Édité par la BBC, le mensuel History Magazine séduira tous ceux qui veulent aborder l’histoire en langues anglaise malgré la consternante et démagogique disparition des sections européennes.

Un paysage éditorial familier

Nombreux sont les éléments qui contribuent à rendre relativement familière la lecture de ce magazine. D’abord, le phénomène de transparence linguistique permet à tout lecteur intéressé par l’histoire, mais peu habitué à la pratiquer en anglais, de retrouver rapidement ses repères et d’acquérir du vocabulaire. La mise en pages est familière au lecteur habitué de l’Histoire. Le choix des contributeurs rappelle les choix de la revue française. On y retrouve les même informations sur des dates-anniversaires, une rubrique TV-radio, des annonces publicitaires pour des voyages historiques vers Pompéi ou Malte, le courrier des lecteurs et autres rubriques familières.
Les différences avec la revue l’Histoire sont peu nombreuses. On ne trouvera pas de « perle de Clio » (pas plus malheureusement que dans les deux derniers numéros de l’Histoire). Une double-page regroupe de petites publicités pour des sites touristiques à dimension historique. On propose un « Coin des recettes » (Samantha’s recipe corner), des quizz et autres mots croisés ainsi qu’une dernière page confiée, non à Pierre Assouline, mais à une personnalité différente chaque mois, laquelle choisit d’évoquer une personnalité marquante des siècles passées, Jane Austen, choisie par le publiciste-animateur Alan Titchmarsh dans le numéro de mai 2015.

Le numéro de mai 2015

Le numéro de mai 2015, qui présente Charles Ier et Cromwell en couverture, contient quelques mises au point sur un certain nombre de faits qu’on croit connaître. Il est, comme en France, marqué par le centenaire avec un article de Saul David sur la part de responsabilité des Britanniques dans le torpillage du Lusitania, compte tenu de ce qu’il transportait. Une double-page nous livre par ailleurs les récits de témoins oculaires de la Grande guerre. A l’occasion du 50e anniversaire de la mort de Winston Churchill, David Cannadine, historien britannique de grande réputation, se penche sur celle de l’ancien premier ministre en expliquant comment elle a pu changer au fil des biographies. La Seconde guerre est également abordée avec une présentation de héros inconnus. Une rubrique dédiée aux lieux favoris d’un auteur est consacrée ce mois-ci à la visite de la Grande muraille de Chine par Vanessa Collingridge. Le mois de juin permettra à Saul David d’évoquer Corfou. En sept pages stimulantes, John Morril (Cambridge) démonte minutieusement une série de stéréotypes que nous croyons savoir à propos de la Guerre civile anglaise. Était-ce une guerre de religions limitée aux élites ? Un conflit opposant les bourgeois aux aristocrates ? Cromwell en fut-il le vainqueur militaire ?
Préparé avant l’élection générale de mai 2015, le numéro présente aussi une intéressante frise chronologique de Dominic Sandbrook (King’s College, Londres) sur les votes des Britanniques depuis 1918. En partenariat avec la nouvelle série BBC4 (Incarnations), Sunil Khilnani (King’s India Institute, King’s College) dévoile les vies plurielles de l’Inde et la vie du prince moghol Dârâ Shikôh exécuté par son frère. David Olusoga aborde la question des propriétaires absentéistes d’autant plus opposés à l’abolition qu’ils possédaient eux-même des esclaves. On trouve parmi eux John Gladstone, père du premier ministre, Nathaniel Wells, un sang-mêlé absentéiste natif de Saint-Christophe (St. Kitts)ou Anna Eliza Elletson, qui avait hérité en 1775 de 300 esclaves à la Jamaïque. David Starkey (London School of Economics) présente son dernier ouvrage sur les coulisses de la Grande Charte (Magna Carta), qui tient dans l’imaginaire britannique la place de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen dans celui des Français.

La revue BBC-History Magazine est à l’Histoire ce que l’émission In Our Time (BBC4, Melvin Bragg) est à la Fabrique de l’Histoire de France Culture. Elle présente un intérêt évident à la fois d’ordre linguistique et historique. Elle peut trouver sa place dans un CDI. Elle plaira aux lycéens, étudiants, enseignants qui veulent s’initier à une culture historique en langue anglaise et on la conseillera aussi aux BU. Il existe par ailleurs des formules d’abonnement en édition électronique et l’on peut chaque semaine écouter en baladodiffusion les BBC-Extra Podcasts qui accompagnent l’édition-papier.