L’Afrique : du Sahel et du Sahara à la Méditerranée
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Brigitte Dumortier (Dir.)

L’Afrique : du Sahel et du Sahara à la Méditerranée

Armand Colin, Coll. Horizon Histoire Géographie, 2107, 287 p., 25€

Martine MASSON
dimanche 3 décembre 2017

Directrice de cet ouvrage, Brigitte Dumortier s’est assurée la collaboration d’auteurs aux horizons divers. Elle-même est agrégée de géographie, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, ancien membre du jury d’agrégation et est actuellement maître de conférence à l’université Paris-Sorbonne où elle participe à la préparation aux concours ; elle est membre du CESSMA (Centre d’Etudes en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques, université Paris Diderot, INALCO, IRD).
Dix auteurs ont contribué à cet ouvrage dont Ali Bensaâd, Florence Brondeau, Philippe Cadène, Jacques Charlier, Marc Côte, Gérard-François Dumont, Florence Fournet, Pascal Handschumacher, Roland Pourtier et Souleimane Takarli.

L’ouvrage permet pour les enseignants en exercice d’actualiser les connaissances sur ce tiers de l’Afrique septentrionale et couvre différents thèmes abordés en tant que tel ou de manière transversale dans les programmes scolaires de la sixième à la terminale. Il s’agit par exemple en sixième, d’aborder la notion d’habiter une métropole en utilisant l’exemple du Caire développé dans l’ouvrage, en cinquième de rattacher les thématiques développées à la question démographique et l’inégal développement, ou celle des ressources limitées, à gérer et à renouveler, en quatrième d’étudier la ville au regard du développement durable, en terminale l’Afrique face au développement et à la mondialisation et plus particulièrement l’étude du Sahara entre ressources et conflits..

Il sert également de base à la préparation des concours du CAPES histoire-géographie et de l’agrégation externe de géographie, mais se doit d’être complété par des ouvrages plus ciblés dans les thématiques.

Dès l’introduction, Brigitte Dumortier explique que la lettre de cadrage du jury du CAPES a guidé le développement des différents thèmes abordés. Elle fait part des difficultés liées à l’écriture du livre en raison des sources parfois indisponibles ou difficilement accessibles, en raison également des impératifs temporels de collecte des données, de leur synthèse et d’écriture de l’ouvrage dans un laps de temps court.
Le livre se découpe en quatre grandes parties et correspond aux problématiques soulevées par les attentes du jury du CAPES.

Le premier thème se charge de montrer ce tiers septentrional de l’Afrique jusqu’à une ligne fictive allant de Dakar à Djibouti, comme un ensemble oscillant entre unité et diversité. Il ne s’agit pas alors de séparer ces deux idées mais de les mettre en relation au travers des trois chapitres traités et de remettre finalement en cause l’idée d’une césure constituée par le Sahara entre l’Afrique du Nord et l’Afrique Sahélienne. L’ensemble est traité par Roland Pourtier, professeur émérite à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de géographie tropicale et du développement, de géopolitique de l’Afrique centrale. Puis par Brigitte Dumortier et enfin par Florence Fournet et Pascal Handschumacher, respectivement entomologiste médicale à l’Institut de recherche pour le développement au sein de l’Unité mixte de recherche maladies infectieuses et vecteurs : écologie, génétique, évolution et contrôle et géographe de la santé à l’IRD au sein de l’Unité mixte de recherches SESSTIM. Les auteurs s’attellent à développer des problématiques transversales, reliées aux populations, aux ressources et au développement économique (chapitre 1), aux multiples facettes de cette aire de civilisation (chapitre 2) et à la santé humaine (chapitre 3).

La seconde partie s’interroge à différentes échelles sur l’intégration et la fragmentation de cet espace géographique. Elle est traitée d’abord par Ali Bensaâd, professeur des universités à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et membre de l’Institut français de géopolitique et par Brigitte Dumortier. Les liens entre Sahel et Méditerranée sont abordés au prisme des circulations migratoires qui font du Sahara le connecteur entre ces deux sous-ensembles. Intégration par les flux mais fragmentation par les nombreux conflits interétatiques et intra-étatiques qui secouent la région étudiée et la multiplication d’organismes régionaux qui témoignent d’une volonté de coopérations diverses (économique, militaire, alimentaire…) mais de leur manque de cohésion pour réellement attester d’une intégration régionale.

Même si les chiffres à l’échelle du continent révèlent une Afrique peu urbanisée, à l’échelle de l’ensemble géographique traité, ils montrent que le fait urbain et les dynamiques urbaines sont en recomposition. Cette troisième partie est traitée d’abord par Philippe Cadène, associé à Brigitte Dumortier. Il est professeur de géographie du développement à l’université Paris Diderot et membre du CESSMA. Jacques Charlier qui s’intéresse aux façades portuaires, est professeur de géographie à l’université de Louvain-la-Neuve, spécialiste de géographie des transports maritimes et des ports. Florence Brondeau, maître de conférences en géographie à l’université Paris-Sorbonne et membre du laboratoire de recherche UMR8185 ENeC Espaces, Natures et Cultures, traite des mutations des systèmes agricoles et de l’évolution des politiques de développement au cœur des grandes vallées alluviales sahéliennes très convoitées.

L’inégale répartition des villes est liée au contexte géographique et historique. La présence de grandes agglomérations, de villes moyennes et de petites villes montre que les hiérarchies urbaines sont globalement complètes. Ces villes présentent des profils économiques divers qui leur permettent de rayonner à différentes échelles. Enfin, la croissance urbaine est un fait, même si elle est ralentie en Afrique du Nord, elle se poursuit à un rythme soutenu dans les villes sahéliennes.
Pour les Etats côtiers, les ports, plus ou moins développés, constituent des portes d’entrée de la mondialisation mais pour beaucoup le faible lien avec leur hinterland constitue un handicap et rend cette intégration au processus inachevée.
Enfin, les grands fleuves allogènes, leur vallée et delta prouvent que la ressource en eau et sa maîtrise est au cœur des défis. Elles conditionnent l’activité agricole assurant particulièrement la sécurité alimentaire. Les stratégies développées à différentes échelles montrent des succès mitigés et limités. Reliée au fait urbain, l’eau révèle des tensions, des conflits d’usage et d’appropriation, exacerbés par l’ouverture aux investisseurs étrangers entraînant alors des spéculations sur le foncier.

La dernière partie est traitée par Gérard-François Dumont, économiste, démographe et géographe, Professeur à l’université Paris-Sorbonne et par Souleimane Takarli, titulaire du master de géographie « Culture, Politique et Patrimoine » de l’université Paris-Sorbonne et qui poursuit ses recherches portant sur la recomposition politique de l’Algérie et l’impact des réformes territoriales. Cette partie est consacrée au développement de deux exemples, l’un à l’échelle nationale avec le Tchad, l’autre à l’échelle régionale avec l’exemple du Mzab (600 km au sud d’Alger).

Depuis l’indépendance jusqu’aux années 1990, le Tchad a connu de nombreuses guerres civiles qui ont empêché tout développement. Après une période d’accalmie et de relative stabilité jusqu’en 2000, dans un contexte frontalier poreux, les interférences géopolitiques font que le pays reste fragile. D’autant plus que, comme dans beaucoup de pays où le pouvoir s’acquiert par les coups d’Etat militaires, la rente pétrolière sert aujourd’hui à financer le budget militaire plus qu’à financer celui du développement du pays.

Les conflits dans la vallée du Mzab trouvent d’autres facteurs d’explications que ceux médiatisés. Vallée riche en ressources minières, elle connaît une urbanisation galopante et un enjeu foncier considérable au cœur des rivalités et des tensions originellement religieuses. Les aménagements étatiques ont bouleversé les structures traditionnelle et religieuse de la ville de Ghardaïa, par exemple. Une intégration nationale aux forceps à laquelle les sociétés traditionnelles répliquent en mettant en place des stratégies (achat commun de terres, de biens immobiliers, intégration politique via la constitution d’un parti local…) qui témoignent de leur recomposition tout en conservant et en réhabilitant leur tradition.

En somme, cet ouvrage présente un réel intérêt. Les thèmes développés permettent de sortir du déterminisme d’une Afrique « miséreuse », marginalisée, en montrant par l’étude de sa partie septentrionale, combien les potentialités sont réelles mais fragiles et fragilisées. La lecture est globalement aisée et répond aux problématiques soulevées.

Par Martine MASSON

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