Dans la peau d’un soldat : de la Rome antique à nos jours
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Olivier Renaudeau

Dans la peau d’un soldat : de la Rome antique à nos jours

Gallimard-Musée de l’Armée, 256 p., 29 €

Jean-Pierre Costille
samedi 11 novembre 2017

Cet ouvrage est le catalogue de l’exposition « Dans le peau d’un soldat, de la Rome antique à nos jours » qui a lieu au Musée de l’armée à Paris jusqu’à la fin du mois de janvier 2018. Transcendant les époques, il s’intéresse à ce que signifie être soldat.

On peut se faire une idée de l’exposition ici. Cet ouvrage, richement illustré, est le fruit du travail de nombreux contributeurs. Il choisit de s’intéresser davantage aux campagnes plutôt qu’aux combats et envisage des activités qui ne sont pas spécifiquement militaires comme le fait de se nourrir, de se loger. Le livre prend le parti du temps long ce qui permet de discerner des évolutions notamment techniques. Il comprend trois parties : des essais, un abécédaire et une partie catalogue. Cette structuration conduit parfois à des renvois entre la deuxième et la troisième partie, ce qui n’est pas toujours clair.

Des essais « dans la peau d’un soldat »

Dans cette première partie, d’un peu moins de cinquante pages, les différents auteurs écrivent « dans la peau d’un soldat » en allant de l’Antiquité à demain. Il s’agit de textes assez brefs mais qui répondent bien à la commande. Chacune de ces contributions est abondamment illustrée. Pour l’antiquité romaine, Yann Le Bohec souligne que le légionnaire était un « vrai char d’assaut », qu’il mangeait 750 grammes de pain par jour et buvait de la piquette. Il explique aussi l’importance du camp. Les éclaireurs repéraient un terrain propice, c’est-à-dire un site « que ne menaçait aucune hauteur, en pente pour évacuer les eaux usées et disposant d’au moins une source ». Olivier Renaudeau décrit lui le soldat du Moyen Age qui consommait pas moins de 5300 calories par jour ! A l ‘époque moderne, être soldat c’est avant tout marcher ! Rappelons aussi qu’il n’existait pas pendant longtemps de différence entre pied droit et pied gauche. François Cochet se charge de l’essai sur le soldat contemporain : autant dire que cela l’oblige à aborder un spectre très large. Il souligne en tout cas que la logistique devient de plus en plus essentielle. L’armée française disposait par exemple de 6000 véhicules à moteur en 1914 et de 45 000 quatre ans plus tard. Si le matériel change, les préoccupations des soldats peuvent rester les mêmes. Ainsi en est-il du souci de garder le moral et cela passe par l’écriture de lettres ou la réalisation de vidéo diffusées sur youtube aujourd’hui. Le dernier essai envisage demain en insistant sur l’idée de l’homme augmenté.

Armes, barda, …, Opex jusqu’à zouaves

La deuxième partie se présente sous la forme d’un abécédaire avec un texte à gauche et une illustration à droite. Pour chaque entrée, on trouve également des citations issues de toutes les époques. Chaque entrée transcende donc les époques et on a ainsi une approche originale autour d’un texte resserré. On apprendra l’étymologie du mot « barda » qui vient de l’arabe berdaâ qui signifie le bât employé pour charger les mules. A l’entrée « Dormir » on navigue de Rome à aujourd’hui. Dans l’Antiquité romaine, et grâce à une organisation minutieuse, cent hommes veillaient sur le sommeil de 5000. Bien dormir ou ne pas dormir est en tout cas une préoccupation comme le montre, dans ce cas, l’usage de cocaïne dès la Première Guerre mondiale et d’amphétamines dès la Seconde. On trouve aussi dans cet abécédaire le célèbre « godillot » mais on découvre aussi l’influence du militaire sur le civil. En effet aujourd’hui des courses d’obstacle à la mode ne sont ni plus ni moins que des parcours du combattant revisités. Parmi les idées à retenir, l’invention de la boite en fer blanc en 1810 qui a révolutionné la ration militaire. L’entrée « Traces » invite à réfléchir au cas des enterrements liés à la Première Guerre mondiale. « Les mises en bière multiples, la récupération aléatoire des équipements, les méthodes d’identification des défunts y illustrent la diversité des solutions adoptées face à la pression d’une mortalité de masse ». Parmi les découvertes, la xarpa, pièce d’équipement et parure qui tient du tablier autant que de la bandoulière portée à la fois par les civils et les militaires en Catalogne aux XVIII ème et XIX ème siècles.

Un catalogue abondamment illustré

Cette partie commence par une galerie chronologique avec images et commentaires allant du légionnaire romain au soldat d’Afghanistan. Au total ce sont vingt siècles et vingt silhouettes de soldats qui sont à découvrir. On trouve ensuite des mots clés avec beaucoup d’illustrations. L’explication de certains documents est à retrouver parfois dans une autre partie de l’ouvrage, d’où des renvois qui peuvent aussi fonctionner dans l’autre sens. Ainsi, à la page 177, on trouve une utile reconstitution du paquetage d’un légionnaire romain qui aurait pu avoir sa place dans la partie « Essais ». Parmi les objets étonnants, on peut signaler le mouchoir d’instruction du 3ème régiment étranger d’infanterie ou le modèle de douche solaire créé récemment. On retrouve des approches autour de verbes comme « s’identifier » ou « endurer le froid ». A la rubrique « Tenir », les auteurs passent en revue les moyens qui peuvent le permettre. Il y a le tabac, que l’on soit au XVII ème ou au XX ème siècle, mais aussi les jeux, la sexualité, la musique, la lecture ou l’écriture. La catégorie « Communiquer » s’ouvre avec l’image de la reconstitution d’un lur, c’est-à-dire d’une trompe de guerre danoise. L’article « Protections » permet de découvrir l’évolution à travers les époques avec notamment une bourguignotte, une défense de tête adoptée au XVI ème siècle. Mais si on veut protéger le soldat, encore faut-il que ce dernier adopte l’habit proposé. La culotte de protection pare éclats datée de 1953 avait été conçue pour compléter le gilet pare balles. Elle était en réalité peu utilisée en raison de son inconfort mais elle a été récupérée comme coussin pare balles par les pilotes d’hélicoptères pour se protéger des tirs venant du sol.

Ce beau catalogue d’exposition se caractérise par une abondante iconographie, par son souci de transcender les époques et son angle centré sur le quotidien du soldat. Au-delà de l’intérêt personnel du lecteur, il peut être utile pour nos cours, que ce soit pour évoquer le soldat romain ou l’expérience combattante de la Première Guerre mondiale.

© Jean-Pierre Costille pour les Clionautes

Par Jean-Pierre Costille

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