Le nouveau numéro de « La Revue dessinée » parle de l’engagisme, de la justice restaurative mais aussi de la végétalisation.
L’autre esclavage, l’engagisme
Ces hommes et ces femmes qui débarquèrent sur l’île de la Réunion étaient originaires d’Inde. Ils remplacèrent les esclaves des plantations. Leurs descendants souhaitent que leurs souffrances soient reconnues. Le reportage rappelle d’abord la situation en 1848 avec la fin de l’esclavage à La Réunion. Ceux venus d’Inde avaient signé un contrat avec par exemple un travail six jours par semaine à 9h30 par jour pendant cinq ans. L’engagisme avait été mis en place par tous les empires coloniaux. 120 000 Indiens parmi les 200 000 engagés étaient arrivés à La Réunion. En théorie, les engagés pouvaient pratiquer leur religion. Les enfants d’engagés pouvaient travailler à partir de sept ans. En 1871, certains protestèrent des traitements de violence contre eux. On estime que 25 % des engagés indiens sont morts sur l’île, certains très rapidement. Beaucoup de dossiers ont été détruits. Prosper Eve, historien, pointe les différences entre l’engagisme et le crime contre l’humanité.
Plongée, Instantané, Face B, sémantique et ciné
La rubrique « Sport » est consacrée à la plongée. L’article décrit précisément le matériel nécessaire ainsi que ce qui peut être vu lorsque l’on plonge : les éponges, les tacauds ou encore des roses de mer.
« Instantané » parle de Dorothy Counts, la première et la seule élève noire à faire sa rentrée au lycée Harding en Caroline du Nord en 1957.
« Face B » met en avant François de Roubaix, un artiste méconnu. Compositeur de musiques de films et amoureux de la mer, il est mort dans un accident de plongée. Dès sa première réalisation de musique de films, il avait obtenu un franc succès. Il composait des musiques de série télévisée ou de programme jeunesse. Il fut un expérimentateur et un grand utilisateur du synthétiseur.
« La sémantique c’est élastique » évoque les combats féministes pour démasculiniser le vocabulaire courant.
« La revue des cinés » évoque le célèbre film d’Elia Kazan « A l’Est d’Eden ». Il propose une masculinité sensible qui s’oppose à celle du patriarche inébranlable : élément étonnant dans le contexte des années 50.
A plein régime
Un médicament contre le diabète a été transformé en un coupe-faim pour obèses. Après la conquête des Etats-Unis, le groupe Novo Nordisk déploie en France un arsenal destiné à élargir sa cible, quitte à laisser sur le bord de la route les malades qui ne peuvent s’offrir ce couteux traitement. Beaucoup de célébrités l’utilisent, comme Oprah Winfrey ou certains influenceurs. Le groupe pharmaceutique produit la molécule avec différents dosages et le commercialise sous différents noms. Son chiffre d’affaires dépasse le PIB de son propre pays, le Danemark. L’affaire est suivie pour éviter un scandale comme le Mediator. Le groupe s’adresse directement au grand public dans le métro. La firme danoise finance de nombreux projets pour développer son marché.
Végétalisation
Le reportage commence en évoquant l’époque de Napoléon III et du baron Haussmann. Aujourd’hui, la ville reste un milieu peu clément pour les plantes. Dans les années 70, on assiste à un changement dans la façon d’envisager la nature. Elle acquiert une nouvelle dimension esthétique et idéologique et a pour but d’améliorer la vie des citadins et de préserver la biodiversité. Le reportage juxtapose deux images de la place de Catalogne avant et après le processus de végétalisation. Aujourd’hui, la nouvelle priorité est le rafraichissement.
Justice restaurative
Ce dispositif signifie la rencontre entre victimes et auteurs de violences sexuelles et conjugales. Ce type de justice a émergé dans les années 70 aux Etats-Unis. La démarche doit être volontaire, gratuite et ne permet pas de bénéficier de remise de peine. Les échanges sont par ailleurs confidentiels. Un film en 2023 a mis en avant ce type de justice. On part du principe que le ressenti et la parole de chacun sont légitimes. Pour exister, la justice restaurative a néanmoins besoin d’un peu de moyens financiers. Il reste aussi à définir son périmètre.
Sport extrême
Le sport peut devenir une addiction d’autant plus pernicieuse que l’activité physique bénéficie d’un a priori logiquement positif. Le reportage met en avant plusieurs profils comme celui d’Astrid. Elle passe ses journées à faire du sport. Le sport est positif mais jusqu’à une certaine dose. L’accès à la musculation est de plus en plus précoce et est alimenté par des influenceurs. Cela augmente les risques d’une pratique sportive excessive et solitaire. Le terme officiel c’est la bigorexie. Aujourd’hui, des consultations se développent et peuvent parfois résoudre le problème en quelques consultations.
Autonomie alimentaire
Les Antilles se trouvent dans une situation paradoxale. En 2024, des Martiniquais protestent contre le coût de la vie. Quinze ans plus tôt il y avait déjà eu une mobilisation. Il faut remettre l’agriculture au service des populations locales et non de l’hexagone. Sur 60 fruits et légumes vendus en Guadeloupe, moins de 15 proviennent de l’île. Malgré des annonces en 2017, les choses n’ont pas vraiment changé. Les financements européens de la PAC sont régis outre-mer par un dispositif particulier où les petites entreprises ne peuvent pas se glisser dedans. Des filières entières se retrouvent exclues des aides. Quelques produits concentrent les aides. Dans les années 30, la Martinique était essentiellement agricole et était donc souveraine. Les choses ont changé dans les années 70. Le chlordécone a contaminé les terres.
Au sommaire du prochain numéro, des reportages sur le chômage, sur les pesticides comme bombes à retardement ou encore des mots qui soignent.



