L’histoire du concours lancé en mars 1970 « C’était Paris en 1970 » est l’occasion de donner à voir une partie du fond documentaire que constituent tous ces clichés conservés à la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
J’ai eu 17 ans
Antoine de Caunes évoque ses souvenirs d’un adolescent parisien parti à la découverte de la ville au guidon de sa mobylette, un monde à faire découvrir à nos jeunes lycéens si focalisés sur leur smartphone.
Aux lendemains de mai 1968, la ville est encore marquée par ce que l’auteur appelle le vieux Paris.
« Il fleurait encore bon le Vieux Paris, le pavé (tout du moins ceux qui avaient survécu à Mai), les estaminets à l’ancienne au zinc desquels on aurait pu surprendre un Gabin sirotant un blanc limé, les bouchers déchargeant à l’épaule des carcasses de bœuf, les rémouleurs et vitriers sillonnant les ruelles, des agents de police à képi et à capeline, des autobus à plateforme identiques à ceux ayant servi aux rafles de 1942, des wagons de métro de première et de deuxième classe, des poinçonneurs… » (p. 8)
1970, c’est un moment charnière avant les grandes transformations du Paris moderne voulu par Georges Pompidou (Tour Montparnasse).
S’il n’a pas participé au concoursLancé le 3 mars 1970, ce concours de photographie amateur parrainé par la Ville de Paris, France-Inter et la Fnac . Son but : photographier Paris afin de garder une trace des destructions programmées à court terme. 15 000 candidats se sont inscrits et 2 800 d’entre eux ont remis un dossier complet, soit soixante-dix mille tirages en noir et blanc et trente mille diapositives en couleurs conservés à la BHVP.
Du 1er juin au 7 octobre 2026, la Bibliothèque historique a consacré une exposition. : « C’était Paris en 1970 » , c’est dans ce fonds photographique de la Bibliothèque historique de la ville de Paris qu’il puise les très nombreux clichés qui constituent le cœur de cet ouvrage, entre témoignage et nostalgie.
Mettre Paris en images
C’est la genèse du concours qui est rapportée ici, dans une période durant laquelle la ville est remodelée, avec des travaux comparables à ceux d’Haussmann.
Le sujet proposé vise à documenter un territoire précis de Paris. Le plan de la ville à été découpé en 1 755 carrés de 250 × 250 m. On apprend comment concrètement fut lancé le concours : tirage au sort du carré à documenter, le cliché peut être complété par un second cliché sur ce même carré ou un carré limitrophe. Un dernier cliché au choix du candidat vient s’ajouter au dossier.
Si le projet est ambitieux, il pose quelques difficultés, comme celle des droits d’auteur. Il suscite un véritable élan populaire.
L’auteur présente les grands thèmes retenus par « les 2 800 obstinés qui ont mis Paris en images » (p. 29) : photographies de rue, où la voiture est omniprésente, vétusté du bâti et chantiers, affiches d’actualité (contre le guerre du Vietnam). C’est aussi la vie quotidienne, transposable à toute la France urbaine, à la fin des Trente Glorieuses.

On a aussi un portrait de ces photographes amateurs : si la moitié sont parisiens, 40 % habitent en banlieue proche et quelques provinciaux complètent la distribution.
Fort de ce succès six ans plus tard, l’expérience est renouvelée en 1976 « Paris aux cent villages », ce sont 1 123 photographes et environ 3 000 tirages ; en 1986 à Toulouse et à New York en 2010.
Juliette Eyméoud,Historienne, docteure en histoire moderne et conservatrice au Département iconographie-photographie de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris précise, dans ce chapitre, le devenir de la collection photographique et sa numérisation après qu’une jeune chercheuse américaine, Catherine E. Clark[Elle a publié un article en 2014: « C’était Paris en 1970 » Histoire visuelle, photographie amateur et urbanisme in Etudes photographiques, 31 | Printemps 2014 se soit intéressée à ces clichés.
Les très nombreuses reproductions photographiques (p 42 à 278) rappelleront bien des souvenirs à celles et ceux qui ont vécu à cette période. Entre images disparues, modernité non achevée et clichés qui pourraient être contemporains.
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Deux époques sur une pellicule
Deux époques se côtoient dans ces clichés : le Paris qui s’efface, notamment celui de l’insalubrité, et le Paris intemporel quand seule la tenue vestimentaire permet de dater la photo.
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Pour Jean-Marie Donat, les photographies peuvent se classer en trois catégories :
la photo domestique qui rend compte d’un moment en famille
la photographie utilitaire : catalogue, cliché scientifique
la photographie de proximité, souvent prise par un professionnel, les photos de fêtes foraines par exemple.
Il y a, parmi toutes les photographies du concours, des points communs : la rue avec des passants, peu de clichés nocturnes ou de métro, très peu de photographies intimistes d’intérieur.
Un beau livre, cette somme de documents iconographiques de Paris à la fin des Trente Glorieuses est une mine pour l’enseignement de l’histoire de cette période. L’ouvrage a toute sa place au CDI.











