L’Île aux remords
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Didier Quella-Guyot (sc.), Sébastien Morice (ill.)

L’Île aux remords

éd. Bamboo, coll. « Grand Angle (histoires complètes) », 4 oct. 2017, 80 p., 18,90 €

Frédéric Stevenot
samedi 10 février 2018

Voilà un album comme on les aime : le dessin est très soigné, très détaillé, sans être lourd : le travail sur les couleurs est très délicat ; les auteurs se sont appuyés sur une documentation solide ; l’histoire est cohérente. Bref, tout ce qu’on attend de ce genre d’ouvrage est réuni dans ces quatre-vingts pages. À ce titre, la couverture est un indicateur qui rend fidèlement compte de ce qu’on trouvera à l’intérieur de l’album, ce qui n’est pas toujours le cas.

L’Île aux remords se situe à l’automne 1958, dans les Cévennes. Des précipitations importantes ont provoqué des inondations considérables dans la région au point d’isoler des promontoires, de fait transformés en îles. Jean Poujol est un médecin originaire du pays ; il vient d’y installer son cabinet après avoir œuvré dans l’armée depuis 1933. Inquiet pour son père, ancien résistant octogénaire, veuf depuis dix-huit ans, il parvient à accéder tant bien que mal à la ferme. La montée des eaux conduit à un huis-clos qui va obliger le père et le fils à entamer le dialogue qui n’a jamais eu lieu. Les auteurs ont imaginé un récit familial qui va de rebondissement en rebondissement, mais l’intérêt tient au parcours de Jean. Mais on trouvera un intérêt supplémentaire à suivre le parcours militaire de Jean, qui nous permet de découvrir un aspect peu développé dans la littérature, à savoir les conditions de détention dans les bagnes.

À dix-huit ans, Jean Poujol s’embarque pour l’Algérie. Il est alors affecté comme infirmier à l’administration pénitentiaire coloniale. En 1935, il profite d’une escale de La Martinière pour se rendre en Guyane. Il s’agit d’un navire qui servait à transférer les prisonniers de Saint-Martin-de-Ré vers la Guyane, avec parfois une escale à Alger.
Il parvient dans la colonie sud-américaine en 1936. Il se retrouve à Crique-Anguille, l’un des trois camps spéciaux (avec Saut-Tigre et La Forestière) destinés à accueillir les nationalistes indochinois. Le gouvernement procède à la fermeture des bagnes en 1938 (décret-loi du du 17 juin 1938, pris à l’initiative du sous-secrétaire aux Colonies, Gaston Monnerville), et ces établissements sont progressivement évacués jusqu’en 1945. Si les camps cités sont fermés avant 1939, il semblerait que les derniers bagnards évacués de Guyane l’aient été en 1953 [1]
Pour autant, il subsiste des établissements pénitentiaires dont les conditions sont similaires aux bagnes. C’est ainsi que Jean Poujol parvient en Indochine, en 1946, au camp de Poulo Condor, où sont enfermés les nationalistes indochinois jusqu’aux accords de Genève, en juillet 1954.

Les auteurs proposent un petit dossier, en fin d’album, qui permettra d’en savoir davantage sur les travaux forcés, La Martinière, Poulo Condor « le bagne méconnu », et « les bagnes des Annamites ». Pour cela, ils se sont fondés sur quatre sources (pas toujours disponible à ce jour) :


Frédéric Stévenot, pour Les Clionautes

Par Frédéric Stevenot

[1Source : Lucile Quézédé (association AGAMIS), « Le bagne des Îles du Salut (Royale, Saint-Joseph, Diable), 18 mars 2016.

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