Rome, le prince et la Cité. Pouvoir impérial et cérémonies publiques (1er siècle av. - début du IVe siècle après J.-C.
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Stéphane BENOIST

Rome, le prince et la Cité. Pouvoir impérial et cérémonies publiques (1er siècle av. - début du IVe siècle après J.-C.

Paris, PUF, 2005


lundi 21 février 2005

CR de Stéphane Haffemayer, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Caen, membre de l’UMR 6583 du CNRS. Auteur de « L’information dans la France du XVIIe siècle. La Gazette de Renaudot de 1647 à 1663 », Champion, 2002.

L’appropriation des grandes cérémonies publiques par l’empereur conduit à la décapitalisation de Rome

Professeur d’histoire romaine à l’Université de Metz, Stéphane Benoist présente sous forme d’essai les résultats de dix ans d’enquêtes réalisées en partie à Oxford et Rome, élargissant ainsi des perspectives tracées dans sa thèse sur la fête à Rome au Ier siècle de l’Empire (1999). Cette réflexion sur la ritualisation et la célébration du pouvoir impérial dans le cadre urbain, sur cette relation privilégiée entre le prince et la cité, s’inscrit dans la longue durée, tout en privilégiant les éléments de continuité, du règne d’Auguste (31 av. - 14 ap. J.-C.) à la dernière visite de Constantin à Rome en 326. Elle entend ainsi aborder les aspects concrets, à la fois politiques, sociaux, religieux et symboliques de l’expression dans la cité, du pouvoir impérial et de son idéologie. Nous ne le présentons ici que dans ses grandes lignes.

La première partie est consacrée à la reconnaissance ritualisée du prince à travers quelques rituels d’origine républicaine mais de plus en plus formalisés : l’entrée solennelle (adventus), les funérailles publiques (funus), et l’apothéose (consecratio) dont l’importance ne cesse de croître au cours de la période envisagée. A partir d’un corpus de sources variées (littéraires, épigraphiques, numismatiques), l’auteur aborde l’évolution des pratiques rituelles, pour en retenir une exploitation idéologique qui vise à conforter la légitimé du prince et à une sacralisation progressive de son pouvoir. Les funérailles publiques des imperatores, d’abord fondées sur le modèle nobiliaire, s’approprient un espace urbain exclusif, le champ de Mars ; la consecratio décrétée par le Sénat et formellement séparée du funus, apparaît comme une véritable cérémonie de divinisation de l’empereur mort.

La deuxième partie étudie l’identification du prince à travers le triomphe (triumphus) du prince, et les différentes cérémonies exaltant l’éternité de la cité. Désormais monopole impérial, le thème triomphal (à travers la célébration de la victoire perpétuelle) devient un élément de référence dans les rapports entre le prince et une cité de plus en plus « monumentalisée ». Le rôle du prince s’affirme dans l’accomplissement de ces gestes rituels, lui permettant d’apparaître comme le « refondateur de la cité, nouveau Romulus dans l’Vrbs et restaurateur de la paix dans l’empire » : le prince est le « responsable du renouvellement des temps », incarnant une promesse d’éternité.

En somme, en l’absence de procédure d’avènement formelle, la ritualisation des liens entre le Prince et la Cité crée peu à peu un mode nouveau de célébration du pouvoir impérial caractérisé par l’exaltation de la personne et de la fonction princière. Cette évolution séculaire, dont l’auteur montre la continuité, traduit l’appropriation de l’espace urbain par le prince qui en vient à incarner seul le destin de la cité. La sacralisation de la personne et de la fonction impériale conduit aussi à la décapitalisation de Rome, qui a définitivement perdu sa place centrale.
Agréable à lire, même pour des non spécialistes, l’ouvrage offre en annexe huit planches de monnaies représentant les différences cérémonies évoquées, avec une légende qui les rend parfaitement utilisables en classe.

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