Mussolini et Hitler, Hitler et Staline
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Ulrich H. Kasten

Mussolini et Hitler, Hitler et Staline


mardi 27 juillet 2010

CR par Claude Robinot

Il nous livre ici deux portraits croisés, le premier concerne Mussolini et Hitler, il est réalisé sous l’angle de l’élève et du maître, le premier étant destiné de manière quasi téléologique à dépasser le second.
Le deuxième numéro de ces portraits croisés s’intitule : « Hitler Staline la diagonale de la haine » on comprendra facilement qu’après le l’élève et le maître nous sommes gratifié du poncif des « frères ennemis » résumé par une formule à l’emporte pièce : « lutte des races contre lutte des classes ». Cette approche avait tout pour nous faire craindre le pire en matière de documentaire historique, nous n’avons pas été déçu.

Hitler et Mussolini (durée 90 minutes) diffusé sur ARTE le 24 mars 2010

Le film commence par quelques plans complaisants sur une boutique néo-fasciste pleine de souvenirs fascistes et nazis et enchaine sur la première rencontre entre Hiller et Mussolini en 1934.
Une alternance de vues actuelles sur les lieux de la rencontre et d’images d’archives sert de prétexte à un récit convenu et téléologique. On n’apprend pas grand chose sinon qu’à l’issue de cette entrevue : « l’élève a encore beaucoup de chemin pour rattraper le maître ».
Un extrait du commentaire vous fera comprendre les limites de ce genre d’analyse : « une fois de plus Hitler donne l’impression d’être empêtré dans son costume du dimanche, cela ne l’empêche sans doute pas de penser en assistant au défilé, qu’un jour il fera encore mieux »
La suite est consacrée à un double récit chronologique où s’enchevêtre une analyse comparée des prises du pouvoir et la question des relations germano-italiennes centrées sur la question autrichienne. Les images d’archives sont la plupart du temps assez connues, montage d’actualités et de cérémonies officielles. Les images concernant l’Autriche et le chancelier Dollfuss sont elles plus rares.
L’intérêt de ces images c’est qu’elles offrent de nombreux exemples des mises en scènes de la foule et des discours telles que le souhaitait l’agence Luce. Tout ça est désormais connu.

Chronologie diplomatique, alliance, marche vers la guerre et le conflit le documentaire déroule le récit toujours selon le même procédé avec de temps à autres quelques comparaisons entre le style de vie et le style de pouvoir des deux dictateurs. L’élève a enfin dépassé le maître et ne montre plus que du mépris ou de la condescendance pour son ancien modèle.

Les derniers chapitres, consacrés à la fin du dictateur fasciste sont construits selon une structure narrative qui pourrait servir de modèle à la fin de toute tyrannie. Le chef est affaibli, le chef fait fusiller les traitres parmi ses proches, le chef s’offre un dernier bain de foule et continue à proclamer sa foi dans la victoire prochaine. Le chef est rattrapé par son destin. Mussolini ou … Saddam Hussein sont les héros d’une « tragédie écrite à l’avance ». Et l’histoire là dedans ? Le parallèle entre Berlin et Milan, entre la fin d’Hitler et de son complice italien est discutable. Que dire aussi du montage qui ouvre par le plan d’un Saint Sébastien criblé de flèches la séquence du corps de Mussolini exposé au public et outragé dans les rues de Milan. C’est plutôt maladroit !

Hitler Staline, « la diagonale de la haine », diffusé sur Arte le 8 avril 2010, durée 90 min
(Traduction approximative du titre allemand original : « Porträt einer Feindshaft »

L’introduction campe le propos. Sur une alternance de gros plan des deux dictateurs et de peintures de guerre réalistes socialistes le commentaire annonce : « Lutte des races contre lutte des classes ». Ils ne se sont jamais rencontrés mais leur destins sont liés. Leurs idéologies conduisent à la mort.

Le récit, comme pour le précédent documentaire, est structuré par une alternance d’actualités de guerre et de vues actuelles des bâtiments et des paysages concernés. Le carillon du Kremlin sonne, l’histoire (déjà écrite) est en marche, racontée comme un feuilleton dramatique dont les spectateurs sont sensés ignorer la fin. Dramatisation oblige, on commence par la nuit du 21 juin 1941, et le début de l’opération Barbarossa pour, à rebours, s’avancer jusqu’au pacte germano soviétique.
Dans la volonté comparatiste entre les deux dictateurs, on met en parallèle le Kremlin et la Datcha de Staline et. La chancellerie et le « nid d’aigle » de l’Obersaltzberg.

Le commentaire lâche sa problématique : « Hitler et Staline, compagnons et concurrents, voleurs de territoires l’un comme l’autre ». Le film s’inscrit donc dans une démarche aujourd’hui bien connue. Poser la question de la comparaison entre le totalitarisme stalinien et le totalitarisme nazi est bien sûr parfaitement légitime sur le plan historique. La réponse, en revanche ne va pas de soit. A vouloir tirer un trait d’égalité entre les deux régimes ou à vouloir déterminer lequel est le plus criminel risque de faire glisser le propos sur des terrains idéologiques mouvants et discutables. Le film ne se situe pas consciemment dans cette veine il se contente de dresser des portraits psychologiques de « grands criminels » qui à bien des égards pourraient, sinon se confondre, au moins se rejoindre. Les peuples sont décrits comme des masses passives et manipulées, précipitées dans le drame par la folie de deux hommes.
L’auteur imagine que Hitler et Staline, qui ont fréquenté Vienne à la même époque, auraient pu se rencontrer, sur fond d’images du jardin de Schönbrunn !!

Comme toujours au gré du récit on peut découvrir quelques archives intéressantes, comme cette destruction des statues de Staline dans les pays baltes « libérés » par les nazis en 1941. Ou les images des volontaires s’engageant pour défendre le front de Moscou.
La chronologie du conflit est ensuite passée en revue toujours sous l’angle du portrait des deux chefs.
La fin du documentaire est marquée par une comparaison entre les Moscovites de 1941 et les Berlinois de 1945. Là où devait s’élever « Germania » trône le monument au mort des troupes soviétiques. Victoire à Moscou, ruines à Berlin.

La conclusion est curieuse. Sur des images montrant les cérémonies de 1949, pour le 70e anniversaire d’un Staline au sommet de sa gloire, l’auteur rappelle que Hitler, son ennemi juré, est son alter ego. Le trait d’égalité entre les deux frères ennemi est tel qu’on a l’impression que la victoire de l’un achève les ambitions de l’autre.
Dans ce documentaire Staline, n’en finit plus de mourir, en 1953 à Moscou et à Berlin Est, à Budapest et Prague. Le documentaire suggère aussi que les Soviétiques auraient dispersé dans une rivière de RDA, près de Magdebourg, le reste des cendres d’Hitler conservé depuis 1945. Une curieuse façon de régler ses comptes avec l’histoire.

Les deux documentaires en tant que tel sont difficilement utilisables pour des professeurs dans leur classe.

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