Camoufler : tel est l’un des points d’entrée de ce numéro de « La Revue dessinée ». Qu’il s’agisse du chômage ou des déchets, c’est une bien fâcheuse tendance que met à jour la revue. Cette dissimulation, on la retrouve aussi à propos des dessous de l’Intelligence Artificielle.

Usines à gaz

Le reportage montre comment certaines entreprises cherchent à capter le CO2 à la source et à l’enfouir loin, par exemple sous la mer. Deux exemples d’usines très polluantes sont présentés et on voit se multiplier les projets récemment comme ce carboduc qui serait l’équivalent d’un gazoduc pour le CO2. Produire de l’aluminium en France est plus vertueux que l’importer. Sur un site français cela génère 4 tonnes de CO2 émis pour chaque tonne produite contre une moyenne mondiale de 16 tonnes. On mise beaucoup sur l’enfouissement alors qu’on manque à la fois de recul et d’études sur cette solution. L’Union européenne s’est fixé un objectif de capacité de stockage géologique de 50 millions de tonnes par an en 2050 soit l’équivalent de la production annuelle de CO2 du Portugal.

Jurassik, sémantique, trampoline et droit de suite

« La revue des cinés » montre comment « Jurassik Park » a marqué l’histoire du cinéma, notamment par ses effets spéciaux. Avec l’utilisation de l’ordinateur pour certaines scènes, c’était donc aussi la disparition d’un certain nombre de métiers.
«  La sémantique c’est élastique » se penche sur un terme utilisé par les deux extrémités de l’éventail politique qui se l’envoient régulièrement à la figure : fascisme. Doit-on réserver le terme à l’Italie de la période mussolinienne ou peut-on l’utiliser dans d’autres circonstances, généralement pour pointer un danger ?
« Mi-temps » nous en dit un peu plus sur le trampoline, ce sport qui est à la base de tous les sports acrobatiques.
« Droit de suite » revient sur les cahiers de doléances rédigés à l’occasion de la crise des Gilets jaunes. Ils sont depuis peu consultables aux archives et représentent pas moins de deux millions de contributions dont 220 000 sur papier. Si on ajoute les contributions des Gilets jaunes sur d’autres supports on atteint plus de 4,5 millions de contributions. Pourtant, tout ce matériau reste sous-utilisé.

Le grand bluff

Cette enquête sur le chômage cherche à montrer combien il faut se méfier des chiffres. En 2022, Emmanuel Macron se vantait d’avoir fait baisser le chômage de 10 à 7,4 %. Pourtant, quand on commence à se pencher sur les détails, le succès apparait moins net. Tout d’abord, il faut savoir de quelle catégorie de chômeurs on parle puisqu’ils sont répartis en trois groupes, A, B et C. Ce qui est troublant, c’est que le chômage baisse mais que dans le même temps les inégalités et le taux de pauvreté augmentent. On assiste à une dégradation des conditions de vie de ceux qui passent sous les radars. Il suffit d’avoir travaillé une heure pour ne plus entrer dans les statistiques. Les politiques qui s’appliquent aux chômeurs sont de plus en plus marquées par la surveillance et la suspicion. On est passé de l’accompagnement des personnes en difficulté à un traitement de masse des personnes inscrites sans outil pour leur trouver des solutions. Des réponses probantes existent pourtant comme la politique «  Territoire zéro chômeur », mais c’est une goutte d’eau actuellement. 60 % des inscrits à France Travail ne touchent pas d’allocation chômage. L’idée que leur montant est le premier problème des difficultés de recrutement en France est donc fausse.

Urbanisme transitoire

Les friches et autres bâtiments vacants en France donnent parfois naissance à des projets en attendant de trouver une nouvelle utilisation. Le reportage commence en présentant un éventail de ces espaces, qu’ils se situent dans le Rhône, les Hauts-de-Seine ou les Bouches-du-Rhône. Tous ces projets investissent des sites inoccupés pour une durée limitée avec des activités peu ou pas lucratives pour lesquelles le marché de l’immobilier classique est hors de portée. Cependant, en présentant l’urbanisme transitoire comme la solution pour les activités artistiques, sociales ou solidaires, on laisse s’installer l’idée que celles-ci sont destinées à rester aux marges et à rester nomades.

Potentiel de destruction de l’emploi de l’IA

Entre 2023 et 2025, l’IA aurait créé 1,3 million d’emplois dans le monde. Sur ce total, on compterait la moitié en tant qu’annotateurs de données. Ces artisans de l’ombre nourrissent l’IA pour la rendre plus performante. Ce sont eux qui sont au cœur de cette enquête et pour en savoir plus il faut se rendre à Madagascar. Ce pays est devenu en quelques années le prestataire préféré de l’IA française. Cette nouvelle économie asservit ses travailleurs à des tâches limitées et morcelées et dépourvues d’autonomie. Il existe dans l’île un vivier de travailleurs lorsque l’on sait que 75 % des Malgaches vivent sous le seuil de pauvreté. Il faut prendre conscience qu’il n’y a pas d’IA sans annotateur. Une entreprise française paye entre 500 et 1500 euros à une société sous-traitante pour un annotateur à temps plein et ce dernier touche en réalité 120 euros. Difficile de devenir soi-même entrepreneur dans l’île car, pour obtenir un prêt, il faut être capable d’offrir une garantie deux fois supérieure à la somme demandée. Au Kenya commencent à apparaitre des syndicats pour défendre les droits des travailleurs.

Pesticides

Le reportage suit le quotidien de plusieurs agriculteurs malades des pesticides. Ces produits ont pu provoquer, par exemple, la maladie de Parkinson mais avant de faire reconnaitre le lien entre les deux leur combat a été souvent très long. La France est en effet l’un des pays européens les plus utilisateurs de pesticides notamment sur les vignes et les céréales. Des associations se sont constituées pour pallier les défaillances de l’État dans la reconnaissance de ces maladies professionnelles. Le cas du glyphosate est détaillé mais on s’aperçoit aussi que les agriculteurs ne sont pas les seuls concernés par ces problèmes : les fleuristes, personnels de haras ou encore les dockers se trouvent dans des situations qui peuvent être comparables et également nocives.

Des mots qui soignent

Nommer et décrire ses émotions, réordonner par des phrases le désordre en soi, reconstruire son identité : voici quelques uns des pouvoirs que peut avoir la pratique de l’écriture. L’écriture thérapeutique peut donc aider les réfugiés, les victimes de violence ou encore des malades en fin de vie à apaiser leurs maux. Au fil du reportage, on constate aussi que c’est le fait d’être écouté qui a des effets thérapeutiques.

Pour la rentrée, La Revue dessinée annonce un reportage sur «  la fabrique des folles » et un autre sur les forêts françaises.