Le développement durable. Au regard de la prospective du présent
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Sylvain Allemand

Le développement durable. Au regard de la prospective du présent

L’Harmattan, 138 p


jeudi 7 décembre 2006

Cr de Laurent Resse

L’auteur, Sylvain Allemand, est un journaliste. Son ouvrage comporte cependant une démarche et un vocabulaire qui peut intéresser le géographe et préciser les rapports de la géographie avec le développement durable. On peut y trouver matière à réflexion notamment à travers deux thématiques développées : une définition non conventionnelle du développement durable et la "perspective du ressaisissement".

Une définition autre du développement durable :
L’auteur porte un regard critique sur la vision classique du développement durable issue du rapport Bruntland de 1987 (basée sur la distinction des trois grands piliers : économique, social, environnemental). Cette critique repose sur l’idée que la recherche d’un compromis entre les trois piliers ne doit pas effacer la présence d’autres influences (le politique, le culturel) où la capacité de chacune des sphères à se transformer indépendamment des autres.
La prospective du présent ne cherche pas à dégager des "futurs possibles", souvent connotés catastrophistes mais à dégager des "futurs souhaitables" en prenant en compte l’inventivité des sociétés humaines. Elle repose sur un diagnostic établi à partir d’un dissensus destiné à confronter les points de vue d’acteurs différents en partant de l’hypothèse que "demain est déjà là" et qu’il est perceptible à partir de "signaux faibles" (ex : la décroissance durable, retenue pour certains secteurs économiques comme le militaire) annonciateurs des changements.
La démarche de la prospective du présent cherche à s’ancrer davantage dans l’espace que dans le temps, l’auteur considérant souvent que le développement durable s’inscrit bien évidemment dans une dimension temporelle mais que, par ailleurs, celle-ci se révèle envahissante. Ainsi l’auteur présente la démarche de la prospective du présent comme multi-scalaire, du local au global.
Il évoque aussi la question d’un "développement partagé" associant des acteurs très différents dans leurs démarches associant le rôle des enseignants, des entreprises (à travers la Responsabilité Sociale des Entreprises), les collectivités locales ...

Autour de "la perspective du ressaisissement" s’inscrit une démarche prenant en compte :
- des repères prospectifs préoccupants : la démographie (+ 35 millions d’habitants par an dans les suds et - 1 million dans les nords), les dégradations connues de l’environnement et l’aggravation des inégalités, les relations plus lâches entre entreprises et territoires (soulignant au passage que l’on devrait parler de relocalisation plutôt que délocalisation ou de multiterritorialisation plutôt que de déterritorialisation) du fait de la révolution informationnelle, la financiarisation culturelle, l’attraction du moins-disant fiscal, social. Dans ce dernier domaine, il faut cependant établir des nuances entre différents modèles d’entreprises (ingénieur, domestique : Les Trois Suisses, managérial : Danone, du développement local renouvelé : Cosmectic Valley, communautaire : Toyota).
- les signaux faibles d’un développement durable : ce sont les initiatives d’entreprises (RSE à travers l’exemple de La Poste, l’économie sociale et solidaire dont les entreprises du commerce équitable ou encore l’écologie industrielle) ; les initiatives des collectivités locales et des nouveaux territoires (exemples de Loos-en-Gohelle pour sortir de "la crise dans la crise", du PNR des marais du Bessin et du Cotentin dans la Manche, du bassin Seine-Normandie. Pour l’auteur, les coopérations entre entreprises et collectivités locales sont un élément fort du ressaisissement et sont d’autant favorisés que s’il existe des lieux forts de rencontre (ex : centre de recherches de Sanofi-Adventis à Vitry-Alfortville) permettant un fonctionnement pertinent des formes de la démocratie participative dont on parle beaucoup aujourd’hui.
Certes les obstacles ne manquent pas : syndrome Nimby, logiques contradictoires entre aménagement du territoire et celle de l’Etat, le risque du localisme (suggéré d’ailleurs par certaines formes d’Agenda 21) et du cloisonnement des actions.

Une partie de l’ouvrage est consacrée à des questions en suspens. C’est le cas notamment des relations de l’entreprise au développement durable à partir d’une remise en cause de l’évaluation actuelle des performances à travers des critères hérités des 30 Glorieuses ; une réflexion sur qu’est-ce que la richesse, la Nature.

Pour conclure, cet ouvrage utilise des notions familières aux géographes et sa lecture peut être utile en terme de transposition didactique par les nombreux exemples cités. Il ne s’agit cependant pas d’études immédiatement transposables car on peut regretter que l’ouvrage ne contienne que du texte et aucun document support (cartes, statistiques ...). On est plus dans le domaine du discours que de la preuve, mais sans doute cela tient-il à cette appréciation du développement durable formulée par Serge Antoine, président du comité 21 : "les mots porteurs sont utiles pour nos sociétés qui ont désappris à se fixer des objectifs. Pour peu qu’ils ne soient pas définis avec la rigueur d’un dictionnaire, ces mots ont précisément une valeur parce que leurs contours laissent de grandes marges d’appréciation et mobilisent le volontariat. Ils sont l’indispensable contrepoint porteur dans les sociétés trop cadastrées ...".

Quelques mots clés mis en avant par l’auteur : experts, acteurs, territoires, complexité, échelle.

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