La place des femmes dans l’histoire. Une histoire mixte.
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Geneviève Dermenjian, Irène Jami, Annie Rouquier, Françoise Thébaud

La place des femmes dans l’histoire. Une histoire mixte.

Éditions Belin 415 pages, Novembre 2010, 30 €


vendredi 11 février 2011

La place des femmes dans l’histoire. Une histoire mixte.
Ouvrage coordonné par Geneviève Dermenjian, Irène Jami, Annie Rouquier, Françoise Thébaud. 415 pages, mis en librairie en novembre 2010 au prix de 30 euros.

CR par Emilie Germain-Védrenne

La place des femmes dans l’histoire est un ouvrage collectif qui a été réalisé avec l’objectif d’éclairer, grâce aux gender studies, les programmes nationaux d’histoire. Il souhaite faire sortir les femmes de l’ombre, dans laquelle les laissent l’enseignement. Cela s’inscrit dans la lignée du travail qu’Annette Wieworka effectua en 2004 : Quelle place pour les femmes dans l’histoire enseignée ?
Réalisé à l’initiative d’une association au nom évocateur : Mnémosyne (déesse de la mémoire et mère des neuf muses de l’Antiquité grecque), ce livre cherche à reconstruire un récit historique qui est défini comme « partiel et partial ». Cependant, le sous-titre : Une histoire mixte, permet de comprendre immédiatement que l’objet n’est pas de reprendre ici, la lutte féministe, mais de comprendre les rapports multiples : sociaux, culturels, économiques, politiques ou religieux, entre les représentants des deux sexes, de l’Antiquité jusqu’à nos jours.
La place des femmes dans l’histoire prend place dans une approche institutionnelle. Les auteurs inscrivent leur ouvrage dans la poursuite d’un travail débuté au Conseil National des Programmes, sous la direction de Luc Ferry, dont la finalité serait « des manuels-élèves de plus en plus mixtes ». Ils accueillent dans leurs rangs, essentiellement, des enseignants en fonction et des IA-IPR. L’ouvrage suit donc les programmes, en dépit des errances qu’on leur connaît, mais dans un ordre chronologique, ce qui en facilite l’accès. Un découpage s’effectue à travers trente-six chapitres répartis en cinq grands axes. Chaque chapitre est accompagné de dossiers, afin de donner des pistes pédagogiques. La dimension très cloisonnée de l’ouvrage nécessite de faire une critique qui reprendra les différents thèmes, dans leur ordre d’exposition, afin de ne pas perdre le lecteur.

Femmes et hommes dans les mondes antiques et médiévaux.

Cette première partie débute par un préambule un peu avorté sur : Mythologies, divinités et genre. L’étude est tellement brève qu’elle en devient difficile d’accès. Cependant, elle ouvre une problématique essentielle, liée à la religion, qui sera un des fils conducteurs de l’ouvrage.
Les chapitres sur Athènes et Rome soulignent de façon très pertinente le rôle des femmes dans la construction de la communauté civique, tout en expliquant leur exclusion de la communauté politique. Les pratiques familiales, sexualité, « maîtrise » de la fécondité, adultère, reconnaissance des enfants… ne sont pas mises de côté et permettent de mieux comprendre les mentalités (souvent ignorées dans les programmes au profit d’une approche factuelle très édulcorée). Les femmes sont aussi envisagées dans leur pluralité, fille, mère, sœur, prostituée, courtisane, esclave…Enfin, la religion n’est pas présentée uniquement comme une légitimation de la domination féminine. La participation religieuse des femmes, les cultes féminins sont bien mis en lumière.
La question religieuse se poursuit à travers l’étude de la Bible hébraïque, essentielle dans notre conception occidentale. Dans celle-ci la vision du corps féminin est ambigüe : source d’attirance et de péché. La vie sexuelle se confond alors avec une vie amoureuse licite et procréatrice. La construction du couple évolue alors car lors du mariage la femme donne désormais son accord. Les devoirs du mari sont définis : la nourrir, la vêtir et lui offrir une vie sexuelle normale. Les femmes de la Bible sont célébrées, pour leur courage, leur indépendance, leur don de prophéties. Ce sont des épouses, des mères et aussi des femmes fortes à l’image de la reine de Saba ou de Judith qui reste veuve et protège les siens en tuant Holopherne. L’auteur précise bien que c’est de façon relativement tardive qu’elles furent de plus en plus exclues des célébrations publiques et de l’étude religieuse.
Dans le Nouveau Testament et les débuts du christianisme. Les femmes des Évangiles sont présentes et très fidèles. C’est à Marie de Magdala que Jésus annonce sa résurrection. On ne trouve pas de jugement pour justifier une infériorité de la femme, mais force est de constater que dans la plupart des moments clés elles ne sont pas présentes. Face à ce premier héritage, l’apôtre Paul se distingue par ses exhortations à la soumission, mais aussi au célibat et à la chasteté. Le mariage s’il existe devient indissoluble. Même si les femmes sont présentées comme importantes, surtout lors des conversions, à l’image de la mère de Constantin, elles seront finalement exclues de la construction de l’Eglise (en dehors du monachisme). Les préventions contre les femmes vont alors croissant comme peut le démontrer la lecture de Saint Augustin et des textes des Pères de l’Eglise dont certains sont joints au dossier documentaire.
La réflexion se poursuit ensuite à travers la Chine des Han et l’Empire du Mali. Les études sont cependant trop lapidaires pour être utilisées, en particulier pour la civilisation Han. Il semble qu’il s’agisse plutôt d’une approbation des nouveaux programmes.
Le fil religieux reprend avec la présentation des débuts de l’Islam. L’appel de Muhammad bien qu’universel, est dans un premier temps entendu par son épouse, qui est la première à croire en lui. Les auteurs soulignent alors de façon très pertinente que la place de la femme ne se définit pas par rapport à cette « révélation religieuse », mais par rapport à une nouvelle expérience politique, sociale et culturelle dominée par une caste de guerriers qui pense avoir la bénédiction divine.
Ce modèle va s’appliquer à des sociétés où la place de la femme pouvait être variée du Yémen à l’Arabie centrale, même si toutes sont de type patriarcales. Le Coran présente les devoirs des femmes et des hommes envers dieu comme étant identiques. Cependant, la femme est définie aussi par son obéissance face à son époux.
La place des femmes et des filles du prophète est à part puisqu’aucun de ses garçons ne parviendront à l’âge adulte. Sa descendance est assurée par sa fille Fatima qu’il marie à son cousin Ali. Certaines des femmes du prophète le marquent plus comme Khadija qui croit immédiatement en lui et comme Aisha qui le soigne à la fin de sa vie. Cette dernière aurait continué d’ailleurs à jouer un rôle après sa mort en combattant le calife Ali. Ces femmes se doivent d’être exemplaires dans leurs comportements sociaux et religieux et en échange, elles bénéficient d’une certaine révérence. Le fait qu’elles doivent porter un voile est surtout une façon de montrer que Muhammad est un être à part.
Au moment des grandes conquêtes qui s’effectuent sous les premiers califes, l’Islam donne un cadre juridique, politique et religieux. Le droit matrimonial s’établit. Il est alors interdit d’épouser une femme musulmane, pour un homme qui ne l’est pas. Ce qui n’est pas établi dans le Coran. Pour l’adultère, alors que le Coran propose la flagellation, le droit musulman, en se fondant sur la parole du calife Umar, retient la peine de mort. Le rapport au corps est aussi éloquent, il faut le protéger et le purifier le plus souvent possible. L’idée de porter le voile, autrefois limité aux femmes de l’élite, se développe dans le cadre des sociétés pluriconfessionnelles. On estime que c’est vers le VIII siècle, dans l’Irak abbasside, que cette pratique se généralise. Comme les injonctions des juristes sont très fréquentes, sur ce point, on peut en déduire que cela ne devait pas être respecté. Les textes de Frédéric Lagrange permettent de donner un point de vue très instructif sur le hijâb, autour duquel les valeurs se sont inversées. Autrefois, ne pas porter le voile était une marque de basse extraction, désormais pour le mouvement féministe musulman, c’est une marque de progrès.

L’étude sur la Méditerranée orientale au XII siècle, qui n’est plus d’actualité du fait des changements des programmes, est un peu prétexte à répéter les informations précitées et n’apporte de réelles informations que sur les Byzantins.
L’explication du mariage chez les Musulmans comme chez les Juifs est un peu redondante puisque précédemment citée. Il correspond toujours au début d’une alliance. La sexualité ne peut s’exprimer que dans ce cadre et dans la volonté de procréer (comme le souligne la nouvelle de Léon VI qui interdit aux Eunuques de tels rapports). Chez les Juifs, il existe aussi une morale sexuelle. Il faut remplir son devoir environ une fois par semaine. Pour le devenir de l’union, le divorce est proscrit chez les Byzantins, mais la répudiation se pratique, comme chez les musulmans.
Les femmes à Byzance peuvent sortir de la sphère privée. Elles travaillent dans différents domaines : vêtements, métiers de bouche et certaines sont même médecins. Enfin, leur exclusion de la sphère publique est contredite par l’existence des impératrices. Ces dernières sont l’objet de portaits littéraires, comme l’impératrice Doukas.
Ce premier axe se clôture par un chapitre sur l’Occident féodal écrit par Didier Lett. Là, l’auteur insiste sur les conditions dans lesquelles les femmes ont été exclues des domaines du savoir, de la vie politique ou quotidienne.
Le monopole masculin de la prêtrise est justifié par le fait que les douze apôtres étaient tous des hommes. Dans le cadre de la réforme grégorienne, on jette un discrédit sur la parole des femmes, qui rejaillit sur celle des laïques. Les laisser prêcher c’est prendre le risque que les femmes veuillent faire de même.
Les femmes peuvent, comme les hommes, entrer dans les ordres et faire vœux de pauvreté et d’obéissance, dans des monastères simples ou doubles. Le respect de la clôture est alors beaucoup plus strict pour elles. Elles sont aussi totalement dépendantes des hommes, pour les offices, pour les confessions… Parmi ces femmes certaines grandes figures s’affirment comme Hildegarde de Bingen (envisagée un temps dans l’étude du programme de seconde). D’autres formes religieuses se développent aussi comme les béguinages, qui naissent au XII siècle dans les milieux urbains. Dans ces espaces les femmes s’approprient des textes sacrés, mais sans entrer dans les structures de l’Eglise. Cette situation intermédiaire dérange les monopoles religieux.
Dans le domaine politique, la domination masculine se fonde, là aussi, sur le constat que la femme a été créée, à partir de l’homme, pour lui venir en aide. Sous l’influence de la redécouverte de la pensée d’Aristote et du droit romain on exclu davantage les femmes. L’exemple le plus célèbre étant l’exclusion d’Isabelle de France, alors qu’elle était la plus proche du trône après la mort de ses frères. Dans l’Eglise, l’histoire de la papesse Jeanne révèle la hantise de voir une femme devenir Pape. Ce serait pour conjurer cette menace qu’un rite de vérification des sexes des Papes se serait développé avec la technique du siège percé.
Dans les familles royales, les femmes ne doivent pas être des actrices indépendantes mais se mettre au service des intérêts de l’Etat. Les Capétiens donnent leurs femmes à leurs plus grands ennemis. Ils savent aussi épouser des femmes bien dotées comme : Elizabeth de Hainaut, Jeanne de Toulouse ou Marguerite de Provence. Le problème c’est que cette politique va rencontrer l’opposition de l’Eglise qui se fait de plus en plus virulente, comme le prouvent les accusations de bigamie contre Philippe I ou Philippe Auguste.
Lors de la cérémonie du Sacre la reine est présente. Elle est ointe, mais d’huile ordinaire, on prononce aussi des prières afin qu’elle assure la descendance, puisque c’est son premier devoir. Parmi les reines de France Blanche de Castille fut perçue comme aillant un ascendant sur son époux Louis VIII : « Femme par le sexe, elle fut virile par le conseil ». Elle va être régente de 1226 à 1242. Mal perçue, elle n’en assurera pas moins la seconde régence, lors du départ de Louis IX en Croisade.
Pour appréhender l’inégalité des sexes, l’étude des calendriers agricoles, sur parchemins ou vitraux, se révèle précieuse. Ces documents ont une valeur symbolique. Ils sont là pour expliquer les devoirs de chacun. Les femmes y sont moins représentées et principalement dans les activités domestiques, ou péri-domestiques. Cela ne rend pas compte de la réalité mais permet d’affirmer la domination de l’homme. Cela se retrouve aussi dans les écrits qui évoquent les jeunes enfants.
Le dossier d’accompagnement est très complet. L’un deux est consacré à Jeanne d’Arc et permet de faire le point sur la figure posthume. Ce chapitre passionnant pèche cependant par l’absence totale d’évocation de la littérature courtoise et par l’absence de la figure d’Aliénor d’Aquitaine.
Les ruptures temporelles choisies, pour cette première partie, amènent à écraser la période médiévale. L’auteur, aussi brillant soit-il, ne peut résumer les enjeux d’une période millénaire en si peu de pages !

Femmes et hommes dans les Temps Modernes et en Révolution.

Le chapitre consacré à la Renaissance pose la problématique suivante : La Renaissance a-t-elle représenté une période d’émancipation pour les femmes ?
Christine de Pisan, dans la Cité des Dames (1405), prône l’émancipation des femmes par le savoir. Les femmes issues de l’élite économique ou politique reçoivent alors une éducation, telle Marguerite de Navarre qui encourage Guillaume de Budé, pour le développement des études grecques en France. Cette dernière se montre aussi protectrice à l’égard de Rabelais ou de Lefebvre d’Etaples. Castiglione explicite bien ce rôle que les dames se doivent désormais de tenir dans les cours, leur raffinement et leur culture doivent rejaillir sur des hommes violents et frustres. Catherine de Médicis joue aussi ce rôle.
La Renaissance et l’Humanisme permettent de faire ressurgir l’héritage Antique. Selon Vésale, la femme serait alors un homme non développé. La redécouverte concomitante du droit romain remet en cause les héritages « barbares » et augmente la soumission juridique de la femme à son époux. Les hommes de la Renaissance découvrent aussi des figures féminines mythologiques ou historiques qu’ils font, comme Boccace, connaître à leurs contemporains. Les Grandes Découvertes permettent aussi l’observation d’autres modèles : de là va naître un fantasme celui de l’Amazone qui fascine par sa différence, son indépendance et sa dangerosité. Il est dommage que l’article se limite à l’évocation de ce fantasme sans entrer plus avant dans cette question des femmes pendant les Grandes Découvertes.
Le rapport à la beauté féminine se pose alors. Albrecht Dürer, dans les Quatre livres des proportions humaines, est le premier à s’intéresser au corps féminin. A sa suite le nu féminin se développe. Même les saintes, comme Judith, sont représentées dénudées. Le nu permet alors de figurer des vertus comme la Vérité, l’Amour et, dans la Vénus d’Urbino de Titien, la dimension érotique n’est pas du tout dissimulée.

Les défauts sont, à l’inverse, soulignés dans les gravures : la femme coquette, bavarde…Dans la littérature et surtout dans le théâtre, l’adultère féminin est un grand thème de la farce comme dans Beaucoup de bruit pour rien.
Dans leur quête d’éducation les humanistes posent la question de celle des filles. Erasme se déclare favorable et son ami Thomas More l’applique avec ses filles qui deviennent de grandes lettrées. Le problème c’est que l’éducation doit être rentable et qu’elle ne l’est pas avec les filles et l’éloquence est définie comme contraire à la faiblesse de leur sexe. Au cours du XVI siècle c’est surtout l’alphabétisation des filles qui progresse dans les écoles paroissiales. Dans les « granny school » on enseigne des rudiments liés aux catéchismes. Enfin, certaines institutions religieuses se développent à destination des filles, comme les Ursulines. Par la suite l’éducation conventuelle va devenir la norme chez les jeunes filles de bonne famille.
Concernant le discours religieux sur les femmes on peut observer une constance, chez les Réformateurs, dans le dénigrement de la femme et dans la justification de sa position inférieure. Toutefois, on demande aux mères et aux filles de lire la Bible et de participer aux chants. Certaines femmes se permettent de commenter les Ecritures en public, comme Jeanne d’Albret, ce qui est mal perçu. L’Eglise catholique cherche alors des figures d’opposition comme la mystique espagnole Thérèse d’Avila. Les femmes se sont aussi livrées à des pratiques artistiques. Souvent ce sont des filles d’artistes, mais elles se limitent à des genres mineurs comme les natures mortes ou les portraits. Pendant la Renaissance le regard sur le corps féminin évolue. Le corps de la femme devient œuvre de beauté et de sensualité. Toutefois cette nouvelle approche ne débouche pas sur un discours émancipateurs ou sur un projet éducatif promotionnel.

Sous l’Ancien Régime, la question de la place des femmes désormais vis-à-vis de leur place dans un ordre donné. Les inégalités sociales sont alors présentées comme des lois de la nature. De la même façon la hiérarchie entre homme et femme reposerait sur des fondements naturels et sur des traditions religieuses bibliques. Les précepteurs et les collèges sont réservés aux garçons. L’idée est de succéder à ses parents grâce à un mariage homogamique qui représente la norme. Dans la noblesse désargentée on peut faire des alliances avec des bourgeois, mais ce déclassement, des femmes qui suivent la condition de leurs époux, reste mal perçu. Alors que le prix des dots reste élevé, les familles nobles continuent aussi de se servir des alliances matrimoniales pour créer ou recréer des alliances.
Parmi les paysans, le partage des tâches est presque inexistant lors des récoltes. Il réapparaît, lors des autres saisons. Dans les métiers, les femmes travaillent dans la boutique, mais sont exclues des corporations. Elles sont beaucoup moins rémunérées et en période de crise, ce sont les premières touchées. En cas de veuvage, elles doivent assumer le rôle de chef de famille, mais avec un conseil de tutelle. On observe parfois une poursuite d’activité, afin de permettre ensuite aux enfants de conserver le statut de leur père.
A la tête du royaume, il existe une analogie entre la figure du roi et celle du père de famille. Dans la famille royale française, une femme ne peut pas hériter de la couronne. La loi salique est, désormais, une loi fondamentale du royaume. Lors du contrat de mariage, la reine est de fait exclue de la succession. En 1610, Marie de Médicis sera la dernière reine à être sacrée. Au XVI et au XVII siècle la peur de voir le trône usurpé par un mâle fait que la régence va devenir une affaire de femmes avec : Catherine de Médicis, Marie de Médicis et Anne d’Autriche. Les régentes ne disposent pas véritablement du pouvoir et cela entraîne des périodes de faiblesses dangereuses pour la couronne. Quelques beaux documents illustrent cette période.
Les femmes sont inscrites dans la communauté mais ne peuvent pas participer politiquement. Lors des conflits alimentaires, des guerres ou des sièges elles s’impliquent avec l’idée qu’elles peuvent jouir d’une certaine impunité.
Au XVI siècle, germe l’idée que renforcer la place du père de famille, c’est aussi consolider l’importance du roi dans son royaume. Les pouvoirs du père sont renforcés pour placer ou marier ses enfants. En cas d’adultère, qui ne peut concerner que les femmes, le mari faire enfermer sa femme dans une maison religieuse. Enfin, au XVII des maisons spécialisées dans les manquements à l’obéissance familiale se développent.
Ce chapitre pose des questions pertinentes. Or, on peut s’étonner que l’éducation des jeunes enfants ou bien la question de la maîtrise des naissances ne soient pas du tout évoquées dans le texte principal, mais simplement dans les documents annexes.

Lors des Lumières, les préjugés misogynes semblent perdurer. Les femmes restent génitrices et éducatrices. Or, dans ce mouvement européen, la connaissance humaine est mise en avant pour contester le primat religieux et l’organisation inégalitaire qui en découle. Désormais le temps n’est plus Biblique, mais « éclairé » par la croyance dans le progrès. Les femmes comprennent alors que leur sort peut s’améliorer et que cela peut se faire grâce à leur éducation et grâce à leur culture que certaines étalent dans la somme de l’Encyclopédie comme Julie de Lespinasse ou Louise d’Epinay L’article sur les Femmes, de Voltaire, précise que leur pensée ne peut égaler celle des hommes car elles seraient trop matérialistes. Condorcet et d’Alembert pensent, à l’inverse, que l’Esprit n’a pas de sexe. A l’inverse Diderot décortique comment la faiblesse du corps féminin justifie et entraîne leur soumission. Il constate que les pères de l’Eglise reçoivent sur ce point le soutien de nombreux « scientifiques ».
La mise en avant de cette différence entraîne, chez certains, comme Turgot, le désir de protéger. Il préconise les métiers moins pénibles pour les femmes. Par contre les droits politiques il n’en est pas question, entre autre chez Rousseau qui leur refuse le droit à l’instruction.
De nombreux textes se penchent sur le type d’éducation que les filles doivent recevoir et tous mettent au premier plan les bonnes mœurs. De ce fait, il n’existe pas de système scolaire sécularisé. A près cette brève période d’enseignement, elles reviennent dans leur famille pour se consacrer à des tâches utilitaires dans l’attente d’un mariage. Le seul contre exemple d’enseignement long est celui dispensé à Saint Cyr, institution fondée par madame de Maintenon, en 1686. La scolarité féminine est brève et pauvre en contenu. Certaines réclament, donc, un enseignement séculier et collectif.
Même les femmes éduquées restent en public dans la retenue. Emilie du Châtelet s’habillait comme un homme pour fréquenter les cafés littéraires. Les salonnières bien que maîtresses de maisons et mécènes, à l’image de mesdames Geoffrin ou Lespinasse, ne rendent pas leurs pensées ou leurs écrits publics. L’acquisition d’un patrimoine culturel reste donc très incertaine.
Il est dommage que partie consacrée à la période Moderne se concentre surtout sur les élites sans mentionner le rôle des femmes dans les émeutes populaires, alors que des études très pertinentes ont vu le jour sur ces thèmes avec Jean Nicolas ou Yves-Marie Bercé. Le thème de l’enfance est uniquement traité dans les dossiers d’accompagnement ce qui est regrettable.

Le chapitre 12 porte sur la particularité des sociétés de plantation. On peut se demander alors si les femmes sont traitées différemment dans le cadre de l’esclavage. Au départ la traite française concerne un nombre égal d’hommes et de femmes, afin de constituer des couples. Par la suite, ce sera environ une femme pour deux hommes puisque le travail dans les exploitations agricoles semble plus adapté aux hommes. Ces femmes longtemps inférieures en nombre vont donner naissance à 2 millions d’enfants serviles ou issus d’unions mixtes. Si ces unions entraînent des mariages les enfants sont considérés comme libres et au bout de quelques générations comme blancs. Toutefois, la frontière entre blancs et affranchis va avec le temps se durcir. Les mariages deviennent plus rares et se limitent aux mulâtresses bien dotées.
La question de la reproduction des esclaves reste l’objet d’un débat. Certains maîtres essayent d’obtenir des mariages et laissent le choix aux hommes. L’arrivée d’une nouvelle main d’œuvre rendra le problème moins prégnant. Émerge aussi un système d’affranchissement pour les mères qui mettent au monde 5 enfants vivants. Cela reste cependant très rare puisque la maternité n’est pas reconnue (pas d’arrêt de travail, pas de ration supplémentaire). C’est donc un fardeau qui s’ajoute à celui de l’esclavage.
Dans les rapports au travail et au maître la division sexuelle était aussi présente. Le prix des femmes est dans tous les cas inférieur et baisse beaucoup plus vite avec l’âge. Les femmes sont moins nombreuses à maronner et celles qui le font partent plutôt vers la ville. Lors des révoltes serviles, entre autre à Saint Domingue, on peut observer des femmes qui aident et transportent les blessés et qui galvanisent aussi les hommes, avec le Vaudou. Cependant les armées régulières restent essentiellement masculines. Dans les plantations on souligne que les femmes sont plus rebelles certainement car elles savent qu’elles ne peuvent améliorer leur sort. Enfin, on sait aussi que la résistance à la maternité esclave, grâce à des techniques contraceptives est une forme d’opposition spécifique. Ce chapitre démontre l’absence d’égalité y compris dans le cadre de l’esclavage.

La question des luttes féminines est à nouveau posée avec les Femmes en Révolution. Les femmes furent des actrices de la Révolution qui demandèrent aussi l’accès aux droits politiques et à l’égalité des sexes. Présentent dès la journée des Tuiles, elles participent aux réunions de préparation des Etats et écrivent des brochures indépendantes comme le Cahier des doléances et réclamations des femmes. Elles participent aussi aux actions populaires. Marie Charpentier estropiée lors de la prise de la Bastille recevra une pension en tant que « vainqueur de la Bastille ». La suite du chapitre est très événementielle et se contente de préciser que dans toutes les actions, les femmes sont là…. L’évocation des journées d’Octobre est succincte et manque de précision. On ne comprend pas bien les causes de cette marche sur Versailles, ni son déroulement. Théroigne de Méricourt est peu mentionnée il en est de même des réactions des députés. Or, c’est un point essentiel pour comprendre le processus d’exclusion à venir.
L’article devient plus concluant sur les différents débats. En décembre 1789 les femmes sont exclues du nouveau contrat social, issu du principe de souveraineté nationale, comme les noirs, les métis, les affranchis et les pauvres.
Parmi ceux qui défendent leurs droits on peut citer le philosophe Condorcet, qui fut l’un des premiers théoriciens du féminisme. La revendication prend ensuite une forme plus visible avec Olympe de Gouges qui publie en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Certaines femmes s’activent sont aussi dans certains clubs mixtes comme la Société fraternelle des deux sexes et sur les bancs de l’Assemblée, où on leur donne le surnom péjoratif de « tricoteuses ». Exclues de certains clubs masculins elles forment 56 clubs féminins. Parmi les grands débats, se trouve celui sur le port d’arme. Pauline Léon, arguant du fait que cela fait parti du droit et des devoirs du citoyen demande la formation d’une garde nationale féminine. L’article se perd ensuite à travers l’annonce d’une succession de dates qui marqueraient l’exclusion des femmes. Débat sans fondement puisqu’elles ne furent jamais intégrées.
En 1793, avec la Constitution de l’an I, la notion de citoyens passifs disparait mais les femmes restent exclues du suffrage. Puis, en pleine crise liée à l’assassinat de Marat par Charlotte Corday, le Comité de Salut Public confirme l’exclusion des femmes de la vie politique et militaire. Le réquisitoire de Chaumette contre Olympe de Gouges et son exécution prennet valeur d’avertissement général : « femme-homme qui a oublié les vertus qui conviennent à son sexe ». On retrouve le même type d’argumentation dans le procès de la reine à qui on reproche sa position, en tant que mère. En 1795, les émeutes contre la faim sont l’occasion d’une répression.
A l’inverse, au niveau des droits civils, la Révolution correspond à une période de progrès car les femmes cessent d’être des mineures juridiques et peuvent disposer de leurs biens, dès leur majorité à 21 ans. Elles peuvent aussi à cet âge se marier librement. En 1791, le mariage devient un contrat civil qui peut être rompu par le divorce.
L’article suivant : De Bonaparte à Napoléon le nouvel ordre des sexes, reprend mieux ces quatre figures féminines de répulsion que sont : en groupe les émeutières, les Contre-révolutionnaires et individuellement Charlotte Corday ou bien Marie-Antoinette. Les procès de ces deux femmes ouvrent les vannes de l’antiféminisme.
Il est étrange d’avoir opté pour cette césure au milieu de la période révolutionnaire ! Cela ne favorise pas la compréhension et entraîne même des redondances bien que le second article soit plus problématisé. Les articles pèchent aussi par leur manque de distinction entre les objectifs révolutionnaires et impériaux face aux femmes. En somme, la pensée réactionnaire et péjorative face à la condition féminine ne poursuit pas du tout les mêmes objectifs. La misogynie d’un Louis de Bonald s’inscrit dans un cadre paternaliste voire dans une mouvance théocratique totalement différente. Toutefois, l’article souligne bien le fait que Napoléon n’est pas à l’origine de ce retour en arrière. En effet, six jours après la chute de « l’Incorruptible » le divorce était déjà interdit et le rapport Amar de 1794 est très explicite sur ce point. Il reste vrai que c’est cependant bien le Code Civil qui inscrit l’infériorité féminine dans la loi. La femme devient être mineure, imparfait et corruptible.
L’inégalité entre les époux se manifeste par un devoir d’obéissance féminin et par une plus grande difficulté dans l’obtention du divorce. La gestion des biens est masculine et la sexualité est un devoir en vue de procréer. Enfin, seul le père possède autorité sur les enfants. Dans ce programme d’assujettissement, l’ignorance est fondamentale. L’éducation des filles revient à l’Eglise et à leur mère mais pas à l’Etat. La parole médicale confirme d’ailleurs cette faiblesse féminine en faisant de la folie, à l’instar de Pinel ou d’Esquirol, un apanage féminin.
En dépit de la césure maladroite, les deux articles permettent de faire le point sur des aspects souvent éminemment simplifiés.

On retrouve un peu le même problème dans le chapitre sur l’Europe en mutation qui reste extrêmement vague. L’introduction reprend de façon redondante ce qui a été dit dans les précédents chapitres sur la construction de l’infériorité féminine. Chapitre fourre tout où l’on nous parle du nationalisme comme des ouvrières. S’ensuit un mauvais résumé de la période révolutionnaire. Là encore on souligne les tentatives d’émancipation de certaines femmes avec la publication à Paris du journal la Femme libre.
Les femmes contestent leur position de soumission dans la sphère domestique et réclament l’instruction. Or, il faut attendre l’ordonnance de 1836 pour que l’enseignement primaire des filles soit envisagé, mais sans contraintes pour les mairies.
Le chapitre se penche ensuite la question des femmes dans le cadre de l’industrialisation. On peut constater qu’elles participent massivement à ce changement de structure et de nature de production. Pour les hommes, l’emploi féminin pose problème car c’est une main d’œuvre sous payée et donc concurrentielle. Michelet écrit « Ouvrière mot impie, sordide ». L’AIT réclame un salaire familial qui serait plus juste. Alors que les femmes partagent la dureté du travail masculin, elles ne peuvent espérer gravir les échelons. A cela s’ajoute la gestion du quotidien domestique et du harcèlement sexuel. Dans la vie d’une femme, le travail est intermittent et principalement lié aux grossesses et au veuvage. Flora Tristan consacra, justement, en partie son œuvre à l’amélioration de la condition des ouvrières. En 1869, quand les ouvrières de la soie se mettent en grève à Lyon, on peut constater que ce mouvement ne sera pas soutenu par les hommes et au final seul le salaire des hommes sera augmenté. L’ensemble documentaire est pertinent avec des documents plutôt rares comme le texte de Michelet sur l’ouvrière. Il est donc dommage qu’il y ait une première partie prétexte sur l’évolution politique et que cette question du travail soit reprise dans le chapitre suivant.

Le quinzième chapitre pose la différence homme/femme dans le cadre, plus élargi, de la mise en avant systématique de différences réelles ou supposées. On part de la différence corporelle pour aboutir à une différenciation des tâches mais surtout à une valorisation différenciée des sexes. L’auteur revient sur l’économie capitaliste qui généralise certes le travail féminin, mais sans permettre une émancipation puisqu’il est subalterne et sous payé et souligne que le socialisme ne s’est pas plus éloigné de cette logique de différenciation.

Femmes et Hommes à l’âge industriel.

Sociétés industrielles : un siècle de mutations. Le néologisme « féminisme » vit le jour dans les années 1870. On l’emploie alors en médecine pour qualifier des hommes possédant des caractères féminins. La première à l’employer dans son acception actuelle est Hubertine Auclert en 1882 : « lutte pour l’amélioration de la condition de la femme ». Les féministes possèdent alors en commun de critiquer la position de la femme mais les revendications d’égalité sont plus ou moins larges : politique, sociale ou économique. L’ouvrage de John Stuart Mill jouera un grand rôle dans la diffusion de ce premier féminisme.
Les revendications peuvent se faire dans le cadre d’association et visent la réforme du mariage, de l’éducation, des droits politiques. Sur ce dernier point, les Françaises et les Anglaises ne se donnent pas les mêmes priorités ni les mêmes moyens. Dans le même temps la Scandinavie s’affirme comme précurseur.
La différenciation se marque dans tous les domaines :
- dans le cadre domestique on codifie ce que c’est qu’être une bonne maîtresse de maison.
- l’école n’est pas mixte et ne se donne pas les mêmes objectifs.
- Les vêtements sont aussi un marqueur très important, chez les bourgeoises, ils entravent très fortement les corps. Il y a aussi une façon de se tenir, de parler…
Ces clichés sont surtout véhiculés par la bourgeoisie, classe dominante, au sens marxiste du terme, mais minoritaire au sens démographique. Concernant le travail des femmes, l’article pose de façon très pertinente les notions de travail et d’emplois qui se firent en défaveur des femmes qui ne sont ni rémunérées ni reconnues pour tout le travail domestique.
Parmi les articles prétextes, se trouve celui sur les migrations au XIX siècle étudiées à partir de l’exemple Irlandais. La violence de la famine entraîne, certes, une migration plus mixte que dans les autres mouvements migratoires. A tel point que les Irlandais seront le seule groupe national où le nombre de femmes dépasse celui des hommes. Cependant est-ce la peine de consacrer un chapitre à cet aspect ?

Genre, sciences et techniques. L’exclusion des femmes est aussi très forte dans les lieux dédiés au savoir. Elles sont absentes des universités, des académies des grandes écoles d’ingénieurs. Les sciences et les techniques sont, en effet, conçues comme masculines. Les salonnières ne survivent pas à la professionnalisation du domaine. En France, il faudra attendre 1924 pour que les programmes scolaires soient identiques. Parmi les grands laboratoires qui emploient beaucoup de femmes on peu citer celui sur le Radium, à Vienne, et l’institut Marie Curie, à Paris. Cependant, le maintien des structures patriarcales empêche véritablement le développement d’une présence féminine. A la Faculté, en France, elles représentent seulement 18 % des professeurs et à, l’EHESS, 12 %. On peut constater aussi dans le discours scientifique une naturalisation des différences et des inégalités entre hommes et femmes. Dans l’histoire des sciences les femmes ont longuement été un sujet de discussion. L’exemple le plus fameux étant celui de l’hystérie.

Religions et société en Europe et en Amérique du Nord. Au XIX siècle, en dépit de la sécularisation des sociétés, la religion imprègne le quotidien et les grandes étapes de la vie, même si c’est par conformisme social. La diffusion de l’anticléricalisme, souvent liée à une position politique, reste très masculine. Michelet dénonce une influence du prêtre sur la femme. Le nombre de religieuse va, en effet, décupler au XIX siècle. En 1854, le Pape Pie IX proclame « l’immaculée conception » de la Vierge Marie.
On se soucie de l’éducation des Jeunes filles qui se passe souvent dans des pensionnats. Les pensionnaires sont sous surveillance, par exemple dans des usines-internats afin de préserver leur pureté.
La figure de l’épouse, dans la religion catholique, est celle d’une femme soumise, pleine d’abnégation et d’esprit de sacrifice. Chez les Protestants, le mariage fonde d’abord un couple et il est possible de réguler le nombre de naissances. Ces pratiques anticonceptionnelles vont être fortement condamnées, en France, face au recul de la natalité. Alors que dans les pays nordiques, on voit l’ouverture des premières cliniques de birth control. La religion permet aussi à certaines femmes de s’investir dans les œuvres sociales et dans la lutte contre la prostitution. Elles peuvent parfois voyager, comme les membres de la congrégation de Saint Joseph de Cluny.
Ce n’est pas un hasard si les premiers mouvements féministes sont apparus dans des pays de tradition protestante, comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Dans ces pays, les femmes possédaient un meilleur niveau d’éducation. En 1848, à New York, elles demandent la fin du monopole masculin de la prédication. En France, il faudra attendre 1965 pour que ce soit le cas. En 1890, dans la Women’s Bible, Elizabeth Cady Stanton démontre que ce texte n’affirme pas l’inégalité entre les sexes.
On ne peut regretter que cette évocation des mouvements d’émancipation soit si brève et que, bien qu’ils soient assez connus, ils ne soient pas plus développés.

Les bouleversements culturels en Europe et en Amérique du Nord. L’auteur s’interroge sur les formes de mixité dans les milieux artistiques, littéraires et dans la culture de masse. En France, des femmes reçurent le droit d’exposer au Salon et reçurent même des commandes de l’Etat, comme Rosa Bonheur. En 1897, l’Ecole des Beaux Arts s’ouvre pour elles et, en 1903, le prix de Rome. Les Impressionnistes, qui rejettent cet académisme, cooptent quelques femmes.
Une femme peut-elle embrasser alors la carrière d’artiste ? Certaines y parviennent, comme Suzanne Valadon, mais le drame est souvent là comme le prouvent les destins de Camille Claudel ou d’Alma Mahler. A Montmartre ou à Montparnasse, on peut voir des couples se former dans lesquels la double émancipation existe, comme chez les Delaunay. Chez les Surréalistes, la femme apparaît essentiellement sous la forme d’une muse, à distance des élaborations théoriques. Le domaine de la composition sera l’un des plus hermétiques. A l’inverse, beaucoup prennent la plume mais utilisent des pseudonymes. On peut mentionner les œuvres Sand, de Colette ou des sœurs Brontë.
Dans la culture de masse, la mixité se pose à travers l’émission et aussi à travers la réception. La culture de masse passe aussi par le cinéma. Dans le star system, la prédominance féminine s’explique par l’attirance que les femmes exercent. A l’inverse, dans le domaine du sport la prédominance corporelle masculine se maintient. En 1896, le projet du baron Pierre de Coubertin exclu les femmes. Cependant, dès 1900, elles s’y invitent à travers le golf et le tennis. La célèbre Suzanne Lenglen sera championne du monde à 15 ans. Certaines femmes se lancent, aussi, dans de nouveaux domaines comme l’aviation ou dans les explorations comme Alexandra David. Le portrait consacré à cette dernière est d’ailleurs très fouillé et pourrait faire l’objet d’une étude croisée avec le professeur de Lettres.
La question coloniale est reprise dans l’article, Expansion européenne et sociétés coloniales. Il est dommage que cet article ne prenne pas place dans la continuité de celui sur la colonisation.
Pendant longtemps, le fait colonial a été considéré comme une histoire d’homme. Lors des débuts de l’expansion, les femmes européennes étant très rares, les relations interraciales furent tolérées. Il existe, alors, tout un imaginaire fantasmé autour de ces indigènes. Les Empires coloniaux vont faire appel aux femmes occidentales pour « sauvegarder la race » et pour leurs capacités éducatives et sanitaires. Cela s’accompagne d’une tentative de législation sur les mariages interraciaux. Dans l’Empire britannique, comme dans l’Empire belge, des circulaires allèrent dans le sens de relations qui devaient restées cachées.
Les premières exploratrices dérangent alors ces relations et les stéréotypes misogynes. Parmi elles, on peut citer Alexine Tinné qui se lança dans une expédition pour découvrir les sources du Nil et qui noua les premiers contacts avec les populations du sud du Sahara.
Les femmes deviennent plus nombreuses à suivre leur maris. Elles voient alors dans l’émigration un acte patriotique. Ce n’est pas anodin que la Nouvelle-Zélande leur donne le droit de vote en 1893. Elles s’impliquent aussi dans l’élan missionnaire, en tant qu’épouses de Pasteur ou dans des congrégations.

La recherche d’un nouveau régime politique en France. Entre les réactionnaires et les partisans du Mouvement, les Femmes se demandent comment se positionner face à l’héritage révolutionnaire, qui les a marginalisées.
En 1848, les femmes sont déçues de ne pas bénéficier du suffrage universel. Très peu d’hommes estiment alors qu’il est nécessaire de lutter contre la domination masculine. La socialiste Pauline Roland ne reçoit pas l’autorisation de voter lors des élections municipales. Seule George Sand du fait de sa notoriété peut alors s’exprimer, bénéficiant d’une reconnaissance. Dans la Voix des femmes on peut lire « la liberté pour tous, c’est la liberté pour toutes ». Cependant, les mesures du Code civil ne seront pas remises en cause. Le débat sur le divorce provoque un tollé à l’Assemblée. Après le drame de juin 1848, les rescapés socialistes prennent d’autant plus leurs distances face aux femmes Proudhon désapprouve même tout engagement politique féminin.
Le Second Empire va correspondre aux triomphes des valeurs patriarcales et bourgeoises, dans lesquelles les femmes ne peuvent être que soumises. Dans le contexte de libéralisation du régime, on assiste à la naissance de la Ligue en faveur du droit des femmes. Cependant, l’expérience de la Commune entraîne un vif retour de l’ordre moral jusqu’en 1877.
Le combat des femmes peut alors ressurgir. Elles demandent l’abrogation du Code Civil qui « irresponsabilise » les femmes. Hubertine Auclert exige même une égalité complexe entre les sexes. Elle va réussir au Congrès de Marseille à faire adopter ce principe. Cependant, ce sont les mouvements plus modérés et philanthropiques qui trouvent un plus large écho.
Il est dommage que dans cette partie la place de la Commune se réduise uniquement à un portrait de la plus fameuse des communardes Louise Michel.

L’enracinement d’une nouvelle culture politique en France.

Les Républicains modérés craignent de ne pouvoir enraciner la nouvelle République. Ils écoutent mal les femmes, qu’ils soupçonnent d’être des partisanes de l’Église. Les inégalités se perpétuent dans le cadre du mariage : elles ne gèrent pas leurs biens, ne possèdent pas l’autorité parentale… Les discours scientifiques laissent sous-entendre que la notion d’Egalité concerne en fait essentiellement l’homme blanc.
Dans la voie de l’émancipation, l’instruction sera essentielle. Elle commence à être dispensée dans le cadre d’une école laïque, afin de soustraire les femmes à l’influence de l’Eglise.
Dans le journal la Fronde, elles identifient leur injustice à celle de Dreyfus. Le féminisme de la première vague se développe avec, au cœur du combat, la volonté de bénéficier du droit de vote. Il existe encore une très forte rigidité patriarcale, y compris dans le monde des syndicats comme le révèle l’affaire Couriau. Avec les écrits d’Engels, il est possible de penser cette exploitation des femmes, mais les socialistes la considèreront toujours comme seconde. La loi sociale sur le travail de nuit possède en fait certains biais et exclue les femmes des travaux rémunérés. De plus, elle peut être contournée pour les métiers dits féminins et qui sont mal rétribués comme celui d’infirmière. On ne s’émeut toujours pas de la double journée des femmes, ni du travail à domicile, à la pièce, qui est très mal rétribué. Dans cet article redondant, seule l’analyse de l’Affaire Couriau est très pertinente.

Femmes et hommes dans les guerres, les démocraties et les totalitarismes (1914-1945)

La Grande Guerre. Par sa dimension totale, la guerre va affecter l’ensemble de la société. L’entrée dans le conflit et l’Union Sacrée effacent, pour un temps, les revendications. Les femmes ont, certes, toujours travaillé, mais là, elles deviennent plus visibles et vont pénétrer dans des univers plutôt masculins. Cependant la féminisation des emplois ne dépassa jamais les 40 % contre 32 % avant-guerre.

On dénonce les risques de masculinisation et de confusion des sexes. Leur fidélité devient alors un sujet d’inquiétude des hommes et de l’Etat. De nouvelles catégories de femmes apparaissent : les 400 000 munitionnettes, les veuves noires et les veuves blanches, qui n’ont pas d’époux faute de pouvoir en trouver un.
Les femmes deviennent aussi des victimes, comme à Lille, en Pâques 1916. Elles sont aussi parfois rebelles et membres de réseaux secrets comme Louise de Bettignies ou Edith Cavell. Enfin, le féminisme tient sa place dans l’initiative pacifiste et organise des congrès pacifistes, dès 1915. En 1917, la protestation débute avec les midinettes qui s’insurgent contre les conditions de travail et la vie chère. Une aspiration confuse à la paix et au retour des poilus double ces revendications.
L’article évoque peu les femmes violées et la question du droit à l’avortement pour ces dernières. Annette Becker et Stéphane Audouin-Rouzeau ont consacré d’excellentes études sur le sujet. La question de la guerre émancipatrice qui est posée ne peut recevoir qu’une réponse mitigée. La figure de la garçonne ne doit pas cacher la diversité de la situation. Ce sont surtout les jeunes femmes issues des milieux aisés et urbains qui vont connaître une certaine émancipation. En France cela ne débouche pas sur l’obtention du droit de vote contrairement aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. On demande surtout aux femmes de se mobiliser pour donner de nouveaux enfants. Une loi est votée en ce sens le 31 juillet 1920 elle réprime l’avortement et la propagande anticonceptionnelle. L’ensemble documentaire est très pertinent sur la place des femmes dans les usines.

L’expérience soviétique de 1917 à 1921. Dans la Russie tsariste l’essentiel de la main d’œuvre reste agricole. Les ouvriers représentent 3 millions de personnes, dont un tiers sont des femmes. Cependant, elles ne touchent que la moitié du salaire de leurs homologues soviétiques. Les femmes Russes, à la veille de la Révolution, occupent dans la société une place importante. Elles constituent 25 % du corps enseignant et exercent une influence réelle. Depuis 1905, des revendications pour l’obtention du droit de vote circulent, entre autres à travers la Ligue Russe pour l’égalité du droit des femmes.
Les femmes s’investissent en Russie aussi énormément dans l’effort de guerre. Elles représentent 50 % des ouvriers et 72 % de la main d’œuvre agricole. Face aux pénuries, elles participent de façon active aux grèves et aux manifestations. C’est à l’occasion de la Journée internationale des Femmes, le 23 février 1917, qu’elles défilent dans les rues de la capitale Petrograd aux cris de pain, paix et République. Les ouvriers des usines Poutilov se joignent alors à elles.
Le mouvement révolutionnaire entraîne l’abdication du Tsar et l’obtention du droit de vote pour tous les adultes de plus de 20 ans. Les bolchéviks vont même investir dans un bureau des travailleuses afin de transmettre une propagande à destination des femmes. Alexandra Kollontaï est élue parmi les 21 membres du Comité Central. Lors de la seconde Révolution, certaines femmes s’illustrent dans la défense du palais d’Hiver.
Pour les bolcheviks, l’émancipation de la femme doit, cependant, être subordonnée à celle du prolétariat car cette domination du genre est liée à la société capitaliste et disparaîtra avec elle. Les femmes soviétiques sont alors les plus émancipées :
- reconnaissance du statut de fille-mère, abolition du mariage religieux et le droit au divorce par consentement mutuel.
- droits spécifiques pour le travail (en prenant compte les enfants).
Le Code de la famille de 1918 établit une égalité entre les parents face aux enfants. En 1926, on voit même la naissance du concubinage reconnu.
Ces mesures sont en fait mal appliquées dans le cadre du communisme de guerre. Par ailleurs, le divorce carte postal entraîne en fait un nouvel asservissement des femmes qui multiplient les abandons et les infanticides.
Avec la stalinisation et la planification de l’économie, les femmes entrent de façon massive dans l’industrie où elles représentent 43 % de la main d’œuvre en 1940. Normalement, la législation les protège mais, au nom de la rentabilité, ces mesures ne sont pas respectées.

De façon concomitante, pour faire face aux pertes liées aux guerres et à la répression on réhabilite la structure de la famille, la nouvelle famille socialiste apparaît. Un très bon réseau de crèches se développe. On glorifie et donne des médailles aux mères de familles nombreuses. Staline va faire une large publicité autour de sa visite à sa mère en 1936 en Géorgie. La condition des femmes ouvrières connaît aussi une détérioration. Lors de la grande terreur, les femmes payent aussi un lourd tribut en étant accusée ou simplement en étant des femmes ou des sœurs de.
Lors de la Grande Guerre Patriotique, elles prennent à nouveau leur responsabilité. A la fin de la guerre, 30 % des foyers sont tenus par des femmes car 75 % des victimes de la guerre sont des hommes. En 1944, afin de relancer la natalité, on augmente les allocations familiales et on crée le titre de mère héroïque. Le divorce devient presque impossible. Il faudra attendre la mort de Staline, en 1953, pour que la situation s’assouplisse.
Italie Fasciste et Allemagne Nazie. Le fascisme peut être qualifié de patriarcal, bien que sa politique touche de façon paradoxale les femmes. Il veut augmenter les naissances afin d’avoir une main d’œuvre abondante et des soldats pour mener la politique d’expansion. On crée un Office National pour la protection de la maternité et de l’enfance, des allocations familiales et des congés maternités. Cependant, les femmes peinent à se faire une place en dehors du foyer. Il faut attendre 1937 pour qu’elles entrent dans l’organisation Dopolavoro. Le fascisme est hostile à leur émancipation mais aussi soucieux de les encadrer.
L’idéologie nazie est raciste et souhaite appliquer le darwinisme social dont l’eugénisme est un peu le corollaire. La différence des sexes est alors caricaturée. Après la défaite de 1918 ? on idéalise le corps masculin qui est puissante et potentiellement violent. Les lois de Nuremberg, en 1935, fondent la citoyenneté sur une définition « biologique ». On interdit les relations entre les Allemands et les Juifs (filiation et fait religieux).
Au volet nataliste, pour les Aryens, répond un volet antinataliste pour les « parasites » et les « dégénérés ». Himmler va mettre en place les Lebensborn où accouchent les compagnes de SS. Pour épouser un SS, la femme doit prouver son aryanité, depuis 1750, et doit passer un examen de fiabilité politique.
Les jeunes filles passent aussi dans les jeunesses hitlériennes, qui fanatisent les jeunes de 6 à 18 ans, et dont le nombre de membres s’élève à 8 millions en 1938.

La France entre les deux guerres. Les Françaises espéraient que leur participation à la guerre entrainerait un rééquilibrage. Viviani et Briand proposent alors un suffrage intégral qui sera systématiquement rejeté par le Sénat, pour des raisons de misogynie et à cause de la crainte d’un basculement de l’équilibre électoral.
La France connaît une pénurie de main d’œuvre qui est comblée par la recherche d’une immigration, entre autre polonaise, et par le maintien du travail des femmes. On peut voir que l’OS est souvent une femme tout comme la femme de ménage… La figure de la ménagère modèle, avec des repas complets et compliqués, s’impose. En 1932, l’Etat se lance aussi dans une mesure pionnières avec les allocations familiales. Les salariées reçoivent aussi un congé rémunéré de 12 semaines lors des grossesses. La législation sur la contraction et sur l’avortement reste très strique. Madeleine Pelletier, qui était médecin, sera internée pour avoir pratiqué des avortements et elle meurt 6 mois plus tard âgée seulement de 39 ans. En dépit de tout cela, c’est dans les années 1930 que la natalité se révèle la plus faible.
Quand la crise économique frappe la France, l’Etat licencie environ 50 000 femmes qui sont principalement des épouses de fonctionnaires. Les femmes mariées ne reçoivent pas d’allocation et les projets de relance de l’économie fondés sur les grands travaux ne les concernent pas. Ce ne sont donc ni des travailleuses ni des chômeuses reconnues.
La crise politique débouche sur l’élection du Front populaire qui entraîne une vague sans précédent de grève en particulier dans les secteurs peu syndiqués comme chez les vendeuses de grands magasins. Elles demandent 5 minutes assises par heure et des crèches mais ne réclament pas l’égalité salariale. Lors de la négociation des accords de Matignon on donne les congés payés aux femmes mais les écarts de salaire vont croissant. En 1936 le gouvernement est le premier mixte, il compte trois femmes.

Les Femmes dans la Seconde guerre mondiale.

L’auteur met l’accent sur le rôle des femmes dans le conflit et non sur leur vie quotidienne.Évoquant un effort sans précédent, on insiste sur l’image nouvelle de la femme : pin-up motivant les ouvriers, services auxiliaires de l’armée… Les femmes entrent massivement dans l’armée, mais l’auteur distingue leur action selon le camp auquel elles appartiennent. Leur action est alors limitée et cantonnée à des rôles traditionnels. La part qu’elles ont pu prendre aux combats fut très rare : comme pilotes, surtout en URSS, ou comme combattantes ou résistantes dans les pays occupés.
Ce dernier aspect fait l’objet d’une sous-partie. L’auteur souligne, avec justesse, que comme les hommes, elles sont minoritaires dans les populations dominées par une puissance étrangère. Leur nombre est inférieur à celui des hommes dans les mouvements de libération mais elles subissent les mêmes châtiments quand elles sont découvertes. Ce qui amène au traitement qu’ont subi les minorités dans une troisième sous-partie, et en particulier la Shoah. Un petit rappel est fait sur les causes qui ont conduit à la Solution finale. Puis, un focus est fait sur Auschwitz : la distinction hommes femmes n’est pas ici évidente et la partie sur les femmes assez courte. Ce choix s’explique peut être par le fait que le dossier porte sur la distinction « femmes et hommes à Birkenau ».

La France des années noires. Sous un titre souvent repris, l’auteur décrit, davantage, la vie quotidienne des femmes en France. Plus simple à réemployer à des fins pédagogiques, l’article fait assez bien le point sur les grands thèmes. Certains aspects sont repris : les femmes dans l’armée ou la résistance. L’auteur rappelle que l’Exode est surtout féminin et que l’absence des hommes, souvent prisonniers, s’est rapidement faite sentir.
L’établissement de Vichy redéfinit la place de la femme : exclue du monde du travail, cantonnée au cercle familial (stigmatisation des célibataires) et glorification des « mères françaises » avec leur propre fête, projet du vote familial. Les mesures se multiplient alors pour encadrer la sexualité féminine, des épouses des prisonniers de guerre (on prévoit des poursuites contre les amants) et une répression accrue contre l’avortement véritable « crime contre l’Etat » ce qui favorisa la possibilité « d’accoucher sous X ».
Un point intéressant et peu évoqué dans l’historiographie est la « collaboration au féminin ». Elles représentent la même proportion que dans les organismes de résistance. Un nombre non négligeable s’engagea pour servir dans les usines allemandes. Certaines se contentèrent de dénoncer les ennemis du Reich. Enfin, sont évoquées la fameuse « collaboration horizontale » et les « tontes » qui l’accompagnèrent. Les femmes résistantes furent aussi mises à l’écart des échelons clefs et oubliées dans la reconnaissance postérieure de la Libération. L’image de la femme et de la mère fut d’ailleurs une arme pour les actions de résistance.
Dans la sous-partie suivante, l’auteur évoque les difficultés d’approvisionnement qui incombent le plus souvent aux femmes, le sort des femmes déportées (ce qui renvoie au chapitre précédent), la part des combats et des violences (bombardements, tortures, massacres…). La Libération est l’occasion de ressortir les symboles féminins de la République.. La figure masculine reste dominante malgré l’obtention du droit de vote. Un paragraphe aborde un sujet original mais qui s’inscrit dans le courant historiographique initié par Alain Corbin : le corps féminin et l’imaginaire qui s’y rattache. Dans le dossier, une étude de cas sur les Femmes deviennent citoyennes (1944-1945) conviendraient aussi bien à un cours d’histoire qu’à un sujet d’ECJS ou d’éducation civique.

Femmes et Hommes dans le monde de 1945 à nos jours.

Mutations sociales dans les pays industrialisés.

Ce chapitre insiste sur la dimension internationale du sujet. Des chapitres seront ensuite spécialisés sur le cas français.
Lors du baby boom, la proportion de familles ayant entre trois ou quatre enfants se multiplient. Le Welfare State se développe et la place de la famille est réévaluée, ainsi que la figure de la mère et de l’épouse. Les femmes peuvent alors tenter de trouver un emploi, mal rémunéré, car elles disposent de plus de temps avec les crèches et que l’on recherche désormais plus d’employés que d’ouvriers.
L’image de la fée du logis radieuse fascine les classes moyennes. Les normes sont alors très hautes en termes d’hygiène et de savoir-faire et les femmes peinent pour les atteindre. Les femmes deviennent aussi un objet de consommation et doivent être belle pour bénéficier d’une reconnaissance et d’une estime personnelle.
Les filles issues du baby-boom vont ensuite chercher à se libérer de ce carcan. Il y a de nombreux mouvement sociaux, certains étant purement féminin, comme le NOW aux Etats-Unis, ou le MLF en France. Une des revendications repose sur le droit à la contraception qui est légalisée en France, en 1967, par la loi Neuwirth. Vient ensuite la bataille pour l’avortement. Grâce à ces deux lois les femmes se sentent désormais maîtresses de leur corps. Elles osent le montrer avec le bikini et le monokini, puis avec le tailleur pantalon et enfin le jean et la minijupe. On les informe aussi avec l’apparition de l’éducation sexuelle en 1973. La sexualité des femmes sort donc de l’ombre.
L’égalité entre les sexes s’améliore, mais reste incomplète. Dans les années 1980, on voit la natalité diminuer et le nombre de naissances hors mariage augmenter. Le divorce devient plus fréquent et plus précoce. Les familles recomposées et le célibat se développent. La famille prend de nouvelles formes, moins rigides qu’auparavant. On peut constater que ces phénomènes sont amplifiés quand les femmes sont économiquement indépendantes.
Les femmes, dans l’OCDE, sont de plus en plus actives et de plus en plus diplômées, à l’exception des Pays-Bas où elles travaillent peu. Cependant, la discrimination, plus ou moins volontaire, débute dès le choix des études secondaires (littéraires pour les filles et scientifiques pour les garçons). Enfin, pour les hauts postes le plafond de verre reste très présent. Les femmes restent aussi plus touchées par le chômage et par les temps partiels et dans la vie domestique elles continuent d’effectuer 80 % des tâches domestiques. Il est regrettable que le dossier d’accompagnement soit assez pauvre, car ces thèmes peuvent être largement repris en ECJS, en classe de seconde. Par ailleurs, on ne voit pas le rapport avec le dossier sur les femmes dans l’immigration.

Le chapitre intitulé Mutations Culturelles évoque de façon très générale les changements qui sont survenus dans les années d’après guerre. Une réflexion pertinente souligne que le politiquement correct est une étape importante vers l’égalité. On ne dit plus vieille fille, mais célibataire indépendante, mère célibataire remplace fille-mère….
En France une pensée féministe, politique et philosophique se constitue autour de Simone de Beauvoir et de son célèbre ouvrage le Deuxième Sexe, dans lequel elle démontre comment « on devient femme », en acceptant les contraintes qui entourent ce statut. Savoir ce qu’est une femme prend, aussi, une dimension politique littéraire avec de nombreux romans et essais sur la question. Les territoires jusqu’ici très masculins s’ouvrent, comme l’Académie Française, où entre Marguerite Yourcenar. L’article évoque ensuite les principales artistes dans le domaine de la danse, des arts plastiques, de la photographie mais l’énumération rend un peu fastidieuse cette présentation…Se pose ensuite la question de l’incidence de la culture de masse sur les femmes. L’auteur mentionne les fameuses injonctions physiques normatives. La question est ambitieuse mais le propos est trop général. Enfin, vient une partie un peu inachevée sur la place des femmes dans les migrations.

Les auteurs se raccrochent ensuite à une trame chronologique, plus conventionnelle, en évoquant : La fin des Empires. La place des femmes fut considérable dans les mouvements colonialistes, mais les livres ne leur rendent que peu cette reconnaissance. Lors de cet engagement anticolonialiste les rôles furent transgressés mais ils furent immédiatement rétablis au sortir de la guerre.
En Inde, en 1905, elles participent de façon massive au boycott des produits britanniques. Le parti du Congrès soutien leur demande d’accès au droit de vote. Au Nigeria, une « guerre des femmes » débuta dans les années 1920, contre les impôts britanniques. Elle entraîna la mort de 55 d’entre elles en 1929. Le gouvernement compara alors leurs actions à celles des Suffragettes.
Ce sont souvent les femmes issues de la bourgeoisie qui mettent en place des mouvements d’émancipation. C’est dans ce contexte que va naître The India Women’s Association en 1917. Elle compte la militante britannique Annie Besant. Dans les années 1930, les femmes indiennes reçoivent un droit de suffrage limité et quelques sièges leurs sont réservés.
En Tunisie, on voit la naissance de l’Union musulmane des femmes de Tunisie. Dans les mouvements d’opposition, les femmes sont souvent très minoritaires et plus ou moins instrumentalisées dans des combats qui les concernent peu. Certaines figures se détachent comme celle de Bibi Titi Mohammed en Tanzanie ou Aoua Keita au Mali. Pour les grands récits, on peut mentionner celui de Wambui Waiyaki Otieno qui évoque son rôle et celui de ses campagnes dans la guerre menée par les Mau Mau. Au Mozambique, la lutte anticoloniale possédait aussi une dimension féministe. Cependant, elles prennent les armes plutôt de façon exceptionnelle, comme le révèle Djamila Amrane dans son travail sur les femmes dans les maquis du FLN. Simone de Beauvoir consacrera un livre à l’une d’entre elles, Djamila Boupacha. Lors de la partition de l’Inde, les femmes devinrent un moyen de toucher la communauté adverse par le viol et par les mutilations. Cet article met en lumière une mémoire perdue, mais sa dimension très éclectique et un peu superficielle rend assez difficile son utilisation à des fins pédagogiques. Le dossier sur les femmes en Algérie est plus pertinent bien qu’il n’envisage la question que d’un point de vue « indigène ».
Femmes dans le nouvel ordre/désordre mondial. Cet article se marque par son importante hétérogénéité. Ce thème est traité en trois temps : les femmes africaines, les femmes dans les mouvements migratoires et les violences faites aux femmes. L’article est très confus évoquant de façon schématique le passage des indépendances vers la globalisation. Il rappelle que la conférence de Beijing, en 1995, fit de l’égalité des sexes une lutte sans frontières. L’économie informelle est très largement tenue par les femmes, comme avec entreprenariat féminin au Bénin.
Depuis 1998, on possède des statistiques sexuées sur les mouvements migratoires ce qui a entraîné une visibilité des femmes. Dans les Nords, les femmes sont plus nombreuses surtout aux Etats-Unis. Elles se caractérisent par un envoi plus conséquent et plus régulier de devises à ceux qui sont restés sur place. On peut aussi évoquer le cas des unions matrimoniales internationales qui se font par l’intermédiaire d’agences. En général, les migrantes sont des travailleuses qui vont être employées dans les services à domiciles pour suppléer les femmes qui travaillent.
Roy Gutman, journaliste américain a souligné l’utilisation politique des violences sexuelles à partir de l’exemple des guerres des Balkans. Il s’agit de crimes contre la filiation afin d’envahir l’avenir de l’autre à travers une sorte de meurtre de genre. Pour que ces violences sexuées se déroulent, il faut que le corps à corps soit possible. Les périodes de défaites sont propices : comme lorsque les Japonais sont à Nankin, en 1937. De telles situations se produisent aussi, en temps de paix, sous le règne des dictatures. Très souvent on peut constater que des versions révisionnistes de l’histoire ancienne et de ses prétendues violences sont les prétextes à créer une certaine fatalité vis-à-vis de ces crimes. En réalité dans les guerres du XX siècle de plus en plus de civils sont tués mais de moins par hasard.
Cette addition de réflexions, plus ou moins abouties, pèche grandement par son absence d’évocation de la place des femmes dans des pays en guerre, comme l’Afghanistan ou bien dans des théocraties comme l’Iran.

L’Europe et les femmes. Les principaux jalons de l’histoire européenne sont évoqués. Les « Pères de l’Europe » laissent cependant dans l’ombre nombre de femmes, telle la journaliste Louise Weiss. Pour la première élection au Suffrage universel direct du Parlement Européen, c’est Simone Veil qui conduit la liste UDF. Pour le couple franco-allemand, sa candidature est très symbolique. Simone Veil deviendra ensuite la première présidente de ce parlement. Cependant les institutions européennes restent très largement masculines.

Dans le traité de Rome, l’Article 119 prévoit que la main d’œuvre doit être payée de façon équivalente qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. Cet article fondé, au départ, sur la peur de la concurrence déloyale, ne prendra une connotation féministe que grâce à l’intervention de ces dernières. Trois directives voient ensuite le jour : égalité des rémunérations, égalité dans l’accès à l’emploi et à la formation professionnelle, puis égalité de traitement en matière de sécurité sociale. Ces textes donnent une base légale aux revendications féministes car ils doivent être transposés dans les législations nationales. L’écart entre les législations et la réalité reste toutefois important. C’est pour cela que l’ONU déclare l’année 1975 « Année internationale de la femme ». Yvette Roudy, qui deviendra en 1981 ministre des Droits de la femme, se servira de son expérience dans le Conseil européen pour porter ces exigences.
Dans les années 1990, l’Egalité entre les sexes se pense au niveau de la prise de décision et non plus uniquement des droits. Dans le dernier tiers du XX siècle, on observe une féminisation de la sphère politique, qui touche d’abord les pays nordiques. Le Conseil de l’Europe lance alors un thème sur la démocratie paritaire. En France, cela entraîne un vif débat qui aboutit à une loi, en 2000. L’importance de la mobilisation de l’Europe sur cette question s’explique certainement par la féminisation des eurodéputés (16 % en 1979, elles sont au nombre de 35 % en 2009). Enfin, pour peser sur les institutions européennes elles se dotent du Lobby Européen du droit des femmes.
Au milieu des années 1990, on voit apparaître le terme de genre pour analyser la manière dont l’inégalité entre les sexes est constitutive de nos sociétés. L’arrivée des pays nordiques, en 1995, introduit la préoccupation de l’égalité entre les sexes, dans l’ensemble des politiques publiques. C’est le Gendermainstreaming. Cet article sur la construction européenne, passage obligé de nombreux programmes, est un complément précieux qui permet de démontrer un exemple concret de l’incidence de l’Union Européenne sur les Etats membres dans le domaine législatif et social. On peut, néanmois, regretter une petite mise au point sur la question de la natalité parmi les Etats membres.

Deux articles clôturent l’ouvrage sur la France de 1945 à nos jours, avec une césure en 1968. Ces chapitres se présentent de façon chronologique. Françoise Thébaud part d’un postulat : l’émancipation politique de 1945 ne fut pas synonyme d’une véritable émancipation. Au lendemain de la guerre, on se lance dans une politique nataliste. La Protection Maternelle Infantile en est le pendant, en termes de politique de santé publique. La politique familiale est aussi perceptible à travers les nombreuses aides. On propose aux femmes un civisme démographique qui ne leur suffit pas.
Elles se battent pour obtenir de nouveaux droits qui sont, désormais, garantis constitutionnellement à partir de 1946. La République reste cependant répressive face au contrôle des naissances et conserve les principes du Code Civil, qui font de la femme mariée une mineure. Simone de Beauvoir, dans Le deuxième sexe, s’insurge contre cette vision naturaliste. Pour elle, la femme est un être construit et non inné. Enfin, même si le travail féminin se développe les activités maternelles et ménagères restent très importantes.
Dans le cadre de la politisation liée à la guerre froide, le mouvement féministe ne fait pas exception : il se scinde entre les mouvances catholiques et communistes. Ces deux obédiences s’unissent, cependant, pour s’opposer aux lois favorables à la contraception déposées en 1956. Par ailleurs, lors de la fondation de la V République, les femmes tombent à moins de 2 % de présence dans les institutions.
Ce sont les enfants et les jeunes filles du Baby Boom qui vont se détourner des modèles traditionnels. Le mouvement féministe franchit alors la légalité avec le Mouvement français pour le planning familial qui prescrit des contraceptifs venus de l’étranger. Les mentalités changent avec le recul de la pratique religieuse et avec la déstalinisation du PCF. Cela conduit à la réforme du Code Civil en 1965 et à la loi Neuwirth de 1967. L’ensemble documentaire est très pertinent pour mettre en lumière toutes ces évolutions.
1968 c’est l’année ou le nombre de bachelières devient supérieur à celui des bacheliers. L’image de la femme au foyer passe derrière celle de la femme active. Une conscience de genre se développe alors. Le résumé de mai 1968 manque de pertinence.
Le mouvement féministe évolue aussi. On passe d’un féminisme de droit à un féminisme davantage ancré dans la réalité et dans les problèmes quotidiens, sans oublier la sexualité. Les années 1970 correspondent à une décennie de féminisme qui s’ouvre par la manifestation du MLF devant la tombe du soldat inconnu. Le 5 Avril 1971, le Nouvel Observateur publie le Manifeste des 343 salopes, qui reconnaissent avoir avorté. Le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) organise des avortements à l’étranger. Le procès de Bobigny en 1972 va cristalliser les opinions sur ce sujet et va jouer le rôle de jurisprudence, puisque la jeune fille violée qui a avorté est relaxée.
Sous Valery Giscard d’Estaing, les choses s’accélèrent. On crée un secrétariat d’Etat à la Condition féminine, confié à Françoise Giroud. La ministre de la santé, Simone Veil, fait rembourser la contraception par la Sécurité Sociale et, en janvier 1975, elle légalise l’IVG. Cependant, dans le domaine économique, la crise frappe de plein fouet les femmes dont les emplois sont les premiers variables d’ajustement.
En 1981, François Mitterrand crée un ministère des Droits de la femme. Yvette Roudy va occuper ce poste et donne naissance à un féminisme institutionnel. Elle échoue, toutefois, dans l’adoption d’une loi antisexiste et dans l’adoption d’une politique de quotas en politique. En 1991, la décision de nommer Edith Cresson surprend. Cela correspond aussi à l’arrivée de nombreuses énarques sur la scène politique comme Ségolène Royal, Elizabeth Guigou ou Martine Aubry.
En 1995, Chirac nomme douze femmes dans le gouvernement Juppé. Ce sont les fameuses « Juppettes » à qui on reproche leur manque de charisme et d’efficacité. Le second mandat de Chirac va être marqué par la question du « foulard », lancée par un Nicolas Sarkozy en pleine ascension politique. A travers les femmes se pose, donc, la question du religieux dans la sphère publique. Dans ce débat il recevra le soutien de Fadela Amara, fondatrice de Ni Putes Ni Soumises, qui dénonce alors le voile comme un signe d’oppression de la part d’un Islam jugé intégriste. Ce qui entraîne la loi sur le port des signes religieux ostensibles. Le chapitre se clôt par un très bon ensemble documentaire sur les femmes face à la maîtrise de leur corps, au travail et face à la parité.

L’ouvrage se donnait comme objectif de créer les conditions d’une histoire mixte à travers des chapitres de substitution et de complément. Face à l’ampleur de la tâche, le résultat ne peut être totalement probant. Tout d’abord dans sa forme, l’ouvrage scinde à outrance certaines thématiques, comme la Révolution industrielle, la colonisation, l’évolution des mentalités contemporaines… Certaines périodes sont aussi découpées de façon un peu surprenante, comme la Révolution française. Cela se fait au détriment d’une compréhension globale de ces thèmes et au détriment d’une lecture efficace. Sur le fond, le projet pèche par l’absence de certaines thématiques, telles que la littérature courtoise ou bien, dans la sphère contemporaine, la mention des mouvements d’émancipation féminine, dans des Etats comme l’Iran. En fait, l’ouvrage reste très européocentré et ne répond pas aux exigences d’ouvertures qui se trouvent désormais, plus ou moins, inscrites dans les nouveaux programmes. D’un point de vue pédagogique, il est regrettable qu’il n’y ait pas plus de propositions de parcours transdisciplinaires. Enfin, les dossiers sont souvent peu exploitables, directement, en cours, mais sont doublement précieux : de part leur qualité iconographique et pour la formation des enseignants.
En raison du retard de la France dans l’histoire du genre et de la masculinisation indéniable des manuels, cet ouvrage est cependant très précieux. La lecture de nombreux articles, comme ceux portant sur les débuts de l’Islam, sur l’Occident féodal, les Lumières ou, enfin, sur l’Europe éclairera nos approches pédagogiques. La principale leçon que l’on peut conserver de ce travail fouillé est que l’étude du genre ne doit pas se limiter à trente-six chapitres mais qu’elle peut renouveler notre approche « partielle et partiale » de l’Histoire. L’objectif initial est donc rempli et l’on peut souhaiter que cet ouvrage devienne une référence pour un grand nombre d’enseignants.

Afin de conclure cette belle réflexion, on peut se remémorer les mots de Simone de Beauvoir : « Il s’ensuit donc que la femme se connaît et se choisit non en tant qu’elle existe pour soi mais telle que l’homme la définit ». Le Deuxième Sexe, 1949

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