Une photographie d’une génération d’enseignants-chercheurs, modernistes et de contemporanéistes, de leur expérience, de leur formation et de leur métier d’historien
Vingt-trois universitaires historiens (13 hommes, 10 femmes) ont accepté de se prêter à un jeu d’introspection personnelle et professionnelle, suggéré par Natalie Petiteau (Centre Norbert Elias) et Bruno Dumons (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes). Ces derniers leur ont soumis les pistes de réflexion suivantes : Quel est leur rapport à ceux qui les ont formés puis à ceux qu’ils ont formés ? Quel héritage veulent-ils retenir de la grande école historique française des années 1960-1970 ? Comment se sont-ils adaptés à l’évolution de l’exercice du métier d’historien ?
Les témoignages et retours d’expérience éclairent judicieusement le métier d’historien et son évolution, mais aussi le monde universitaire et ses arcanes.
Histoire personnelle et parcours universitaire
Certains participants ont marqué une hésitation avant de se lancer dans l’aventure, comme Michel Figeac qui eut « un premier mouvement de rétractation » Il note : « L’exercice d’ego-histoire rappelait trop l’HDR avec ce petit résumé de notre parcours qui relève souvent de l’exercice convenu et de la parole faussement libre. » (p.127). Comme ses collègues, Figeac a saisi « la chance d’une parole sans fard, ce qui ne saurait se refuser dans un monde de plus en plus conformiste ». L’authenticité se ressent dans les témoignages même si on regrette que les jeux de pouvoirs et d’influences du monde universitaires ne soient qu’à peine esquissés.
Des histoires de vie plurielles
Les titres des différentes contributions révèlent le nuancier de la riche palette des histoires personnelles et de la genèse de l’intérêt pour l’histoire et du désir d’en faire son métier :
-PREMIÈRE PARTIE, L’IMPULSION DES MONSTRES SACRÉS
- « Comme des nains assis sur des épaules de géants… » Sur un saut générationnel en historiographie, Philippe Boutry
- À « l’école lyonnaise », Bruno Dumons
- Un champ de recherche éminemment singulier, Laurent Douzou
-DEUXIÈME PARTIE, L’IMPACT DU BAIN DE L’HISTOIRE
- Être historienne, qu’est-ce à dire ?, Annie Duprat
- Qu’est-ce qu’être historien ? C’est quelqu’un, quelqu’une, devenu intellectuellement sensible à l’ancrage temporel des activités humaines, Marie-Laure Legay
- La révolution, histoire passée ou futur antérieur ?, Pierre Serna
TROISIÈME PARTIE, LE SOCIAL RÉSOLUMENT
- Une trajectoire provinciale et féminine, Claude-Isabelle Brelot
- Clio, je te dis je…, Michel Figeac
- La transmission au cœur, Natalie Petiteau
- De l’histoire sociale à l’histoire de la famille, Héritages, trajectoires et transmissions, François-Joseph Ruggiu
QUATRIÈME PARTIE, UNE HISTOIRE ÉCONOMIQUE VIVANTE
- Être historienne, une épistémologie en action, Natacha Coquery
- Itinéraire d’un historien de l’économie et de la société en quête d’objectivité, Jean-Marc Olivier
- Parcours d’une historienne économiste, Laure Quennouëlle-Corre
CINQUIÈME PARTIE, COMPRENDRE LA VIE DE LA CITÉ DU POLITIQUE AU TEMPS PRÉSENT
- Historien corps et âme, Éric Anceau
- De la faculté de droit à l’histoire politique, Olivier Dard
- Le « temps présent » et l’historienne, Jacqueline Sainclivier
SIXIÈME PARTIE LA DIVERSITÉ DES CHEMINS DU CULTUREL ET DU RELIGIEUX
- Trente ans d’histoire(s). Regard sur mon métier d’historien, Pierre-Yves Beaurepaire
- Être historien avec les témoins, Mémoire et territoire, Anne-Marie Granet
- Les morts n’ont pas de problèmes, Nicolas Le Roux
- Les deux croix, Christian Sorrel
SEPTIÈME PARTIE CHEMINS DE TRAVERSE ET PLURIDISCIPLINARITÉ
- Promouvoir l’histoire des femmes et du genre, Françoise Thébaud
- Entre France et Allemagne, entre histoire sociale et histoire culturelle, une histoire conciliatrice ? Catherine Maurer
- Cheminer en historien et historien de l’art, Jean-Yves Andrieux
Ce sommaire reflète la diversité des approches et des focales. Certains universitaires choisissent comme articulation leur champ et leur thématique de recherche, de leur genèse à leur transformation actuelle au prisme de l’évolution de la science historique, de ses écoles et de ses méthodes. Ce qui donne une vision intéressante et documentée du métier d’historien du XVIe au XXIe siècles grâce à l’évocation des « maîtres » et des « monstres sacrés ». L’« Index des auteurs, collaborateurs, témoins et archivistes » (p.379-391) constitue un outil précieux pour le lecteur soucieux de repérer les filiations. De même, les résumés (p.393-399) permettent d’entrer dans l’ouvrage de manière ciblée et choisie (par auteur ou thématique par exemple) pour ceux qui ne souhaitent pas effectuer une lecture linéaire intégrale.
Ces expériences dépassent l’anecdotique et constituent des « leçons de vie » fécondes ; comme le rappelle Natalie Petiteau, notre métier d’historien est justement fondé sur les leçons de vie concrètes des femmes et des hommes sur lesquels nous travaillons (p.139). Cette démarche s’inscrit pleinement dans la phrase culte de Marc Bloch : « L’historien est comme l’ogre de la fable, là où il sent de la chair humaine, il sait que là est son gibier. ». Cette figure tutélaire est d’ailleurs convoquée, au total, vingt et une fois par les auteurs.
Le matériau, très dense du livre permettrait une étude prosopographique intéressante de cette génération de modernistes et de contemporanéistes. Les différentes variables de la cohorte (genre, Paris versus province, université ou institutions CNRS/EHESS etc., thème de recherche, statut du directeur de thèse etc.) permettent une analyse fouillée.
Les trajectoires relèvent à la fois de la continuité et de l’imprévisibilité. Les hasards des rencontres, au moment des moments clefs comme la thèse ou l’HDR notamment, mais aussi lors des colloques, scellent les destins individuels et professionnels. L’importance du directeur de thèse et de son réseau apparaît cruciale. Les facteurs personnels, en particulier pour les femmes (la maternité en particulier) infléchissent les carrières.
Nous partageons l’intimité de certains chercheurs, leurs « éblouissements » (p.115) familial ou lors d’un cours du secondaire ou même à l’école primaire, ou lors d’une explication de texte historique dans le supérieur. On mesure l’importance de l’enseignant, de l’alchimie d’un cours qui suscite des vocations et scelle un destin personnel.
Les hommages dessinent des filiations dans cette génération d’historiens. Les « maîtres » se profilent dans l’espace de la rencontre ou dans la découverte livresque, historique ou littéraire, voire philosophique, économique ou sociologique. Natalie Petiteau lance un conseil important : « Jeunes historiens, n’oubliez jamais d’avoir le regard large et des appétits de lecture tous azimuts. » (p.145). L’historien doit cultiver ce plaisir des mots cher à Marc Bloch. Natacha Coquery le reconnaît quand elle relate son hésitation entre l’histoire et les lettres en hypokhâgne : « Je préférai l’histoire parce que je la concevais comme une discipline moins cérébrale, plus matérielle, plus engagée dans la société de son temps (et sans latin obligatoire !) ; l’alliance avec la géographie, discipline concrète elle aussi, m’était familière. De cette hésitation, il m’est resté un amour des mots qui, sans que je le perçusse à l’époque, a compté dans le choix de mon maître, lui aussi sensible à la question, et marqué ma propre façon de faire de l’histoire. » (p.175)
Parcours universitaires
Les parcours universitaires se forgent aussi au hasard des rencontres, des lieux de formation. Les auteurs mesurent leur chance d’avoir effectué leur carrière dans une période faste pour la science historique et pour les postes à l’université.
De belles rencontres permettent de prendre confiance, de conforter un projet ou de persévérer dans des thématiques peu conventionnelles (comme Michelle Perrot pour l’histoire des femmes, dans le parcours de Françoise Thébaud). Par exemple, Bruno Dumons rend hommage à Jean-Marie Mayeur, guide et maître, grâce auquel un projet parsemé d’embûches éditoriales comme rédactionnelles a pu voir le jour (p.42). Cet hommage à Jean-Marie Mayeur est partagé par d’autres contributeurs ; citons celui d’Éric Manceau : « Trois autres maîtres de la discipline, Jean Tulard, Jean-Marie Mayeur et Maurice Agulhon ont été déterminants dans les premières étapes d’une carrière de chercheur. » p.225. Olivier Dard, lui, souligne les apports de son enseignement (p.242) ; pour Christian Sorrel, ce fut ses encouragements pour accepter un changement de poste (p.314). Je rejoins Catherine Maurer qui souligne la puissance intellectuelle stimulante de ce grand historien. J’eus la chance de le côtoyer grâce à son épouse, Françoise Mayeur qui encadrait mon DEA, et je garde le souvenir de son accueil bienveillant après la mort de Françoise. Sa situation parisienne m’a empêché de poursuivre en thèse avec lui. Les données géographiques infléchissent les parcours. Le primat de Paris détermine souvent les carrières. Et certains universitaires ne sont pas dénués de condescendance vis-à-vis des « provinciaux ». Ces travers transparaissent peu dans le livre. Seuls quelques auteurs se démarquent de l’univers académique feutré qui transparaît dans les portraits. Natalie Petiteau évoque le machisme et le pillage sans vergogne de ses écrits, quand elle a proposé une anthropologie des guerres de l’Empire : « Il est vrai qu’avec ma manie de ne pas labourer sans cesse le même terrain, je peux faire figure de déserteur qu’il est bien facile de ranger aux oubliettes, surtout lorsqu’on cesse d’être régulièrement présent à Paris (« comment peut-on ne pas être parisienne ? »), ce qui autorise quelques collègues mal guéris du machisme à vous piétiner sans vergogne ou à revenir sur vos sujets, comme l’anthropologie de la guerre ou la mémoire de l’Empire, sans vous citer ni même vous avoir lue, ce qui peut conduire à un réel découragement encourageant au repli complet. » (p.146)
Le métier d’historien et d’enseignant chercheur
L’histoire, la science, ses outils, ses méthodes
L’intérêt de l’ouvrage ne se réduit pas à la mosaïque d’histoires de vie, qui se lisent néanmoins, avec plaisir et sans monotonie, comme des œuvres littéraires autobiographiques. Certains auteurs se démarquent par une plume captivante, d’autres n’évitent pas le catalogue fastidieux et monotone des enseignants-chercheurs qui ont compté dans leur formation universitaire. Le livre révèle aussi la densité et le foisonnement de l’histoire, comme discipline scientifique pour les héritiers de la grande école historique française des années 1960-1980, marquée par Maurice Agulhon, Alain Corbin, Pierre Goubert ou Daniel Roche. Les auteurs s’accordent pour affirmer que cette période constitue, les « Trente Glorieuses de l’histoire », période révolue.
Le livre révèle la richesse des champs historiographiques, de la première modernité au temps présent et les évolutions dans les questionnements de la discipline historique. Les auteurs forment un échantillon représentatif de tous les thèmes qui ont marqué l’historiographie des quarante dernières années. Ils révèlent au travers de leur formation, leur pratique du métier dans ses multiples dimensions (recherche, enseignement, administration) – et leurs souhaits de transmissions aux étudiants, les fondements de l’histoire, ses débats, ses méthodes, sans éluder les débats entre scientifiques.
Si Philippe Boutry érige la montée du collectif en une mutation majeure du métier d’historien (« Toute filiation intellectuelle, toute généalogie scientifique est aujourd’hui socialisée, partagée, médiatisée. » p.32), elle n’empêche pas une forme d’isolement et une certaine perversion du collectif ; les colloques en distanciel gomment la richesse de la rencontre humaine des colloques « en présentiel ». La révolution numérique a bouleversé cette génération d’historiens.
Ceux-ci constatent aussi une triste et dangereuse évolution : « la science historique avec son érudition et ses méthodes n’est plus convoquée » (p. 370), dans la société façonnée par les médias qui privilégie l’émotionnel au détriment des faits. La conclusion rédigée par les deux co-directeurs est lucide à ce sujet. « La raison historienne s’efface devant le spectacle de l’émotion. » Le constat est sans appel. Nous pourrions abonder par de nombreux exemples, pour appuyer cette analyse. Ainsi, dans la librairie Le Furet du Nord, les livres mis en valeur sous l’étiquette « Science » ne sont nullement écrits par des universitaires. Ce sont des ouvrages d’opinion, et parfois d’opinions extrémistes. Le responsable du rayon ne comprenait pas, par exemple, que l’on demande qu’un livre d’Éric Zemmour, exposé sous l’étiquette « Science » soit replacé dans le rayon « Politique ». Il a fallu un échange de mails avec le directeur de la librairie pour obtenir ce changement. Ne parlons pas des « débats » télévisuels, y compris dans des émissions sérieuses comme « 28 minutes » sur Arte, où souvent de pseudos experts ou essayistes, autoproclamés compétents dans tous les domaines, exposent leurs opinions sans aucun étayage scientifique. Les universitaires sont trop rarement invités. Éric Anceau insiste sur « la nécessité d’investir le forum pour ne pas en laisser l’exclusivité à d’autre, moins qualifiés, autoproclamés experts, mais qui ne le sont en réalité qu’en ‘toutologie’ » (p.233-234)
La place de l’historien dans l’espace public dépend aussi du niveau d’engagement de chacun. Dans la cohorte proposée, certains sont fortement engagés dans la vie syndicale, associative voire politique, mais comme le note Pierre Serna, « en terme générationnel, nous restons proches de rien, fortement normés dans nos vies universitaires réglées par l’avancement au diplôme, au grade, fortement lissés socialement par le statut bourgeois (sans aucune caricature de ce mot mais dans sa réalité effective) de nos modes de vie, sûrement bienveillants par rapport à la révolution sociétale en cours qui va voir enfin l’avènement du temps des femmes, mais ce sont nos enfants qui porte cette révolution qui compte et va compter. » (p.96). Plus loin, Serna montre que « point en marge de la société, les travaux érudits des historiennes et historiens plus largement, sont connectés au monde et aux structures de pouvoirs, d’organisations sociales, de vie civile et civique qui le construisent aussi. » (p.105)
La recherche et les arcanes du monde universitaire
Les auteurs témoignent de la dégradation du métier d’enseignant chercheur, en particulier de l’historien qui a de plus en plus de difficultés à dégager du temps pour la recherche et l’indispensable travail d’archives en particulier.
Le poids de l’administratif, du montage de dossiers, des demandes de financement, des rapports pour l’évaluation, en bref de l’appareil bureaucratique, pèse lourdement.
Les auteurs luttent contre la vision quantitative, consumériste pour privilégier le qualitatif et l’exigence scientifique : « Alors que nos universités justifient l’existence de leurs écoles doctorales et l’attribution de leurs crédits par des statistiques avantageuses quant au nombre de thèses soutenus, il nous faut rester vigilants sur la nature et la qualité des produits finis. » (p.152)
Les parcours universitaires ne sont pas toujours aussi policés que ceux décrits par la majorité des auteurs. Le monde académique condense des enjeux de pouvoir et d’influence. Françoise Thébaud l’aborde sans fard. Affirmant avoir été mal préparée « à affronter l’hostilité envers l’histoire des femmes, perçue comme un discours ascientifique et idéologique au moins jusqu’à la parution en 1991-1992 des cinq gros volumes de l’Histoire des femmes en Occident […] Mal préparée également à agir efficacement dans un milieu universitaire dont j’ai ressenti parfois, avec effarement, la fermeture d’esprit et le côté clanique, voire féodal, où l’allégeance serait de mise. » Thébaud conclut : « Le monde de l’université et de la recherche fonctionne-t-il de manière totalement transparente et démocratique, notamment en matière de recrutement ? Aux collègues en postes et aux jeunes générations de s’emparer de la question s’ils le souhaitent… » (p.327). Des universitaires (Beau et al.) se sont emparé de cette question, en publiant une tribune dans Le Monde de l’éducation du 09 juin 2026, intitulée « Les universités, asphyxiées financièrement, fabriquent leurs propres intermittents du savoir ». En pleine période de campagnes de recrutement pour les postes de maître de conférences, ils dénoncent la compétition féroce provoquée par la pénurie de postes et des simulacres de recrutement lors des concours alors qu’un favori a déjà été choisi. Les recrutements ne sont pas toujours basés uniquement sur les qualités académiques…
L’enseignement, la transmission au cœur
La transmission apparaît centrale dans l’ouvrage et dans le cœur des historiens. Natalie Petiteau, co-directrice du livre, la brandit comme une bannière professionnelle dans son intervention « La transmission au cœur » (p.139-154). Elle insiste pour justifier le projet éditorial : « Il ne s’agit pas non plus de livrer une égo-histoire. […] Nous n’avons de toutes façons jamais eu la prétention de faire un remake du beau livre dirigé par Pierre Nora. Nous avons juste ressenti l’urgence de dire à nos cadets ce que nous devons préserver et transmettre de ce que nous avons appris. » Cette urgence est d’autant plus prégnante à l’heure de profondes mutations dans le monde des historiens et dans une société qui privilégie les opinions aux faits. Tous les auteurs s’accordent pour affirmer « la nécessité de transmettre intactes les valeurs et les exigences de rigueur et de méthodes autrefois reçues ». (p.372).
La transmission est une nécessité mais c’est aussi un plaisir pour tout enseignant, quel que soit le niveau d’enseignement. Beaucoup de contributeurs ont exercé dans le secondaire et en garde un souvenir ému.
Les exigences de la transmission doivent habiter le métier : « Il nous revient de toujours faire avancer nos recherches et celles de nos étudiants en tenant la barre d’une histoire qui ne soit pas serve mais garde son utilité. […] Tout auteur de pages d’histoire se doit d’être à chaque instant habité par les exigences de la transmission : qu’est-il utile de transmettre, comment bien le transmettre ? » (p.152)
Laurent Douzou rend un hommage appuyé à l’enseignement et à « la relation singulière entre deux parties qui, au fil des séances, nouent une manière de complicité qui n’est perceptible que d’elles seules. La rigueur, la chaleur, l’humour, l’échange qui s’établissent donnent au métier d’enseignant une saveur que toutes les évaluations du monde sont bien incapables de cerner, moins encore de quantifier. » (p.52). Je partage ce sentiment, sentiment de bonheur ineffable du partage du savoir dans une relation empathique avec les étudiants.
Ce livre offre un bouquet coloré de parcours d’historiens qui allient plaisir intellectuel de la recherche et joie de la transmission. Néanmoins, leurs itinéraires apparaissent de plus en plus difficiles à adopter ou à maintenir, dans le monde universitaire actuel vampirisé par l’administratif, les injonctions institutionnelles et la course aux classements mondiaux qui dessinent un monde académique concurrentiel et utilitariste. L’histoire doit retrouver toute sa place et éclairer le présent, comme le rappelait Marc Bloch. Réhabiliter la place des scientifiques dans le débat public apparaît aussi comme un défi crucial. Pour l’historien, « dire à nos cadets ce que nous devons préserver et transmettre de ce que nous avons appris » est une urgence pour préserver les valeurs humaines de notre société. Ce livre nous le rappelle avec force.



