Les temps nouveaux
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Warnaut et Raives.

Les temps nouveaux

Éditions du Lombard, collection « signé », Tome 1, 01/2011, 14,95 €


vendredi 11 février 2011

CR par Gregoire Gueilhers

Nouvelle collaboration de deux auteurs prolifiques, Les temps nouveaux est une bande dessinée historique, genre qu’’ils affectionnent. Nous sommes à la veille de la Seconde guerre mondiale, période maintes fois traitée dans le neuvième art, dans un petit village des Ardennes belges. Le héros, Thomas, un homme qui a bourlingué (Amérique, Congo), revient gérer l’hôtel familial suite à un décès.

Son frère, rexiste (de Rex, parti fasciste fondé par Léon Degrelle), s’est marié avec son amour de jeunesse.
Lui, plutôt anti-fasciste, vit une relation compliquée avec une républicaine espagnole. Quelques clichés dans cette bande dessinée : le regard oblique des villageois conservateurs, le frère jaloux qu’on aime détester, le héros à la fois fort et fragile, la belle étrangère, l’Afrique et ses mystères…
Néanmoins, il y a quelques originalités. Déjà le contexte. Les deux auteurs, Belges, ont sûrement dû plonger dans les souvenirs familiaux et les archives (des cartes postales notamment) pour dépeindre avec exactitude le quotidien de la campagne wallone. Les décors soignés retracent bien le quotidien d’un monde qui disparaît : chemins en terre, petits murets, charrettes, paysans dans les champs, les processions, la cloche de l’église. Les seuls indices de modernité dans cette campagne hors du temps sont les voitures (ares), quelques publicités (Chicoré Pacha) et les slogans politiques. Au milieu de ce premier tome, une longue séquence se déroule à Liège. Le paysage change brusquement. On est d’abord plongé dans le monde de la mine (charbonnage du Gosson) : les chevalets se dressent alors dans le ciel, les ouvriers aux visages souillés sortent de leur travail… La politique entre, alors, dans cette bande dessinée : elle est violente. Des affiches sur les murs montrent les déchirements de l’époque. Quelques incongruités cependant : les affiches de Degrelle côtoient des affiches françaises, comme celles du parti communiste français, ou de l’homme au couteau entre les dents. Cela renforce l’atmosphère tendue. Est-ce si choquant ? Les ambiances sont d’ailleurs bien recréées : de la manifestation anarcho-communiste à celle du café. Quelques focus sur les objets de la vie ordinaire ou sur un groupe de personne renforcent cette immersion.

Le scénario est moins une histoire d’amour que l’ébauche d’une tragédie familiale et politique. Classique dans la forme et déjà vu, il ne tient qu’à l’originalité de son sujet et au nombre d’intervenants : du simple triangle amoureux, on en arrive à de multiples possibilités. La petite histoire rejoint la grande, comme trop souvent d’une manière simpliste et déjà observée au cinéma, lorsque les personnages, sur le point de régler leurs différents, sont interrompus par la mobilisation générale. C’est cependant avec un certain plaisir que l’on revoit les gendarmes belges et leur uniforme typique déjà entraperçu dans Le Secret de la Licorne d’Hergé.

L’Histoire, dans cette bande dessinée, est donc à la fois un moteur et une toile de fond. On restera frustré, en tant qu’historien, du manque d’informations sur le mouvement rexiste ou des luttes politiques en Belgique qui sont suggérées, mais pas vraiment abordées. La couverture nous laissait pourtant présager du contraire. Pour une approche plus approfondie sur ce mouvement, on peut préférer l’épisode 4 des Maîtres de l’Orge de Van Hamme et Verhaeghe.

À noter, et ce n’est pas si souvent, que les auteurs ont eu la bonne idée de faire une chronologie des événements de la période à la fin de ce volume. Les dessins sont en revanche beaux (la campagne bucolique par exemple) et les auteurs ont sûrement pris du plaisir à évoquer la vallée de l’Aisne.
Un deuxième tome devrait suivre.

Grégoire Gueilhers

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