Le Monde byzantin, tome 1, L’empire romain d’Orient (330-641)
Vous êtes ici : Service de presse Histoire Histoire ancienne

Cécile Morrisson (dir.)

Le Monde byzantin, tome 1, L’empire romain d’Orient (330-641)

Coll. Nouvelle Clio, PUF, Paris, 2004, 486 p.


lundi 21 juin 2004

Depuis la création de la « Nouvelle Clio », l’Empire byzantin n’avait pas fait l’objet d’une étude particulière. C’est bientôt chose faite. Le premier tome sur le sujet vient d’être publié et traite de la période fondatrice de Byzance, de l’inauguration de la capitale de Constantin (330) au début des conquêtes arabes et de la fin du règne d’Héraclius (641)

CR de Laurent Albaret est certifié d’Histoire et de Géographie. Chercheur associé à l’UMR CNRS 5648, il est actuellement ATER à l’université d’Artois (Arras) en histoire du Moyen Age.

On ne présente plus la collection « Nouvelle Clio » des Presses Universitaires de France dont on connaît la valeur des auteurs et des ouvrages édités depuis plus d’une trentaine d’années. Nous avons tous, étudiants et enseignants, profité des avantages des livres de la collection. Cependant, depuis la création de la « Nouvelle Clio », l’Empire byzantin n’avait pas fait l’objet d’une étude particulière. C’est bientôt chose faite. Le premier tome sur le sujet vient d’être publié sous la direction de Cécile Morrisson, directrice de recherche émérite au CNRS, secondé par plusieurs spécialistes de la période et du sujet, issus du Centre d’histoire et de civilisation de Byzance (CNRS - Collège de France). Sont attendus deux autres tomes, concernant le « Moyen Âge byzantin » (641-1204) sous la direction de Jean-Claude Cheynet, puis la période 1204-1453, sous la direction d’Angeliki Laiou.

Le premier volume de la série traite donc de la période fondatrice de Byzance, de l’inauguration de la capitale de Constantin (330) au début des conquêtes arabes et de la fin du règne d’Héraclius (641). Deux événements se détachent dans le volume, la fondation d’une capitale, Constantinople, qui accélère l’existence d’une Méditerranée orientale, et la conversion de l’empereur, qui entraîne progressivement la christianisation de la société byzantine.
La lecture de ce livre est à plusieurs niveaux, comme le revendiquent les auteurs dans un court avant-propos. Il ne s’agit pas de faire une histoire classique des faits, mais de présenter Byzance en évitant tout d’abord les chevauchements de l’histoire événementielle, en écartant l’Afrique et l’Italie - traitées dans un volume « Antiquité tardive » en préparation - et en s’intéressant plus particulièrement à des aspects thématiques. En s’appuyant sur des sources traditionnelles, les auteurs ont aussi fait notamment appel à l’archéologie, l’épigraphie ou la numismatique, complétant le tout par l’historiographie ancienne et récente. La collaboration entre « occidentalistes » et « byzantinistes », déjà établie dans la recherche depuis 1985 pour l’espace byzantin, a été aussi mise à contribution pour la réalisation de ce volume, faisant table rase des cloisonnements universitaires. Et on s’en félicite. On n’a pas en effet affaire à un nouveau manuel sur le sujet - bien que ces derniers, quand ils sont de qualité, soient assez rares - mais à une étude d’un empire, articulée autour du pouvoir impérial, de l’installation du christianisme, d’une société multiple et particulière et de la diversité des provinces d’un territoire pourtant administrativement organisé sur un schéma voulu uniforme par un pouvoir central. L’objectif est clairement annoncé en quatrième de couverture : balayer « les clichés simplistes de la décadence et du dirigisme » afin de mieux faire apparaître « les causes de la prospérité de l’Orient romain, mais aussi de son recul à partir des années 550 ».

Ces règles posées, l’articulation des chapitres est alors d’une grande simplicité, sorte de petite encyclopédie sur la Byzance des premiers temps. Après avoir abordé minutieusement les événements qui marquent l’empire entre 330 et 641 (Chapitre I - Cécile Morrisson), le triomphe du christianisme et les luttes qu’il provoque sont présentés (Chapitre II - Bernard Flusin), proposant non seulement les cadres de l’orthodoxie mais aussi les différents moments « hérétiques » qui secouent l’église byzantine sur la période considérée. La deuxième partie de l’ouvrage entre pleinement dans l’approche thématique, au travers des institutions, Empereur et administration (chapitre III - Denis Feissel), puis Église impériale et organisation - patriarcat, circonscriptions - (chapitre IV - Bernard Flusin) sans omettre les rapports avec Rome et le grand conflit pour la primauté. L’étude de l’armée (terre et marine) clôt cet ensemble (chapitre V - Constantin Zuckerman). La troisième partie poursuit l’étude de Byzance, à travers ce que les auteurs désignent comme « les fondements de la civilisation byzantine ». Successivement, l’ouvrage propose une approche de la capitale (chapitre VI - Cécile Morrisson), du peuplement et de l’économie de l’empire (chapitre VII - Cécile Morrisson), de la vie religieuse (chapitre VIII - Bernard Flusin) qui fait un état des lieux exhaustif du christianisme mais aussi du monachisme, puis de la culture écrite (chapitre IX - Bernard Flusin) pour s’achever sur une présentation de l’art impérial et chrétien (chapitre X - Jean-Michel Spieser). La dernière partie reste la plus originale et la plus délicate à traiter puisqu’elle concerne les provinces de l’empire. L’Illyricum (Bernard Bavant), L’Asie mineure (Jean-Pierre Sodini), la Syrie-Palestine (Georges Tate) puis l’Égypte (Jean Gascou) sont abordées en autant de chapitres, proposant des véritables « cartes d’identité » de ces provinces, études générales qui mettent en évidence les spécificités de ces régions et qui nous évitent des recherches fastidieuses et complexes sur de tels espaces, souvent étudiés dans des publications confidentielles ou en langue étrangère.

Pour ce qui est des aspects pratiques de ce livre, on retiendra un index des noms propres très utile et une bibliographie d’une grande richesse (54 pages) car actualisée et inédite, présentant les sources et les ouvrages généraux puis organisée selon les chapitres traités, le tout dans une grande clarté. La cartographie est présente, bien que discrète, tout comme la chronologie sommaire et un glossaire efficace. Pour les enseignants, l’ouvrage est donc incontournable sur les premiers temps de Byzance, les deux volumes à suivre sont désormais impatiemment attendus pour compléter nos connaissances souvent fragmentaires sur l’espace oriental médiéval.

Coyright Clionautes

La Cliothèque 2018

Licence Creative Commons
Les Clionautes sous licence Creative Commons Attribution
Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International

Site développé avec SPIP, un programme sous licence GNU/GPL.

Design et Squelettes : B. Modica & X. Birnie-Scott pour La Cliothèque.

Hébergement La Cliothèque par