Hubertine Auclert est trop souvent réduite à une gravure dans un supplément illustré du « Petit journal », gravure d’ailleurs fausse dans la représentation de l’épisode qu’elle est sensée représenter. Hubertine Auclert a fait l’objet d’une biographie pionnière il y a maintenant quarante ans mais celle-ci n’a jamais été traduite. Arnaud Houte met en avant la méconnaissance dont elle est l’objet pour proposer cette nouvelle biographie.
Une éducation féminine 1848-1873
Elle grandit à la campagne dans une famille plutôt prospère. Son entourage est républicain et elle est pourtant mise au couvent. Le couvent est le seul moyen d’obtenir un peu d’instruction dans cette France qui n’a rien prévu pour les filles. En 1869, elle a l’âge de la majorité et un bel héritage. Il est temps pour elle de quitter l’Allier, d’autant que la cause des femmes a engrangé un soutien de poids en la personne de Victor Hugo.
Paris, l’émancipation (1873-1880)
Quand elle découvre Paris, la ville est aussi riche de son passé que de ses nouveautés. Elle vend ses terres à son frère et emménage au coeur du très moderne dixième arrondissement. Si l’appartement est modeste, il a l’avantage d’être voisin de l’association pour le Droit des Femmes. Elle commence à militer à tel point que la Préfecture de Paris ouvre un dossier de surveillance à son nom. Républicaine, patriote, féministe, Hubertine Auclert se rapproche alors d’un socialisme qui cherche à se reconstruire quelques années après la Commune. Elle accompagne Auguste Blanqui quelques mois avant sa mort dans une tournée de conférences.
« Féministe » par tous les moyens (1880-1888)
La question du suffrage féminin n’est pas discutée et n’apparait jamais dans les débats parlementaires de la fin du XIX ème siècle. Hubertine Auclert a donc fort à faire pour que les choses changent. En février 1881, elle lance un journal « La citoyenne » dont le but unique est de revendiquer l’égalité de la femme et de l’homme. Le journal s’intéressa aussi par la suite aux débats législatifs sur le divorce ou sur le travail des femmes. Mais elle doit au bout d’un an passer à un rythme mensuel plutôt qu’hebdomadaire.
Madame Antonin Lévrier en Algérie (1888-1892)
Elle rencontre celui qui va devenir son mari, Antonin Lévrier, en 1877. Son histoire d’amour met une décennie à se concrétiser. Pour la première fois de sa vie, Hubertine Auclert quitte l’Europe. Elle suit son futur mari en Algérie mais très vite celui-ci est révoqué. Cependant, Hubertine garde de ses quinze mois dans le sud oranais de précieux souvenirs.Veuve à 44 ans, elle quitte l’Algérie. Plus républicaine que les républicains, elle reste fermement convaincue que l’école et le droit de vote sont les clés de l’égalité.
La lutte dure longtemps (1892-1914)
Esseulée, Hubertine fait un drôle de choix politique en se mettant à écrire pour « La libre parole », le journal d’Edouard Drumont. Elle y cherche avant tout une tribune mais l’aventure s’arrête au bout de six mois. Elle retrouve une tribune dans un journal de gauche, « Le Radical », où elle écrira plus de 400 articles entre 1896 et 1909. Féministe, Hubertine Auclert développe les thèmes de l’égalité professionnelle ou encore de l’émancipation par le salaire. « Mes idées vont bon train » déclare-t-elle mais elle est rattrapée par les soucis de santé. Elle meurt le 8 avril 1914.
Epilogue
Son enterrement a lieu deux jours plus tard sous une pluie battante. Jusqu’à la fin des années 20 son souvenir demeure puis s’estompe. « Mémoire faible, histoire forte » a pour habitude de dire Christine Bard à propos des pionnières du féminisme, aussi bien connues des historiens qu’elles sont ignorées du grand public.
Cet ouvrage remet donc en valeur la personnalité et les luttes d’Hubertine Auclert, figure que l’on peut notamment évoquer dans le thème d’HGGSP de 1ère sur « S’informer ».



