États, sociétés, territoires : tensions et recompositions

Si les frontières héritées de la colonisation demeurent stables des zones comme la corne de l’Afrique sont instables, une carte montre les conflits post-indépendance (page 67). L’étude de cas est récente : la République centrafricaine. Malgré les divisions des tentatives d’intégrations régionales existent, quelques exemples sont proposés. L’analyse politique porte sur les difficiles progrès de la démocratie .

Malgré la croissance urbaine, traitée en début d’ouvrage, les auteurs rappellent que la population rurale continue à augmenter en valeur, ils montrent que l’imbrication des économies urbaine et rurale débouche sur de nouvelles formes de territorialité : multi-résidence, hybridation des modes de vie.

L’Afrique connaît une croissance économique mais à qui profite-t-elle. Si l’extrême pauvreté recule les inégalités demeurent, le nombre des très riches progresse : intéressante carte de l’indice de Gini (égalités/inégalités, page 77). La classe moyenne difficile à définir contribue néanmoins à la croissance par la consommation et l’épargne.

L’Afrique et le monde

Le continent apparaît comme un « espace d’opportunités » pour de nouveaux partenariats Sud-Sud mais aussi comme terrain pour le crime organisé.

Si on pense d’abord à la Chine dont la présence est qualifiée d’ambivalente, il ne faut pas oublier d’autres acteurs comme la Turquie (carte de son influence page 81). Une double page est consacrée à l’accaparement des terres avec trois exemples : Éthiopie, Soudan, Madagascar.

Les marchés mafieux sont abordés : trafic de drogue, cybercriminalité et corne de rhinocéros. La double page sur le Sahara, espace convoité, illustre un programme caduque à la rentrée. L’atlas se termine sur le poids des diasporas. Si on pense souvent aux transferts d’argent de la communauté malienne ce sont le Nigeria et l’Égypte qui reçoivent l’essentielle de cette manne.

Un petit atlas qui résume bien l’Afrique d’aujourd’hui loin des clichés, pari réussi.