La défaite française, un désastre évitable. Tome 1 16 mai 1940, il fallait rester en Belgique,
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Jacques Belle

La défaite française, un désastre évitable. Tome 1 16 mai 1940, il fallait rester en Belgique,

Économica, 2007, 346 pages par François Trébosc

François Trebosc
vendredi 1er février 2008

François Trébosc professeur d’histoire géographie au lycée Jean Vigo de Millau.

L’armée française pouvait-elle changer le cours des évènements de mai 1940 ?
L’étude de cette campagne présentée comme une étrange défaite par Marc Bloch ou une étrange victoire (strange victory) par l’historien américain Ernest May, la campagne de 1940 fait l’objet de nombreux travaux. Jacques Belle, énarque et lieutenant-colonel de réserve du service d’état-major, s’inscrit dans une nouvelle approche. Il n’entend pas remettre en cause la stratégie préparée par les états-majors et les politiques, au contraire, pour lui elle offrait de nombreuses garanties de réussite. C’est parce que les chefs militaires et politiques ne s’y sont pas tenus que la catastrophe s’est produite. Il veut nous démontrer, qu’à deux reprises, le 16 mai 1940 pour les chefs militaires, le 16 juin 1940 pour les dirigeants politiques, le sort du pays aurait pu être changé si les bonnes décisions avaient été prises.

Le présent compte-rendu ne traite que du premier tome consacré aux opérations militaires.
Jacques Belle appuie sa démonstration sur un récit des conditions d’élaboration des plans et des premiers jours de la campagne. Il se livre également à une analyse des forces respectives de chaque camp sur les plans militaire et économique.
Cela lui permet de mettre en relief un certain nombre de points.

Un plan d’opération initial largement respecté.

Face aux critiques franco-françaises de la manœuvre Dyle-Breda, l’auteur rappelle que ce plan a été élaboré en concertation avec nos alliés qui y trouvaient de nombreuses satisfactions. Pour les Belges, il évitait l’abandon d’une grande partie de leur territoire et notamment Bruxelles. Quant aux Britanniques, il permettait de maintenir la Grande-Bretagne hors d’atteinte de l’aviation allemande.
Malgré des difficultés, ce plan fut en grande partie rempli. Les forces franco-britanniques réussirent à atteindre leurs positions sur la Dyle 5 jours après le déclenchement des opérations alors que le plan initial prévoyait un délai de 7 jours. Seule la manœuvre au Nord en direction des Pays-Bas est abandonnée du fait de leur capitulation
.

Une armée française pas si mal équipée qu’on l’a dit.

La comparaison et l’analyse des effectifs et des matériels disponibles permettent de relativiser la faiblesse des forces françaises.
Pour les forces terrestres, il est reconnu que la dispersion des blindés français dans de nombreux bataillons a nui a leur emploi. Mais il ne faut pas oublier l’existence de grandes unités blindées et motorisées (division légères motorisées, division cuirassée) à l’image des panzer divisions allemande. Mais alors que les divisions allemandes sont groupées en un point blindé massif progressant rapidement, les divisions blindées alliées marchent au rythme de l’infanterie.
Les chars français ont certes un armement et un blindage supérieur mais ils manquent d’autonomie et de radios. Cela n’empêche pas les chars des 2° et 3° DLM d’opposer une farouche résistance aux 3° et 4° panzer division à Gembloux, lors de la première grande bataille de chars de la guerre.
La faiblesse est plus importante dans le domaine de la défense anti-aérienne. Les unités engagées disposent de peu d’armes, et l’organisation de la chasse ne permet pas d’assurer une bonne couverture des forces terrestres engagées. Une grande partie des moyens anti-aériens étant consacrés à la défense du territoire. Alors que les Allemands ont concentré aviation et pièces de DCA dans les lieux stratégiques. La faiblesse se trouve aussi du côté de l’aviation de soutien, où il n’y a pas de véritable équivalent aux stukas allemands.
Si les pertes sont lourdes côté allié, l’auteur met en relief qu’une partie de ces pertes est à imputer à la décision de retraiter qui oblige à abandonner une grande partie des engins et avions.

Des industries d’armement en plein effort

Les programmes d’armement lancés avant guerre sont poursuivis et accélérés. Après quelques déboires liés à la mobilisation, les industries d’armement ne cessent d’augmenter les cadences de production jusqu’en juin, se rapprochant des prévisions. L’industrie d’armement française produit plus que son homologue allemande. Un effort complété par des achats massifs aux Etats-Unis (avions, camions, moteurs)… 1940 aurait du voir l’armée française mieux équipée, en matériels plus modernes et mieux adaptés au conflit car les manquements avaient été repérés, les commandes passées, seul le temps a manqué.

Des forces qui finissent par s’adapter, Des alliés qui ont répondu présent
Le début de la campagne a vu l’armée française évoluer au rythme de ses troupes les plus lentes, avec le souci de tenir une ligne de front continue à l’image de la Première Guerre mondiale.
La suite des opérations voit l’adoption d’une tactique de résistance autour de points d’appui qui se révèle beaucoup plus difficile à briser pour l’ennemi. Des contre-attaques interarmes sont menées avec succès. Sur le terrain, les combattants ont appris et se sont montrés capables de tenir tête à l’ennemi lorsqu’ils en ont reçu l’ordre.

L’engagement des Belges et Britanniques se révèle à la hauteur des espérances. L’armée belge réussit à se replier comme prévu. Ce n’est qu’avec l’ordre de retraite que ses forces se désagrégeront sous la pression (comme les forces françaises d’ailleurs…) avant de capituler.
Quant aux Britanniques, ils ont sur le continent 10 divisions, toutes motorisées, dont une blindée, une armée moderne et bien entraînée. La Royal air force va fournir une couverture aérienne importante aux forces britanniques mais pas seulement. Elle réaliser même les seules opérations de bombardement d’envergure sur les points de franchissement de la Meuse. Churchill était prêt à un engagement plus massif, mais la tournure prise par la retraite va l’en dissuader. A ce moment là seulement les Britanniques se soucient de préserver leurs forces pour le futur.
Les opérations menées à Narvik montrent que l’on peut coopérer efficacement et avec succès entre alliés sur le plan militaire comme on le faisait déjà dans le domaine économique

Un ennemi loin d’être confiant

Le succès allemand sur la Meuse surprend et effraye même le haut commandement allemand au point qu’Hitler donne le 17 mai l’ordre de stopper les panzer divisions (ordre ignoré par ses généraux de l’avant) de peur d’une contre-attaque française au Sud. Un ordre qui faillit compromettre le plan allemand. Le recul des forces françaises de Belgique permit la levée de cet ordre et la reprise de l’offensive.
Le succès final est indéniable, mais l’analyse des pertes montre que la campagne a coûté cher aux allemands : un tiers des chars des panzer divisions ont été perdus, la lufwaffe entame la bataille d’Angleterre avec un potentiel aérien réduit de 20%... Qu’en aurait-il été si la résistance française avait été plus forte ? L’industrie allemande ne fournit pas le même effort que son homologue française, tout est prévu pour une campagne courte, il n’y a pas de réserves en matériels.

Mais des chefs militaires qui n’ont pas su prendre les bonnes décisions
Le 16 mai 1940, alors que le front est rompu dans les Ardennes et en Belgique méridionale, les forces françaises avancées en Belgique reçoivent l’ordre de quitter leurs positions défensives pour entamer un repli sur la frontière. Le haut commandement veut endiguer la progression ennemie en rétablissant un front continu. Les divisions qu’il envoie face aux Allemands sont battues les unes après les autres.
Pour l’auteur, cette décision ne tient pas compte de la situation de nos alliés et entraîne l’effondrement du front. Le coup de faucille des blindés allemand en direction de la mer coupe les communications avec l’arrière tandis la pression des forces terrestres et aériennes allemandes ne laisse pas de répit aux troupes. Cela transforme en déroute le mouvement de retraite qui se termine à Dunkerque avec des soldats démoralisés.
Selon Belle, il aurait fallu maintenir le front en place le long de la Dyle, solidement tenu par les forces belges, françaises et britanniques face à l’infanterie allemande.
Dans le même temps, la VII° armée, le corps de cavalerie (blindé en fait), et les forces britanniques en réserve en seconde ligne pouvaient contre-attaquer sur le flanc nord de la percée allemande dès le 17. Manœuvre complétée par une attaque à partir du sud le 19. Ainsi la base du saillant allemand était menacée, le haut commandement allemand n’aurait pas relancé ses forces vers la mer car il en aurait eu besoin pour parer à la menace. La crainte d’Hitler se serait révélée exacte, condamnant ainsi le plan allemand basé sur la vitesse.
Cette possibilité que Gamelin a entrevu et suggéré à ses subordonnés dans la nuit du 14 au 15 mai, il n’a pas ordonné de la réaliser. Il les a laissé gérer la situation comme ils l’entendaient. De leur côté, ceux-ci n’ont pas cru bon de s’y intéresser. Les torts des généraux apparaissent ici évidents et partagés.

Une thèse originale, un ouvrage très documenté, avec de nombreuses annexes qui permettent de mesurer l’importance du matériel. L’auteur a le souci d’appuyer sa démonstration par des cartes qui malheureusement se révèlent illisibles. Une bibliographie récente et un index complètent utilement l’ouvrage.

Par François Trebosc

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