La bataille d’Arras (avril-mai 1917), attaque britannique contre les positions allemandes, s’inscrit dans une offensive beaucoup plus vaste menée conjointement par les Britanniques (dans le Nord) et les Français (dans l’Aisne). Elle est peu voire pas du tout étudiée dans le secondaire car les programmes mettent plutôt en avant La Marne, Verdun et la Somme.
Même son pendant français, l’offensive du chemin des dames (avril-octobre 1917), n’est pas étudiée en elle même mais seulement évoquée comme une des causes des mutineries et des refus de guerre de 1917.
Cet ouvrage est une prolongation lointaine du colloque international1 organisé le 4 et 5 avril 2017 à l’Université d’Artois (Arras) à l’occasion du centième anniversaire de la bataille. Les textes regroupés dans ce volume n’en sont pourtant pas l’exact décalque. En effet, tous les auteurs ayant participé au colloque n’ont pas contribué au volume et à l’inverse certains textes sont des créations de nouveaux contributeurs. Par ailleurs, les textes ont été nourris de nouvelles références liées aux avancées de la recherche depuis dix ans.
Le livre, composé de chapitres indépendants reprenant en partie les interventions du colloque, ne présente pas de véritable unité à part ses deux prétextes directeurs : la bataille d’Arras et la question de 1917 comme année tournant.
On ne trouvera pas dans l’ouvrage un récit complet de la bataille2 mais trois chapitres sont consacrés aux aspects militaires : la bataille dans le déroulement de la grande guerre (Michaël Bourlet), l’étude d’un groupe spécifique de combattants : les tunneliers néo-zélandais (Anthony Byledbal) et, en prémice de la bataille, le retrait allemand sur la ligne Hindenburg au printemps 1917 (Philippe Nivet). Chacun de ces écrits apportent des éléments très intéressants sur les sujets abordés.
Un second volet, composé de trois articles, interroge le tournant 1917 sous l’angle économique à travers l’évolution du PIB, des salaires et des disponibilités en blé (Michel-Pierre Chelini), la question du ravitaillement (Stéphane Lembré) et la question des adaptations des banques du Nord face à l’occupation (Jean-Luc Mastin). Sous cet angle 1917 constitue un tournant partiel sur le plan économique, une aggravation des questions de ravitaillement dans les zones occupées et démontre la résilience des places bancaires en territoire sous contrôle allemand.
La troisième partie est nettement plus hétérogène et un peu plus éloignée d’Arras et du Nord puisque deux articles s’intéressent l’un à la noblesse française face à l’année 1917 ( Bertrand Goujon) et l’autre à la question des Églises face à la guerre en 1917 (Xavier Boniface). L’article de Bertrand Goujon permet de découvrir les préoccupations et le devenir d’une classe sociale face à un événement dans laquelle une partie d’entre-elle trouve encore un certain justificatif de sa prééminence. Plus que l’année 1917 c’est surtout la guerre et ses conséquences économiques qui marquent un tournant, synonyme d’un relatif déclassement, pour la noblesse française.
L’article d’Anne Douchain, consacré aux « hôpitaux militaires du Pas-de-Calais en 1917 » présente les structures sanitaires des belligérants dans le cadre d’une année qui s’inscrit dans la continuité de la guerre même si les préoccupations sociales caractéristiques de l’année 1917 sont présentes.
Les deux derniers articles reviennent à la bataille d’Arras et se centrent sur le statut d’Arras en tant que bataille oubliée (Harvey Osborne) et l’importance du souvenir de bataille de Vimy pour la mémoire canadienne de la première guerre mondiale (Valérie Bince-Stuart). On y découvre pourquoi et comment les mémoires canadienne mais aussi écossaise et Néo-zélandaise de Cambrai se sont progressivement affirmées, au contraire d’autres, alors que la bataille était une opération pleinement britannique. Vimy a même supplanté Arras alors qu’elle n’était qu’une partie de la vaste offensive menée par l’armée britannique. Il est vrai que l’offensive britannique d’Arras est au final un échec alors que la bataille de Vimy est une victoire canadienne. La mémoire de Vimy, développée par diverses interventions, a contribué à la naissance du sentiment national canadien Elle est aujourd’hui encore très active, notamment sur le site qui a accueilli 850,000 visiteurs en 2018.
De part sa nature, ce recueil n’a pas de véritable unité. On y apprend cependant bien des choses qui ont souvent en commun d’avoir été occultées par des sujets ou des événements plus mis en avant par l’historiographie. C’est donc un apport à ne pas négliger. Restera à passer outre le prix assez conséquent de l’ouvrage.
1« Autour de la bataille d’Arras – l’évolution économique et sociale du conflit dans une année tournant ». Les interventions sont consultables
2On pourra pour cela consulter par exemple La bataille d’Arras-Vimy ; avril 1917, Yves Buffetaut, Ysec 2018



