Les premiers temps de l’Eglise. De saint Paul à saint Augustin
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M.F. Baslez

Les premiers temps de l’Eglise. De saint Paul à saint Augustin

Gallimard, Collection Folio Histoire, 2004, 843 pages

Marianne Bertrand
lundi 24 mai 2004

88 contributions de quelques 60 historiens, théologiens et archéologues sur les quatre premiers siècles de l’Eglise chrétienne présentées par M.F. Baslez

Marianne Bertrand, agrégée d’histoire géographie, DEA en histoire des religions, licenciée en théologie, enseignante au lycée A. Malraux d’Allonnes (72)

Les premiers temps de l’Eglise. De saint Paul à saint Augustin, textes présentés par M.F. Baslez, Paris, Gallimard, collection Folio histoire, 2004, 843 pages. Compte-rendu réalisé par Marianne Bertrand, Lycée A. Malraux, Allonnes.

Marie-Françoise Baslez, professeur d’histoire ancienne à l’université Paris XII, présente une série de contributions dans Les premiers temps de l’Eglise. De saint Paul à Saint Augustin, publié dans la collection Folio histoire n°124 des éditions Gallimard, 2004. Ces quatre-vingt huit contributions écrites par une soixantaine d’historiens, théologiens et archéologues qu’il est impossible de citer ici, ont déjà été publiés dans la très sérieuse revue Le Monde de la Bible ; ces articles ont été remis à jour ou complétés pour cette édition. Ce volume est le troisième d’une série commencée dans la même collection : n°88 Le Monde de la Bible présenté par A. Lemaire ; n°98 Les origines du Christianisme présenté par P. Geoltrain.

Cet ouvrage est une mise au point scientifique tout à fait abordable et certainement précieuse pour l’enseignant dans la préparation du cours « naissance et diffusion du christianisme » en 2nde mais aussi pour toute personne désirant compléter ses connaissances sur le sujet.
Dans son introduction, M.-F. Baslez dresse un rapide panorama de ces premiers temps de l’Eglise chrétienne jusqu’au IVème siècle. Elle le jalonne des questions qui se sont posées et qui continuent de se poser eu égard à la spécificité de cette tranche d’histoire, une spécificité qui suscite toujours des controverses et pour laquelle les sources sont partielles, partiales et polémiques. A travers des sujets ou des exemples qui peuvent avoir un aspect parfois très classiques comme « Des Juifs divisés face au pouvoir politique » ou « Un schisme africain : le donatisme » ; plus théologiques « Les premières confessions du ressuscité » ou « La nouveauté radicale de la mort du Christ : une mort par amour » ; dans l’air du temps : « Le Christ des apocryphes » ou « Les lieux de mémoire de l’évangile » ; iconoclastes : « Le témoignage de Flavius Josèphe : le cinquième évangéliste ? » ou « Marie-Madeleine : le premier apôtre » ; local : « Un site majeur de Galilée : Sepphoris » ; philosophiques : « Paul, le moi et l’autre » ; ou « Bardesane d’Edesse : philosophe syriaque et stoïcien chrétien » ; érudit : « Ecrits et apophtegmes des Pères du désert : une littérature nouvelle » ; polémique : « Le moment de la séparation » ; à travers tous ces exemples, donc, ces spécialistes retracent par petites touches l’histoire des premiers temps de l’Eglise.
Ce sont des petites touches car les contributions, des articles à l’origine, sont courtes. Elles font souvent trois ou quatre pages et en tous cas, excèdent rarement la dizaine de pages et du coup -et c’est la critique que l’on peut faire- on reste parfois sur sa faim. Elles sont organisées selon le plan suivant :
Une première partie est consacrée à la fondation de l’Eglise avec successivement l’événement fondateur : la résurrection et les premières confessions de foi ; l’identité du / des fondateur(s) : Jésus et /ou Paul ; les premiers écrits qui sont déjà des interprétations et quelques personnages particuliers de la Bible.
La 2ème partie : L’Eglise, le temple et la synagogue, insiste sur le contexte juif de la naissance du christianisme, aussi bien à travers Jésus le Galiléen lui-même qu’à travers l’époque trouble de ce premier siècle fait d’attentes et de bouillonnements politique et religieux. Jésus est un personnage dont l’historicité n’est plus contestée. Les démêlés avec ses contemporains, ses prises de position particulières montrent bien la diversité du judaïsme de l’époque. Ceci explique que la conscience de l’émergence d’une nouvelle religion ne peut être immédiate, et qu’il faille attendre au moins le IIème siècle avec les premières attestations d’une identité propre.
Si globalement, la nouvelle religion se diffuse rapidement dans l’empire romain, elle n’y est pourtant pas la seule et les missions chrétiennes s’effectuent dans le contact avec d’autres religions et d’autres systèmes de pensée : cultes à mystère, philosophie grecque... Ainsi, dans la 3ème partie : Eglises et identités culturelles, on remarque que l’acculturation du christianisme se fait selon des modalités et à des rythmes différents d’un bout à l’autre de l’empire et qu’il est n’est guère possible, à cause du côté très ponctuel ou lacunaire des sources, d’établir une évolution générale de sa propagation ni d’estimer d’ailleurs la profondeur de la conversion des populations. Le christianisme n’a pas de visibilité officielle avant le IVème siècle et c’est à l’échelle locale qu’on étudie le mieux son développement. On termine ici avec les premières persécutions en Afrique.
Enfin dans la dernière partie : l’Eglise et l’Etat, commence le face à face de deux institutions qui vont se définir l’une par rapport à l’autre. Une première réflexion de théologie politique est celle d’Eusèbe de Césarée qui soumet le pouvoir de l’empereur à celui de Dieu avec tout de même la reconnaissance d’un rôle de médiateur privilégié pour l’empereur. Avec la conversion de Constantin, et l’obtention d’un statut officiel, le christianisme cherche alors à régler les querelles qui le divisent, notamment à propos de la définition christologique (nature du Christ) ou à propos de la réintégration ou non des lapsi, problème consécutif aux persécutions. Nous finissons avec quelques articles, d’une part sur le développement du monachisme dans ses différents degrés : érémitique (Antoine), anachorétique (Macaire, Amoun), cénobitique (Basile) ; d’autre part avec une présentation des premiers Pères de l’Eglise, Clément d’Alexandrie, Origène, Grégoire de Nazianze, Augustin, dont les écrits sont la base de la Tradition de l’Eglise.

Au total, un livre intéressant et copieux dans lequel chacun peut faire son marché au gré de son appétit. En effet, la formule des contributions nombreuses et variées n’oblige pas à lire la totalité, on peut parfaitement et sans être soi-même gêné, ne choisir d’approfondir que telle ou telle question.
Ajoutons que l’ensemble est accompagné de quelques cartes mais qui ne sont pas d’une excellente facture et d’une chronologie indicative qui permet un survol rapide de la période.

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