DUPUY Gabriel : La fracture numérique ; éditions Ellipses ; mars 2007 ; 158 pages
Vous êtes ici : Service de presse Géographie Généralités

DUPUY Gabriel : La fracture numérique ; éditions Ellipses ; mars 2007 ; 158 pages


lundi 10 mars 2008

Par Pascal Boyries,

Gabriel Dupuy est centralien, professeur à Paris I –Sorbonne, professeur à l’École Nationale des Ponts et Chaussées, et directeur du centre de recherche sur l’Industrie, les réseaux et l’aménagement (CNRS). Il est l’auteur d’Internet géographie d’un réseau paru chez le même éditeur en 2002.

La fracture numérique est une thématique qui peut intéresser le professeur d’histoire-géographie sous deux angles. Le premier est celui de l’éducateur : comprendre cette fracture à laquelle il est confronté dans ses classes à chaque fois qu’il souhaite réaliser des travaux numériques avec ses élèves. La comprendre peut alors lui permettre d’envisager des stratégies de contournement. Le deuxième est celui de l’instructeur, puisque cette fracture traduit des inégalités sociales, économiques, technologiques entre les territoires et les personnes, le texte apporte alors des clefs de compréhension de certains problèmes de développement. Ce petit ouvrage présente une synthèse de la question qui complète et actualise Internet, géographie d’un réseau en présentant en quelques dizaines de pages les principales facettes de la fracture numérique à différentes échelles.

Cet ouvrage est subdivisé en deux parties dont la présentation par l’auteur en introduction est motivante. Il s’amorce par une courte réflexion sur la notion de fracture dont l’origine est la traduction de l’anglo-américain « digital divide » choisie, selon l’auteur, pour la répétition syllabique. Il lui préfère la formule de « fossé numérique » qui s’inscrit dans une perspective plus optimiste. Son propos le conduit toutefois à nuancer ultérieurement et à choisir selon les cas, l’un ou l’autre terme.

La première partie est un inventaire des différentes formes de fracture numérique : sociale, « grise », nord-sud, villes / campagnes, banlieues / villes centres. L’auteur montre comment la fracture est souvent multiforme ce qui rend la frontière difficile à placer. Certains écarts sont aisément identifiables c’est le cas en particulier des fractures grises et villes / campagnes. La première représente la fracture générationnelle qui selon l’auteur vient essentiellement d’une absence de besoins numériques de la part des anciens qui n’ont donc aucune envie de la combler à quelques rares exceptions près. La seconde est une question d’aménagement du territoire : le rural profond n’est équipé ni en accès Internet, ni en téléphonie mobile.
L’auteur voit dans ce déficit d’équipement un renforcement de l’écart rural profond/reste du territoire sous une forme proche de celle qui existait lors de la première moitié des Trente glorieuses durant laquelle les campagnes connaissaient des taux d’équipements en réfrigérateurs, salle de bains, télévisions nettement plus faibles qu’en milieu urbain. Il y a là une partie du monde développé qui est exclu du « monde » et de certains processus de développement.
L’auteur présente les autres fractures de façon plus nuancée. Ainsi, la fracture Nord-Sud est-elle encore très nette sur le plan de l’Internet dont les équipements individuels sont d’un coût excessif pour la plupart des foyers des pays du sud. Par contre, la téléphonie mobile y connaît une croissance fulgurante, y compris en Afrique, et permet d’inscrire de nombreux territoires dans une certaine forme de mondialisation. L’auteur souligne le fait que cette téléphonie mobile répond aussi à un besoin de lien social à travers l’oralité qui caractérise ces sociétés. La téléphonie mobile compense donc le déficit d’internet. Des observations proches sont réalisées pour la fracture sociale dans les pays du nord. Cette première partie s‘achève par un chapitre sur la réduction des fractures : via la réduction des coûts et/ou les politiques d’aménagement des territoires des Régions, de l’Etat, de l’Union européenne, mais aussi des opérateurs. L’auteur conclut par la nécessité des politiques de s’atteler à la tâche.

La deuxième partie intitulée « Débattre » présente six enjeux qui font chacun l’objet d’un chapitre :

-  Fossé ou fracture numérique ?
-  La fracture numérique peut-elle être réduite par le téléphone mobile ?
-  La fracture numérique est-elle d’abord géographique ?
-  La fracture grise aura-t-elle une fin ?
-  La principale fracture numérique est-elle Nord-Sud ?
-  Qui peut réduire efficacement la fracture numérique ?

Comme ces titres le laissent entendre, cette deuxième partie reprend les points abordés dans la première partie, mais sous l’angle du débat. Toutefois, la différence d’approche n’est pas toujours très nette et la lecture laisse un sentiment de redondance malgré les quelques compléments apportés. Ainsi l’auteur montre que les comblements ne se réalisent pas à la même échelle : certains en sont à découvrir un haut débit peu performant alors que la capitale envisage le très haut débit. Si l’accès se développe et se généralise, il ne s’agit pas du même accès partout. Les premiers progressant à un rythme nettement plus rapide parce qu’ils se situent sur des territoires densément peuplé où les investissements sont rentables alors que les autres souffrent de l’effet « dernier kilomètre ». L’auteur souligne aussi les différences d’usage nord-sud tant sur la téléphonie mobile que sur l’Internet qui nuancent les chiffrent basés sur les équipements.

Le texte est accompagné de 16 figures (cartes et graphiques) et de 7 encarts qui décrivent un exemple spécifique et sont souvent fort éclairants. Un glossaire, une bibliographie, et une sitographie complètent le tout.

Au total un petit ouvrage vite lu qui permet d’éclairer une facette de la mondialisation et de l’aménagement du territoire, mais qui souffre quelque peu de ses répétitions internes.

Enregistrer l'article au format PDF

La Cliothèque 2017

Licence Creative Commons
Les Clionautes sous licence Creative Commons Attribution
Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International

Site développé avec SPIP, un programme sous licence GNU/GPL.

Design et Squelettes : B. Modica & X. Birnie-Scott pour La Cliothèque.

Hébergement La Cliothèque par