Un roman graphique coup de poing et terriblement indispensable. Le 30 septembre 2026, une exécution par injection létale a raté « botched execution », par deux fois, dans le Tennessee. « Dead man walking » interroge le lecteur et l’histoire des États-Unis face à la peine de mort. L’illustratrice Catherine Anyango Grünevald livre des premières pages sobres, sombres et violentes.

Elle met en image le livre de Sœur Helen Prejean, abolitionniste et activiste reconnue. Rose Vines, la scénariste, travaille avec cette dernière.

Dans les mots de sœur Helen Prejean

Le roman graphique s’ouvre par le double assassinat de David LeBlanc qui avait tout juste 16 ans, et sa petite amie Loretta Bourque 18 ans. Un jury a reconnu Elmo Patrick Sonnier et son frère Eddie coupables de ce crime.

Dans cette Louisiane qui n’a exécuté aucun homme depuis 1961, sœur Helen Patrick accepte d’entamer une correspondance avec Pat. De ce fait, le 15 septembre 1982, le lecteur pénètre dans la prison d’Angola où 78 % des prisonniers sont condamnés à vie. L’ancienne plantation est devenue un bagne des temps modernes. La conseillère spirituelle mesure l’ambiguïté de sa démarche : l’homme en face d’elle est un criminel et pourtant…

Voilà une porte d’entrée pour découvrir le droit, la justice et l’histoire de la peine de mort aux États-Unis. À cette fin, les illustrations deviennent des outils de compréhension, des rouages qui conduisent un individu, homme ou femme, jeune ou vieux, à la mort légale.

La dessinatrice, sur plusieurs doubles pages, restitue la violence de la chaise électrique. Les exécutions de W. Keller en 1860 et celle de J.Evans furent longues et douloureuses. Le plus jeune condamné électrocuté en 1944, à 14 ans, était trop petit : il a fallu l’asseoir sur un livre. Déjà, en 1946, une exécution ratée oblige à recommencer sur W. Francis, qui meurt un an plus tard. Des reproductions de documents historiques et scientifiques complètent le réalisme du scénario.

La ceinture de la mort

Le témoignage de sœur Helen Prejean est aussi celui d’une activiste contre la peine de mort. La Louisiane, la Géorgie, le Texas et la Floride comptent, à eux seuls, les 2/3 des condamnés à mort exécutés.

En 1982, une enquête reconnaît officiellement une disparité entre les Noirs et les Blancs. Par exemple, en 1752, un Blanc a été exécuté pour avoir tué deux esclaves noirs sous le chef d’accusation de « dégradation de biens privés ». Les recours sont rares car les avocats sont défaillants. Souvent très pauvres, les accusés n’ont pas les moyens de s’offrir des défenseurs compétents.

À l’inverse, Millard Farmer, avocat anti-peine de mort, va prendre en charge la défense de Pat Sonnier et travailler avec sœur Helen, alors que l’opinion publique, le gouverneur, mais aussi le clergé sont opposés à cette démarche.

La dénonciation des irrégularités de procédure et l’attitude positive du condamné à Angola ne suffisent pas à influencer le Comité des grâces. La métaphore d’une longue route illustre le chemin parcouru précédemment pour atteindre la Cour suprême et rendre inconstitutionnelle l’application de la peine de mort.

En vain, là aussi même si Eddie a reconnu avoir tué les deux jeunes, Pat doit mourir.

Dead man walking

Trois mots que prononcent les gardiens du couloir de la mort de la prison de Saint Quentin quand le condamné se rend à son exécution.

Sœur Helen Prejean accompagne Pat Sonnier jusqu’au bout, et le lecteur aussi.

Dernier repas, dernier geste, le crâne et la jambe gauche rasés, le condamné enfile une couche avant de remettre son pantalon. Nul ne peut désormais ignorer les instants qui précèdent la chaise électrique.

L’exécution a lieu la nuit pour que les détenus ne voient pas la tension électrique chuter. Pourtant, l’exécution est publique : les parents des deux victimes, le directeur de la prison… et la conseillère spirituelle de celui qui va mourir. « Si les Louisianais pouvaient voir ce que l’État a commis ce soir, la plupart en auraient la nausée ».

Un nouveau combat commence pour la modeste nonne : « Éduquer le public est crucial ».

En 1984, Le pèlerinage pour la vie, manifestation pacifique, parcourt 124 kilomètres à travers la Louisiane. Les multiples rencontres avec des familles des victimes, des avocats, le directeur de la prison du condamné permettent de prendre conscience des enjeux de la peine de mort dans les États du Sud.

Les dernières pages se referment sur la rencontre entre Lloyd LeBlanc, le père de la victime, et Gladys Sonnier, la mère de l’assassin. Il y a « une ignominie dans le caractère prémédité de l’exécution » qui rend le combat de sœur Helen Prejean plus ardent que jamais.