Dans la longue histoire de l’Empire romain, la deuxième moitié du IIIe siècle de notre ère est une séquence particulièrement troublée. Sous la pression des invasions barbares, l’unité impériale se déchire. L’instabilité politico-militaire entraine la sécession de sa partie occidentale sous l’autorité d’une succession d’empereurs gaulois entre 260 et 274. Le premier et le plus solide de ces usurpateurs est Postumus, qui règne de 260 à 269.
Un précédent album, publié en 2013, avait mis en place les protagonistes que l’on retrouve dans ce second volet. L’officier impérial Lucius Pollio et les membres de la famille Thermanius, notables locaux à la tête d’ateliers de faux monnayeurs, étaient antagonistes dans le premier volume. Dans le deuxième au contraire, ils convergent dans un contexte instable où la lutte pour le pouvoir atteint un paroxysme. Des villes se rebellent et la situation économique est mauvaise. La division de la romanité ajoute la faiblesse à la fragilité. Les pouvoirs semblent impuissants à y remédier.
Ces empereurs de Rome et usurpateurs gaulois ont finalement plus d’un point commun
Il leur faut défendre les frontières assaillies par les barbares. Ils tentent de rétablir à leur profit l’unité de l’espace impérial. Mais tous sont vulnérables aux discordes intestines et rébellions militaires qui menacent leur autorité, et entraînent parfois leur élimination physique au profit d’un rival ambitieux. C’est ainsi que l’assassinat de Postumus par ses propres soldats en 269 ouvre une nouvelle période de désordre. Après l’intermède de deux successeurs éphémères, le libertin Victorinus prend le contrôle d’un empire gaulois amoindri. Son règne ne dure que deux ans, avant que lui aussi ne meure assassiné par ses propres officiers.
C’est durant cette séquence que l’on retrouve donc Lucius Pollio. Militaire loyal et jeune père de famille, il est le protagoniste de toutes ces péripéties qui le plongent dans un flou moral. À qui ou quoi se rattacher dès lors que les fidélités sont versatiles ou bien mercenaires, et que la trahison règne ? Ne restent que le sentiment partagé de l’appartenance à la romanité, et la sérénité puisée dans la diffusion de la nouvelle religion chrétienne.
La valeur didactique du scénario est solide
Elle est mise en valeur par la qualité de l’illustration. Le cadre matériel de la romanité est soigneusement restitué, en particulier sur le plan architectural. La vitalité des couleurs en tonifie l’attrait visuel. L’album est complété par un cahier documentaire illustré de treize pages. Cet instructif appendice permet de faire le point sur la courte histoire de l’empire gaulois et sur l’avènement du christianisme dans l’espace romain. Il présente également le sanctuaire et le théâtre gallo-romain de Châteaubleau (Seine-et-Marne). Enfin il évoque les caractéristiques de l’archerie à l’époque impériale.
Cette bande dessinée est donc une belle réalisation, fidèle à la qualité établie des productions de la petite maison d’édition spécialisée Gallia Vetus. Les amateurs d’histoire romaine sauront apprécier. D’un point de vue pédagogique, son caractère abordable pour le public collégien et lycéen mérite également d’être signalé.



