Dans la collection intitulée Les reines de sang, le volume 2 consacré à « Irène de Byzance, l’iconophile » vient clore l’histoire de cette impératrice exceptionnelle qui porta le titre de basileus jusque-là réservé aux seuls empereurs. Il permet de suivre les péripéties de son règne jusqu’au coup d’Etat final qui la mena à la réclusion dans un monastère.
Un récit captivant et agréable à lire
Le volume 2 évoque la suite du destin d’Irène depuis le deuxième concile de Nicée (ou Nicée II) qui permit de mettre fin à la première crise iconoclaste en restaurant (voire en instaurant) le culte des images en 787, jusqu’à son décès survenu en 803 dans un monastère de l’île de Lesbos. Le scénario, bien mené, permet de comprendre de manière claire les enjeux de son règne, qu’ils soient personnels (les relations complexes avec son fils Constantin VI), politiques (la fin de son règne en tant que régente, puis en tant que basileus entre 797 et 802) ou religieux (sa politique iconodoule en faveur des images). Et ce, à l’échelle de l’Empire romain d’Orient (expression préférable à celle d’« Empire byzantin » forgée au XVIe siècle), comme à celle du monde méditerranéen (lutte contre les attaques arabes en Orient, relations diplomatiques avec Charlemagne en Occident). Le graphisme de la BD est toujours aussi agréable, en particulier le soin apporté aux monuments représentés.
Une dimension historique solide malgré quelques erreurs
De nombreux points abordés dans la BD s’appuient sur des éléments historiques solides : que ce soit certains personnages majeurs de la période (comme le patriarche de Constantinople Taraise sur lequel Irène s’est appuyée pour restaurer le culte des images) ; les événements marquants de son règne (on citera le projet de mariage avec Charlemagne ou encore le concours de beauté organisé pour sélectionner la future épouse de son fils Constantin VI) ; la reproduction d’ objets ayant réellement existé comme la célèbre pièce d’or (nomisma en grec ou solidus en latin) représentant Irène en basileus ; et des références à des sources de l’époque telles la chronique de Théophane le Confesseur (qui n’était cependant pas son confesseur).
A l’inverse, on regrettera quelques erreurs : la mention de 7 patriarcats alors qu’il n’en existe que 5 (Rome, Constantinople, Jérusalem, Antioche et Alexandrie), ou encore l’habit de moniale d’Irène qui semble davantage inspiré de l’époque moderne. Celles-ci ne nuiront cependant pas à la lecture de la BD qui permet de mettre en lumière l’histoire captivante de cette impératrice.
Une BD très vivante qui redonne vie à une impératrice grecque qui joua un rôle majeur au cours de la crise iconoclaste : son action en faveur du rétablissement du culte des images lui valut d’ailleurs d’être considérée comme une sainte par l’Eglise orthodoxe.



