Cette parution est la réédition d’un livre paru il y a maintenant deux ans chez Flammarion. C’est un ouvrage qui a été créé en collaboration avec le Comité français pour Yad Vashem, qui a facilité les contacts entre l’auteur, François-Guillaume Lorrain et les Justes et leurs familles. Cette réédition est augmentée d’une postface de l’auteur qui inscrit son travail en lien avec les attentats du Hamas en 2023, et la montée, dans notre pays, ces dernières années, de nouvelles formes d’antisémitisme.

L’ouvrage regroupe une quinzaine de témoignages de Justes de France ou de leurs familles, car peu d’entre eux sont encore vivants. L’objectif de l’auteur est de leur donner la parole, de leur rendre hommage, d’expliquer le sens de leur engagement et le sens de la reconnaissance, par l’État d’Israël, de cette distinction officielle, la plus haute du pays.

Nous sommes dans un ouvrage assez hybride, dans le sens où nous avons à la fois un travail journalistique et un travail d’historien. Ce travail journalistique se voit, notamment, dans la manière de mener les interviews, de décrire les personnes interviewer, les lieux, des rencontres et, tout simplement, la manière d’écrire de l’auteur. Cela permet de retranscrire les parcours, les obstacles, les peurs de chacun de ces acteurs.

Chacun de ces passages est entrecoupé d’une mise au point historique et historiographique. Cette mise au point permet une véritable un véritable approfondissement des interviews. L’auteur s’attarde, notamment sur les débats politiques, mémorial, législatif, autour du génocide juif, pendant la seconde guerre mondiale. Il dévoile aussi tout son cheminement intellectuel autour de ses rencontres, du travail dans les archives et de la manière dont il a rédigé ce livre.

Ce livre est également un hommage, un hommage vibrant à des personnes, des familles, des institutions, des lieux, qui ont permis le sauvetage de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers de personnes durant cette période terrible. Et, au fil des pages, le lecteur sera marqué par l’infini, bonté de ces Justes, mais surtout par une humilité qui les habite toujours aujourd’hui. Cela se traduit de plusieurs manières : beaucoup n’ont pas fait les démarches de reconnaissance officielle, plusieurs n’ont jamais parlé de ces actes à leurs enfants, la réponse à « pourquoi vous avez fait cela?  » marque cette simplicité : « c’était normal ».

Grâce aux familles et à diverses associations, le livre prend encore une humanité supplémentaire avec un certain nombre de documents et de photos.

Au final, une lecture qui redonne foi en l’humanité, qui redonne du sens et de la profondeur émotionnelle et historique à une distinction amplement méritée, mais souvent non désirée, aux Justes de France. L’auteur, dans son introduction et sa postface, développe l’aspect devoir et travail de mémoire autour de ce sujet, tout en lui, donnant une dimension politique dans une époque plus que sensible, et on peut le regretter, autour de la thématique de la Shoah.

La lecture est accessible au plus grand nombre. Pour les enseignants, elle peut être un puits de sources à travailler en classe avec les élèves et une remise à niveau accessible autour de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.