Enseigner la résistance
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Sous la direction de Laurent Douzou et Tristan Lecoq

Enseigner la résistance

Canopé éditions, 2016, 164 pages, 16,90 euros

Christelle Teissier
dimanche 12 novembre 2017

Mercredi 8 novembre 2017, dans les locaux des ateliers Canopé à Marseille, 31 bd. d’Athènes, (1er arr.), s’est déroulée la présentation de l’ouvrage collectif réalisé sous la direction de Laurent Douzou et Tristan Lecoq, Enseigner la Résistance, dont l’ambition est annoncée, dès l’avant propos : « concevoir un outil efficace et précis à destination de nos collègues » [Sous la direction de Laurent Douzou et Tristan Lecoq, Enseigner la Résistance, Canopé éditions, 2016, p. 1]. Le livre se veut un trait d’union entre la recherche scientifique et les pratiques pédagogiques, une coopération étroite entre chercheurs et professeurs du 2nd degré en poste, adossée à la Fondation de la Résistance [Le thème du Concours National de la Résistance et de la Déportation pour l’année 2017-2018 est « S’engager pour libérer France »].


La conférence de présentation s’inscrit dans la même veine, puisqu’elle réunit Tristan Lecoq, Inspecteur général de l’Éducation nationale, professeur des universités associé (histoire contemporaine) à l’université Paris-Sorbonne, président du jury national des correcteurs du Concours national de la Résistance et de la déportation (CNRD), J.-M Guillon, professeur des universités émérite (Histoire contemporaine), membre du Laboratoire Temps, Espaces, Langages, Europe méridionale - Méditerranée (Université Aix-Marseille-CNRS) et Hélène Staes, responsable des activités pédagogiques de la Fondation de la Résistance.

Après s’être attardés sur la valeur symbolique du lieu [Le Centre Régional de Documentation Pédagogique se situe dans l’ancien hôtel Splendide, qui a accueilli le journaliste Varian Fry jusqu’à l’occupation de la zone libre par les Allemands. L’hôtel est ensuite utilisé par l’État-major allemand. En janvier 1943, une bombe lancée à l’intérieur servira de prétexte au déclenchement de l’opération de destruction du quartier du Panier] qui accueille une assemblée composée essentiellement de professeurs d’histoire-géographie.
Tristan Lecoq et Jean-Marie Guillon nous proposent une présentation à deux voies, permettant de prendre en compte l’engagement civique et de mieux cerner les enjeux de la Résistance, tout en précisant la place de Marseille dans ce contexte.

Loin de la « révolution paxtonienne » [Robert Paxton, La France de Vichy, Paris, Seuil, 1973] des années 1970, et de sa grille de lecture dominante jusqu’au tournant des années 1990-2000 [Se référer aux travaux de François Marcot, Pierre Laborie et plus particulièrement aux six colloques réalisés entre 1993 et 1997 sur « La Résistance et les Français »], l’ouvrage collectif présenté s’inscrit à la fois dans un courant historiographique renouvelé depuis une trentaine d’années, grâce notamment à l’apport de plus en plus important d’autres disciplines et notamment des sciences sociales, mais également dans les débats actuels qui continuent d’animer la communauté des historiens. Toute la complexité de la Résistance est ainsi soulignée et Tristan Lecoq soulève quelques unes des questions qui se posent pour tenter d’en comprendre les mécanismes : la question des motivations, celle des finalités, des formes… Étudier la Résistance, c’est entrer dans cette complexité d’une question qui se pense dans un contexte historique et dans des espaces géographiques.

Les grands moments de la Résistance articulent le découpage du livre et sont commentés par Tristan Lecoq et J.-M Guillon.

  • 1940-1941 : Décider ou le temps des débuts et des pionniers

Le livre s’ouvre avec la contribution de Cécile Vast [Laurent Douzou, Tristan Lecoq, op. cit., p. 21], qui met en évidence tout le traumatisme de l’effondrement, politique, social, militaire, d’une France qui n’est plus, dès 1940, ni centralisée, ni homogène. A ce titre, J.-M Guillon souligne l’importance de la géographie des territoires : elle se dessine dans une carte s’éloignant de la simplification habituelle entre une France divisée en zone libre et zone occupée. La diversité des situations s’applique aussi à l’échelle marseillaise [Alors que le massif alpin est occupé par les troupes italiennes dès 1940, Marseille reste administrée par le gouvernement de Vichy, puis par les autorités allemandes, à partir de novembre 1942].

Dans cette France, occupée et démembrée, résister reste quelque chose à créer pour « ces hommes partis de rien » [René Cassin, Les hommes partis de rien. Le réveil de la France abattue, 1975]. Si dans le chapitre 2, Julien Blanc travaille sur les premiers résistants en zone occupée et sur la diversité des milieux dans lesquels ils apparaissent, Tristan Lecoq et J.-M Guillon en profitent pour évoquer les cas de Gustave Monod, inspecteur général qui refuse d’appliquer le statut du 3 octobre 1940 [Lecoq Tristan et Léderlé Annick, Gustave Monod. Une certaine idée de l’École, Sèvres, Centre international d’études pédagogiques, 2009] et de Félix Gouin, maire d’Istres qui après avoir refusé de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940, poursuit son engagement dans la résistance dans ce qui deviendra le réseau Brutus. Enfin, la contribution de Jean-François Muracciole interroge cette cohorte d’individus qui a constitué la France libre et qui n’a rien à voir avec la France [Le réseau Brutus est un réseau de résistance affirmant la résistance des socialistes, né de la rencontre de militants marseillais, dont Félix Gouin, André Boyer et Gaston Defferre. Le réseau s’étend progressivement à l’ensemble du territoire].

  • 1942-1943 : Agir
    C’est la période où l’on passe des résistances à la résistance, avec le rôle central joué par Jean Moulin. Tristan Lecoq souligne l’importance des questions matérielles qui se posent : celle de la communication, des financements … J.-M Guillon signale les contributions de Bruno Leroux qui dresse un tableau d’ensemble de la Résistance intérieure répartie entre une certaine homogénéisation des trois mouvements principaux en zone occupée et la grande diversité qui caractérise les mouvements et les différents réseaux en zone libre. Sébastien Albertelli montre comment on passe des résistances à la résistance. Autrement dit, comment on assiste à ce que J.-M Guillon appelle la « républicanisation de la Résistance ». Enfin, Thomas Fontaine s’engage dans le chantier neuf de la répression de la résistance et fait apparaître les différents acteurs.
  • 1944-1945 : Libérer et reconstruire
    Au-delà de la question militaire qui ne doit bien sûr pas être négligée, la réflexion se poursuit et s’ouvre sur la reconstruction d’une France que les résistants repensent. Des sujets habituellement peu évoqués : celui de l’école et pour lequel Tristan Lecoq revient sur l’instauration de l’instruction civique dans le secondaire, sous l’impulsion de Louis François, agrégé de géographie. Mais également d’autres sujets comme celui de l’énergie nucléaire ou encore de l’urbanisme après la Libération.

La dernière partie du livre concerne les souvenirs, les mémoires et l’histoire et a été rédigée par Pierre Laborie et Laurent Douzou. Elle permet, grâce aux trois contributions de revenir sur le cœur du travail de l’historien : comprendre et déconstruire les mythes.

Tristan Lecoq et J.-M Guillon finissent en insistant sur le choix des illustrations inédites qui figurent dans l’ouvrage et s’attardent tout particulièrement sur celle de la couverture. Etonnante, elle montre trois étudiants membres du mouvement de Résistance Défense de la France, au printemps 1943. Geneviève de Gaulle, Hubert Viannay et Marguerite-Marie Houdy, penchés, probablement, sur un tract clandestin, illustrent cette amitié mais aussi des destins, témoins d’une histoire qui ne reviendra pas [Trois mois après la prise de cette photographie, Geneviève de Gaulle est déportée à Ravensbrück et Hubert Viannay à Sachsenhausen où il meurt le 31 mai 1944].

Dans la dernière partie de la conférence, Hélène Staes présente l’espace pédagogique en ligne du réseau Canopé Ensigner la Résistance]. Divisé en 4 parties, il respecte le découpage de l’ouvrage collectif et permet aux enseignants d’accéder à plus d’une centaine de documents ainsi qu’à leurs analyses.

Liens avec les programmes scolaires :

  • Cycle 3 : Les élèves de l’école élémentaire étudient la Seconde Guerre mondiale dans leur environnement. La question de « La Résistance, la France combattante et la collaboration » y est évoquée.
  • Cycle 4 – classe de 3e :
    Thème 1 : « L’Europe, un théâtre majeur de guerres totales »
    Question 4 : La France défaite et occupée. Régime de Vichy, collaboration, résistance.
    Thème 3 : « Françaises, Français dans une République repensée »
    Question 1 : 1944-1947 : Refonder la République, redéfinir la démocratie
  • Lycée, classe de 1re séries ES / L
    Thème 2 : La guerre au XXe siècle
    Thème 5 : Les Français et la République
  • Lycée, classe de 1re, série S
    Thème 2 : La guerre et les régimes totalitaires
    Thème 3 : La République face aux enjeux majeurs du XXe siècle
  • - Lycée, classe de Tle, séries ES / L
    Thème 1 : Les mémoires : lecture historique
  • Lycée, classe de Tle, série S :
    Thème 1 : Le rapport des sociétés à leur passé

La liste des auteurs et le sommaire sont donnés à titre indicatif.

  • Dirigé par Laurent Douzou, Professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Lyon, membre de l’Institut universitaire de France et du Laboratoire de recherche historique Rhône- Alpes (CNRS) et Tristan Lecoq, Inspecteur général de l’Éducation nationale, professeur des universités associé (histoire contemporaine) à l’université Paris- Sorbonne, l’ouvrage a été rédigé par des historiens reconnus de la période.
  • Sébastien Albertelli, Docteur en histoire, chercheur associé du Laboratoire de recherche historique Rhône- Alpes (CNRS)
  • Julien Blanc, Professeur agrégé d’histoire à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), chercheur associé du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (CNRS)
  • Thomas Fontaine, Docteur en histoire, chercheur associé du Centre d’histoire sociale du xxe siècle (Paris 1-Sorbonne)
  • Jean-Marie Guillon, Professeur émérite à l’université d’Aix- Marseille, membre du Laboratoire Temps, Espaces, Langages, Europe méridionale – Méditerranée (CNRS)
  • Pierre Laborie, Directeur d’études honoraire à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
  • Bruno Leroux, Directeur historique de la fondation de la Résistance
  • Jean-François Muracciole, Professeur des universités en histoire contemporaine à l’université Montpellier 3
  • Cécile Vast, Docteure en histoire, chercheuse associée du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (CNRS)

Le livre est découpé en 4 parties et 12 chapitres qui permet de faire un état des recherches les plus récentes Chaque partie est accompagnée d’études de documents pensées et élaborées par des enseignants en poste dans le 2nd degré.

Partie 1 : Refuser et s’engager
1. L’effondrement de 1940
2. Les débuts de la Résistance
3. La France libre

Ressources

  • Le témoignage unique d’une pionnière de la Résistance
  • Retracer le parcours d’un résistant
  • Refuser et s’engager

Partie 2 : Agir
1. La Résistance intérieure et son action : mouvements, réseaux, maquis
2. Résistance intérieure, France libre et France combattante
3. Le prix de l’action : la répression de la Résistance

Ressources

  • L’affiche rouge
  • La presse clandestine numérisée
  • Agir

Partie 3 : Libérer, restaurer, refonder
1. Restaurer la France dans son intégrité territoriale
2. Restaurer l’Etat de droit
3. Restaurer la démocratie et la République

Ressources

  • La Libération vue par la Bête est morte ! de Calvo
  • Trouver des photographies de la Résistance
  • Libérer, restaurer, refonder

Partie 4 : Le souvenir, les mémoires et l’histoire
1. Définir la Résistance : illusoire ? nécessaire ?
2. Les mémoires emboîtées de la Résistance
3. Les questions posées par les historiens d’aujourd’hui aux résistants d’hier

Ressources

  • Un poète chef de maquis, René Char
  • Trouver et exploiter des témoignages de résistants
  • Le souvenir, les mémoires et l’histoire
  • Enseigner la Résistance autrement

Par Christelle Teissier

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