Hébron 1119. L’invention du tombeau des Patriarches
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Hervé Barbé

Hébron 1119. L’invention du tombeau des Patriarches

Publications de la Sorbonne, juin 2017, 121 p., 20 €

Cécile Dunouhaud
mardi 7 novembre 2017

Présentation de l’auteur  : Hervé Barbé est archéologue, au service des fouilles, prospections et recherches de la direction des Antiquités d’Israël et chercheur associé au centre de recherche français de Jérusalem.
Passionné par le tombeau des Patriarches, il signe ici un ouvrage d’une centaine de pages qui est le prolongement d’une conférence donnée le 13 novembre 2013 au centre de recherche français de Jérusalem.

Hébron, ville mythique des Patriarches ...
Situé dans la ville d’Hébron, Le tombeau des Patriarches est lié par nature à la ville-mémoire de l’Alliance nouée entre Abraham et Dieu, et il demeure toujours au cœur d’une actualité tragique même si Hébron est souvent éclipsée par sa prestigieuse voisine Jérusalem, située à une trentaine de kilomètres. En cinq chapitres, Hervé Barbé nous raconte sous la forme d’une intrigue chronologique et d’un récit mêlant sur le fond et la forme l’analyse archéologique et le genre policier, l’histoire du tombeau des Patriarches. L’origine remonterait, si l’on suit la Génèse au second Millénaire avant J.C., soit l’époque du bronze moyen. Pourtant, malgré sa très forte symbolique pour les trois religions du Livre, le lieu est mal connu.

... dont la connaissance dépend des sources littéraires …
Après être revenu dans un premier chapitre sur les origines du Tombeau sa datation possible, ses origines et sa structure probable, Hervé Barbé revient dans le chapitre deux sur la découverte majeure réalisée par des chanoines dans le contexte des croisades. Hébron, que les musulmans avaient renommé al-Khalîl (l’"Ami" en référence à Ibrahim l’ami privilégié d’Allah), est alors rebaptisée Saint-Abraham par les Croisés. Le tombeau des patriarches devient le prieuré Saint Abraham et le service est assuré par des chanoines observant la règle de Saint Augustin. Un après -midi de juin 1119, un chanoine fait la découverte fortuite d’une cavité souterraine et d’ossements vite identifiés comme étant ceux d’Abraham et d’Isaac entre autres. Hervé Barbé s’appuie ici sur deux récits qu’il met en parallèle : celui, précis et rigoureux de Layde Tournai rédigé après 1136, et celui d’Avranches, plus mystique. Le chapitre trois revient sur les divers témoignages des différents visiteurs qui se sont succédés depuis la découverte : musulmans, rabbins sépharades et ashkénazes, chrétiens venus d’Espagne ou d’Allemagne, livrent chacun leur version et des descriptions des lieux. Le recoupement de leurs témoignages permet d’établir la manière dont les lieux sont gérés et évoluent au fil du temps d’autant qu’à partir de l’époque moderne les témoignages se raréfient.

…la recherche archéologique étant devenue impossible
En effet, depuis le règne du Sultan Baïbars au XIIIème siècle, l’accès du sanctuaire est exclusivement réservé aux musulmans tandis que les juifs et les chrétiens prient à l’extérieur ; la visite effectuée en 1660 par le Chevalier d’Arvieux, envoyé extraordinaire du Roi de France auprès de la Sublime Porte est exceptionnelle et a pour intérêt de décrire la manière dont le culte est organisé par les différentes communautés religieuses. De 1495 à 1854, aucun témoignage sur le réseau souterrain du tombeau n’est produit. Pourtant à partir du XIXème siècle s’ouvre le temps des archéologues (chapitre 4). Il connaît deux phases sur fond de tensions, d’espionnage et de guerres israélo-arabes : la phase intuitive et la phase descriptive à partir de 1968. A ce titre, le récit de l’exploration du tombeau par Michal Arbel, fille de Yehuda Arbel chef du district de Jérusalem) et alors âgée de 13 ans, est prenant et révélateur des enjeux et des tensions entourant le tombeau des Patriarches dans les années 60. Après la mission Yeivin en 1981, la dernière rendue possible, une chape de béton a été coulée pour obturer l’accès sous le baldaquin installé par les chanoines après leur découverte en 1119. Depuis, aucune exploration n’a été possible.
Dans un ultime chapitre, Hervé Barbé propose une synthèse scientifique des éléments à disposition de l’archéologue. Il démontre par là même comment les témoignages et les descriptions ont pu au fil des siècles constituer une source majeure permettant de connaître et de décrire de manière relativement précise un site sous tension. Ce lieu saint pour les trois religions du Livre reste encore chargé de mystères qui ne sont pas prêts d’être résolus.

Si mystère et archéologie fournissent par nature une trame propre à tenir le spectateur en haleine, cette étude ici offre au lecteur un bon moment d’histoire, le tout servi par une publication de qualité. En plus d’un texte clair et accessible, la maquette valorise les sources littéraires habilement en les proposant sur fond vert. Des cartes, des coupes, des plans et des croquis ainsi qu’une sélection de photos pertinentes accompagnent habilement le récit. Souhaitons à Hervé Barbé de pouvoir un jour descendre à son tour explorer le souterrain et qu’il nous livre à son (re)tour son analyse. On y croit !

Par Cécile Dunouhaud

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