La Revue dessinée, n° 17
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La Revue dessinée, n° 17

automne 2017, 15 euros

Jean-Pierre Costille
mardi 3 octobre 2017

« La Revue dessinée » est un magazine trimestriel qui propose plus de 200 pages à chaque numéro. Le cocktail se compose d’enquêtes, de reportages et de documentaires sous forme de bandes dessinées.

La revue a été présentée dans un précédent article

Une revue qui évolue

La revue, même si elle est encore jeune évolue : la rédaction, après avoir dépouillé près de 500 questionnaires, a choisi de procéder à quelques améliorations liées aux remarques des lecteurs. Ainsi, on ne verra plus certaines polices jugées parfois difficiles à lire, il y aura encore davantage d’enquêtes, ce qui se voit dès ce numéro. Il a aussi été fait le choix d’une couverture plus ancrée dans l’actualité, avec entre autres Emmanuel Macron en couverture, mais comme simple chauffeur d’Uber ! Le sommaire enfin se veut plus clair et des rubriques vont changer.

Les amoureux de Levallois

C’est ainsi que s’intitule le premier reportage de ce numéro consacré aux Balkany. Il retrace leur histoire depuis les origines de leur ascension dans les années 70. On découvre les échecs d’abord, puis leur conquête de la mairie de Levallois-Perret où, aux lendemains de sa victoire, Patrick Balkany découvre une mairie entièrement vidée de ses papiers par son prédécesseur. La bande dessinée développe ensuite son action à la tête de la ville en montrant par exemple qu’il fut le premier à créer une police municipale. On voit aussi les amitiés très show-bizz du couple qui se sépara d’ailleurs à un moment. Le reportage se termine par la situation actuelle en évoquant les procédures qui visent le couple. Une double page informative intitulée « Le clan des Hauts-de-Seine » commente une photographie de 1993 qui rassemblait Charles Pasqua, Didier Schuller et Patrick Balkany.

Musique, cinéma et photographie : toujours des angles intéressants

La rubrique musique permet de découvrir, ou d’en savoir plus, sur le « Gainsbourg américain » Lee Hazlewood. Mort il y a dix ans, il peut être considéré à la fois comme un très grand chanteur et un très grand producteur. Il fut notamment le pygmalion de Nancy Sinatra. Dans « Instantané », Jean-Michel Billioud et Rudy Spiessert reviennent sur cette image de Fukushima en mars 2011 qu’on pourrait appeler « La Madone aux décombres ». Yuko Sugimoto incarna à elle seule la détresse de tout un peuple et les auteurs évoquent notamment la question du cadrage qui peut changer un peu le sens de la photographie. La rubrique cinéma s’intéresse à Bruce Lee en montrant que le film « Opération Dragon » est sans doute plus profond que ce qu’il laisse paraitre au premier abord. Loin des codes d’un James Bond, Bruce Lee n’a aucun gadget et n’a que son corps. Par un retour sur la vie personnelle de Bruce Lee, Vincent Sorel propose une analyse autour de l’idée d’un corps politique. « Trait pour trait » s’interroge pour savoir si la satire peut changer le cours de l’histoire. Utilisant la profondeur historique pour dépasser le cas des Guignols et de Chirac en 1995, Fabrice Erre revient sur 1830 par exemple. La conclusion est que la satire prend de nouvelles formes, surgit à d’autres endroits, mais qu’elle est toujours là. « Inconsciences » raconte les circonstances étranges d’une découverte qui part de la rencontre entre un trappeur blessé et un médecin obstiné.

Le marché de la cocaïne

Toujours très ancré dans la réalité du monde, « La Revue dessinée » développe ensuite un reportage « Chargés comme des mules » qui raconte le passage de cocaïne depuis la Guyane. Une carte montre l’importance de ce trafic et on apprend que la cocaïne saisie en Guyane est pure à 80 % alors que celle vendue en métropole l’est à 30 %. Le reportage précise également quelques éléments sur les tarifs pratiqués et décrit comment se fait le passage de la drogue. C’est très précis et les auteurs évoquent aussi l’arrestation, quand elle a lieu, ainsi que la procédure qui suit et son manque d’efficacité. Isabelle Mayaud et Claire Braud proposent un reportage intitulé « le jeu de l’asile et du hasard » avec une double page « Terres d’exil, terres d’asile » qui montre par exemple que la moitié des exilés qui arrivent à la Cour nationale du droit d’asile viennent de dix pays. Le portrait robot montre qu’il s’agit d’un homme deux fois sur trois et âgé de 26 à 35 ans dans la moitié des cas. Le reportage en lui-même s’intéresse au travail de cette Cour où tout se joue en une demi-heure.

Sur la plage empoisonnée

Ce reportage pourrait être utilisé en classe de première en géographie lorsque l’on aborde la question de la préservation du territoire. Partant du cas d’une personne, Inès Léraud et Pierre Van Hove retracent ensuite l’historique du problème des algues vertes en remontant aux années 70. C’est en effet en 1971 que la première marée verte est officiellement observée en Bretagne. Plusieurs pages expliquent le modèle agricole breton de cette époque et ses dérives. On voit également le travail des lobbys pour dire que les nitrates sont inoffensifs. Aujourd’hui, le ramassage de ces algues vertes coûte un million d’euros par an aux collectivités et à l’Etat. Malgré d’autres faits, le reportage se conclut sur le fait qu’aujourd’hui aucune mort humaine liée aux algues vertes n’a été reconnue par les tribunaux.

Uber, ton univers impitoyable

Alexia Eychenne et Thierry Chavant proposent une grande enquête sur Uber et son modèle. Le ton est donné dans l’accroche : « Rouler pour Uber revient à se lancer dans un jeu dont seul l’un des acteurs maitrise les règles ». Le reportage est très précis et entre dans les arcanes de ce marché. Prenant plusieurs exemples, il décrypte les méthodes d’Uber et notamment comment l’entreprise chercha à montrer qu’elle était pourvoyeuse d’emplois et donc que les politiques devaient la soutenir dans son implantation. Les Loti et l’AMT n’auront plus de secret pour vous après cette lecture qui prend le temps de faire comprendre les rouages d’une telle entreprise.

On retrouve donc dans ce nouveau numéro le ton résolument engagé de la revue, avec des reportages incisifs, bien informés, avec toujours cette variété dans la façon de représenter les sujets.


Jean-Pierre Costille pour les Clionautes©

Par Jean-Pierre Costille

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