Voici un très bel ouvrage pour célébrer deux-cents ans de photographies. Le livre choisit en plus de s’arrêter sur certains thèmes. Chaque photographie est traitée sur une double page avec des repères sur son usage et sa technique ainsi qu’un certain nombre de renvois vers d’autres œuvres de l’ouvrage. Chaque période traitée commence par une chronologie.



Pour commencer

L’autrice souligne que la photographie est partout. On constate un véritable engouement pour les expositions. Dès le XIXe siècle, la photographie se décline en de multiples formes d’expression. Cet ouvrage souhaite offrir une interprétation ouverte, sensible à cet art longtemps dominé par les photographies des États-Unis et de l’Europe. Aujourd’hui, cette publication permet également de redonner de la visibilité à certains et certaines oubliés.

1826-1850 : les années pionnières

L’ouvrage débute par un cliché de 1826 considéré comme la première photographie connue. Plusieurs pionniers se succèdent et, contrairement à Niepce, Talbot est parvenu à mettre au point un procédé pour fixer les images.

On voit aussi un cliché de 1839 qui est le premier réalisé sur le continent africain et quelques années après le célèbre portrait de Balzac.

Dans la première moitié du XIXe siècle, le livre s’impose comme le support idéal pour faire circuler les photographies. Or ce support résiste encore aujourd’hui. En 1848, on a trace également d’une insurrection avec une barricade dressée.

1850-1900 : innovation et naissance du photojournalisme

En 1841, un cliché étonne avec cet hippopotame photographié à Londres. C’est l’époque où la photographie rencontre la Science mais elle témoigne aussi des beautés du paysage comme le montre ce cliché de Gustave Le Gray qui fut un des plus célèbres en son temps. Nadar est un photographe très prisé pour ses portraits qui séduisent les élites artistiques de l’époque.

Il y a également les premiers témoignages des horreurs de la guerre, en l’occurrence la guerre de Sécession. Les images iconiques de la photographie donnent l’impression de résumer une réalité complexe en une seule image.

Cet ouvrage met en lumière des oubliées comme Julia Margaret Cameron ou WJ Sawier pour le continent africain. La photographie s’impose comme une fenêtre sur le monde, au service de l’anthropologie au nom de la sureté de l’État.

En 1888, c’est la révolution de la pellicule et peu après l’apparition de la couleur.

1901-1949 : l’art de la photographie, entre mode et politique

L’autrice évoque la tendance nommée pictorialisme. Ce mouvement expérimente de nouveaux procédés de tirage et de manipulation en chambre noire afin de créer des effets picturaux. Un chef-d’œuvre de ce style est le cliché du Faltiron building.

On découvre aussi des images en couleurs de l’Empire russe et la rencontre entre cubisme et photographie.

« Coupe au couteau de cuisine dada » incarne l’esprit révolutionnaire du photomontage tel que le conçoit Hannah Höch sa conceptrice.

Le photomaton apparait et connait alors un vrai succès. L’ouvrage s’arrête sur les travaux de Yasuzo Nojima qui joua un rôle de premier plan dans l’essor de la photographie dans le Japon d’avant-guerre.

Gerda Taro témoigne sur la guerre d’Espagne.

Le chapitre offre la photographie iconique de Churchill, l’air sévère du leader britannique car le photographe vient de lui arracher de force son célèbre cigare.

1950-1980 : nouvelles techniques, nouveaux regards

On découvre un superbe cliché de Fan Ho « Scène de rue à Hong-Kong » avec un art de la lumière absolument éblouissant.

Un article s’arrête sur la question de l’exposition photographique en soulignant la multiplication des festivals.

La photographie montre le monde et pointe ses problèmes avec les vues des États-Unis ou de l’Afrique du Sud.

A retenir cette incroyable image de 1965 qui montre le premier stade de la vie d’un fœtus. L’album poursuit avec des figures majeures comme Diane Arbus, Gilles Caron ou Cindy Sherman. Jan Groover explore une autre voie en faisant de l’art à partir d’objets banals et colorés.

1981-1995 : style, scandale et subversion

On assiste à une redéfinition radicale de la photographie documentaire comme avec ce cliché de Nan Goldin. Elle pose assise sur le lit d’un ami, porte une robe créée pour elle par sa colocataire. Entourée des vestiges d’une soirée, elle soutient directement notre regard. Cette scène donne le sentiment d’un souvenir fugace.

De façon générale, la photographie documentaire s’interesse à un monde imparfait, comme celle de l’homme de Tian’Anmen ou celle de Sebastiao Salgado avec une boule de feu dans un champ pétrolier au Koweït.

L’artiste chinois Ai Weiwei est connu pour son œuvre provocatrice qui s’oppose à l’autoritarisme des institutions et de la liberté d’expression.

1996-2026 : l’ère du numérique

Ce chapitre commence par une des photographies les plus regardées au monde car elle a été le fond d’écran par défaut de Microsoft Windows pendant treize ans.

Michael Wolf documente pour sa part le vertige consumériste.

D’autres clichés montrent le lien entre une robe verte de Jennifer Lopez et Google images ou encore la toute première photo mise en ligne sur Instagram.

Les chemins explorés par le média sont toujours plus riches avec d’un côté un portrait, entre satire et ironie d’un avocat mexicain, et de l’autre une photographie qui continue de témoigner contre toutes les formes d’oppression.

Ce très bel ouvrage offre donc un condensé très complet de deux cents ans de photographie. On apprécie la qualité de l’impression ainsi que la grandeur des clichés reproduits, le tout procurant un véritable plaisir de consultation et de lecture.