Si pendant longtemps la recherche de la belle pièce a été la priorité des archéologues, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Romain Pigeaud nous invite à revisiter l’histoire de l’archéologie préhistorique, avant le néolithique. Les nombreuses anecdotes rendent cette histoire de la recherche préhistorique captivante. Les nombreuses représentations iconographiques enrichissent l’ouvrage.

Prise de conscience

Longtemps l’homme a été à la recherche de ses origines. Les fossiles ont fasciné avant même les balbutiements de la paléontologie. C’est au XVIIe siècle que Nicolas Stenon, un savant danois, posa les premières pierres de la stratigraphie, avant que Cuvier n’émette l’hypothèse de l’extinction des dinosauresIls furent ainsi dénommés par Richard Owen en 1841.

Au XIXe siècle, quelques archéologues marquent leur époque : Casimir Picard, Jacques Boucher de Perthes. En 1856, on découvre l’homme de Néandertal.

L’auteur retrace les découvertes et les hypothèses de cette évolution, à partir de quelques dates-clés comme la découverte des premières grottes ornées à Altamira, 1879 et la reconnaissance des premières sépultures.

La curiosité a longtemps été le moteur des recherches.

De l’arbre au buisson

Les second et troisième chapitres présentent l’évolution des connaissances sur les origines de l’homme. Ils montrent combien l’idée d’une progression linéaire, popularisée par une friseFrise p. 40-41, est fausse et bien plus complexe. Quelques cartes rappellent les origines africaines des australopithèques, des premiers hominidésCartes p. 44 et 45 et les sorties d’Afrique d’Homo georgicus à Sapiens.

La place de l’outil et des traitements funéraires comme marqueurs évolutifs est bien mise en avant. Les premières expressions artistiques introduisent l’homme moderne. Les hypothèses du préhistorien Francisco d’Errico à propos de l’origine de la parure montrent combien il reste de questions pour de futurs historiens.

Vieux pots et meilleures soupes

Ce surprenant titre proposé pour le quatrième chapitre introduit une réflexion sur les « re-découvertes » ou les nouvelles interprétations des nombreux artefacts conservés dans les musées.

La question de la datation a été objet de controverse, par exemple entre les préhistoriens et l’Église. D’autres controverses ont existé comme à propos de la découverte en Bourbonnais des tablettes de Glosel qui attesterait d’une écriture très ancienne.

Place au spectacle

La popularité de quelques découvertes tient parfois plus au contexte de la fouille, à la personnalité du chercheur qu’à la qualité de la découverte, même si celle-ci est bien réelle, de Lucy, sur un air des Beatles à « Lascaux sous la mer » de la grotte Cosquer. L’auteur évoque la grotte de Cussac en Dordogne, les traces des Néandertaliens sur la plage de Rozel, dans la Manche, ou le site portugais de Foz Côa dans la vallée du Douro.

Les méthodes de datation

Ce chapitre évoque les méthodes, leur degré d’incertitude et les controverses que cela a pu susciter : La grotte Chauvet et d’autres sites autour de la datation des premières grottes ornéesLa première civilisation de l’image, Georges Sauvet, Ed. Tautem, 2024.

La datation des mains négatives dans l’île de Sulawesi (Indonésie), très anciennes, pose la question de l’acceptation, par la communauté scientifique, d’une information qui vient remettre en cause le consensus antérieur.

De la loupe à l’infiniment petit

Après les apports de l’ADN, qui sera repris au chapitre suivant, les préhistoriens recherchent aujourd’hui des informations à partir des protéines conservées eu l’analyse isotopique des dents, la paléoprotéonique. Ces nouvelles analyses informent sur le régime alimentaire, les maladies, les produits de la chasse par exemple sur le site de la grotte du Renne à Arcy-sur-Cure (Yonne).

Des indices permettront peut-être de résoudre la question de l’identité des artistes de la préhistoire.

La microscopie électronique à balayage semble être une technique propre à donner de nombreuses informations sur les peintures et gravures rupestres. Quant à la microtomographie aux rayons X, elle a déjà permis d’en savoir plus sur la « Vénus » de Willendorf et notamment la pierre utilisée, issue d’une région, près du Lac de Garde, à plusieurs centaines de kilomètres.

La paléogénétique

Technique désormais bien connue, l’analyse de l’ADNLe voyage de nos gènes, Johannes Krause, Thomas Trappe, Odile Jacob, 2022  a permis de répondre à de nombreuses interrogations, notamment le métissage entre Néandertaliens et Sapiens et l’expansion des Dénissoviens en AsieLes principales avancées de la paléogénétique depuis 30 ans, Les printemps de l’archéologie St Dizier 27 au 31 mars à Saint-Dizier, Marie-Claude Marsolier-Kergoat – Que nous apprend la paleogénétique aujourd’hui ? Marie-Claude Kergoat explique ce qu’est la paléogénétique, ce que l’on sait aujourd’hui sur les divers groupes humains qui ont peuplé la terre et leurs métissages. Vidéo.

C’est aussi la paléogénétique qui a montré que les premiers Sapiens avaient la peau sombre. Les dernières recherches portent sur l’ADN sédimentaire.

La révolution numérique

Le traitement de données toujours plus nombreuses grâce à l’ordinateur a permis quelques découvertes présentées dans ce chapitre : l’apport de la couverture 3D des concrétions de la grotte de Bruniquel (Tarn et Garonne), le retravail des crânes de Toumaï et d’Arago (Tautavel) qui a permis d’effacer l’écrasement par les sédiments, la reconstitution numérique de l’oreille interne qui prouve que Néandertal comme Sapiens pouvait communiquer.

Les doubles numériques pourraient éviter que fouille soit synonyme de destruction.
À n’en pas douter, ces nouveaux outils ouvrent aux chercheurs de prometteuses perspectives.

Voilà un ouvrage de bonne vulgarisation qui peut être proposé à des élèves qui s’interrogeraient sur une orientation vers les métiers de préhistoriens.