Jusqu’à fin juillet 2026 se déroule, au Grand palais, une exposition autour de Matisse. En collaboration avec le centre Pompidou, l’éditeur, les Arènes BD, et les auteurs, Julie Birman et Jörg Mailliet, publient une bande dessinée qui retrace le parcours de cet artiste.

Gros point fort de cette BD, à mettre en avant d’entrer dans cette critique, le style graphique de Jörg Mailliet. Ce style repose sur des courbes, sur des volumes, sur des exagération, sur des couleurs qui rendent parfaitement hommage au style du peintre. Les planches sont un véritable régal pour les yeux. À la fin de la bande dessinée, le dessinateur revient d’ailleurs sur plusieurs de celles-ci, en nous expliquant quelques détails historiques sur les plus grandes œuvres du peintre retranscrites dans l’oeuvre.

La bande dessinée démarre en 1930, à Nice, alors qu’Henri Matisse est en discussion avec sa femme et sa muse, Amélie, fatiguée et alitée. Cela permet aux auteurs de faire une première ellipse et de replonger dans leur rencontre, à la fin du XIXe siècle. Pourquoi insister sur cela ? Tout simplement, parce que c’est la structure qui anime cette bande dessinée : des allers-retours incessants entre le passé, et le présent, des explorations dans l’intime du personnage, des voyages incessants et une quête continue de sources d’inspiration et de créativité.

Entre les États-Unis, la Polynésie française, la France métropolitaine, la vie de Matisse semblait être une continue course contre-la-montre, vers toujours plus de créativité, mais aussi de reconnaissance officielle et institutionnelle, préalable à une reconnaissance financière. Cela passe par la rencontre avec une kyrielle de personnages, amateurs d’art, marchands, directeurs d’institution, qu’il est parfois un petit peu difficile d’identifier. Cela passe aussi par une perpétuelle comparaison avec d’autres artistes de l’époque, d’autres courants picturaux qui peuvent être à la fois source d’émulsion, de jalousie, d’envie et de découragement.

Cette BD insiste également sur le rapport de Matisse avec les femmes. Ce sont ses premières sources d’inspiration. La BD est centrée autour d’Amélie Parayre, mais elle évoque aussi celles qui ont su l’inspirer avant ce mariage et pendant ce mariage, particulièrement une de ses domestiques, Lydia, sur laquelle les auteurs insistent car elle va inspirer de nombreux tableaux de la période plus tardive du peintre et provoquer des tensions au sein du couple et de la famille Matisse.

Ainsi, cette bande dessinée n’est pas tout à fait une biographie d’Henri Matisse. Elle est une immersion au sein du couple que forment Henri et Amélie. L’oeuvre prend tous son sens dans la relation qu’entretiennent les deux personnages, entre amour, désir, inspiration, puis éloignement. Cet éloignement est double : un éloignement artistique qui progressivement se transforme en éloignement affectif.

C’est à travers tout cela que les auteurs essayent de nous plonger dans la psyché d’un peintre de cette envergure. L’objectif est de mieux comprendre son processus de création, son envie de dépassement, sa soif d’innovation. Au final, ils retracent l’évolution humaine et artistique de la période la plus centrale et la plus charnière de la vie de Matisse.

Une. BD fascinante sur le fond et la forme. Tout comme le personnage, il est parfois un petit peu difficile de suivre le rythme, tant les personnages et les ellipses sont nombreux. Quelques apports de textes auraient été les bienvenus. Cependant, cela ne gâche en rien le plaisir de lecture: cela attise la curiosité. Et c’est bien là l’essentiel.