De la mer Jaune à la Mer de l’Est, le DMZ Peace Trail est un sentier de randonnée qui longe la frontière intercoréenne. Adepte de la marche, la géographe Valérie Gelèzeau raconte ses trois mois passés sur ce chemin à travers 34 étapes.
Une longue marche le long de la DMZ
La frontière intercoréenne est une zone démilitarisée, communément désignée « DMZ », sigle assez célèbre pour qu’on puisse l’utiliser tel quel. Au contraire de son nom, cette bande de terre de quatre kilomètres de large environ forme un dispositif de défense infrachissable matérialisé par des postes de garde, des barbelés, des champs de mine. Les bâtiments bleu ciel et les soldats des deux Corées en faction à Panmunjeom, un de ses hauts lieux spectaculaire et mis en scène font partie des images largement partagées d’une frontière que Bill Clinton, dans un mot devenu célèbre, qualifia de « the scariest place on earth » lors de sa visite en 1993.
Valérie Gelèzeau, DMZ – Marche et démarche à la frontière coréenne, pages 15-16
Depuis les années 2000, dans le cadre d’un rapprochement temporaire entre les dirigeants des deux Corées, des projets de développement touristique sont menés. Une zone touristique est aménagée à Imjingak et un premier sentier de randonnée est créé de Gimpo à Yeoncheon. Les aménagements mis en place par les autorités sud-coréennes pour attirer les touristes sont nombreux : un jardin botanique de la DMZ, un centre de la Réunification, un « parc international des Arts de la paix », de nombreux musées, des mémoriaux et des statues.
Section n°1 (15.9 km, facile), Samedi 23 novembre 2024
Je passe les stèles reconstituées du parc historique de Goryeo Cheondo, site historique de la royauté de Goryeo réfugiée à Ganghwa pendant les invasions mongoles du XIIIe siècle. Personne.
Passé le check-point de Wolkot-ri, une colline qui surplombe l’embouchure du fleuve Han attire les visiteurs. Autant pour la muraille historique et le pavillon Yeonmi que pour le spot photo très prisé : d’importantes scènes du drama Le Roi amoureux (MBC, 2017) y ont été tournées et plusieurs jeunes couples font la queue pour immortaliser leur présence en cet endroit illustre.
Valérie Gelèzeau, DMZ – Marche et démarche à la frontière coréenne, page 52
L’un des passages les plus stimulants est celui des rencontres avec l’armée. Longer la frontière devient alors un « tamis » où l’on marche « sous l’oeil des militaires (page 36). Il n’est donc pas toujours possible de photographier les lieux en fonction des restrictions. Des lieux sont encore minés. Les propriétaires de terrain ne peuvent pas toujours accéder à leurs champs. Des militaires ont même effacé des photos prises qu’ils considéraient comme une menace pour la sécurité. Des panneaux rappellent aux promeneurs les sanctions encourues, particulièrement dissuasives.

De belles cartes en couleur présentent l’évolution de la guerre de Corée (1950-1953) et le tracé de la DMZ afin d’aider le lecteur à se repérer lors de la lecteur des 34 courts comptes-rendus de marche de Valérie Gelèzeau.
En conclusion, cet essai est stimulant. L’auteur explique la genèse de son projet à la fois personnel et scientifique, son insertion dans les projets de développement et les contraintes inhérentes à ce tracé. C’est l’occasion de voyager dans cette région particulièrement contrôlée. Entre deux rencontres avec des randonneurs et des militaires, le lecteur est amené à réfléchir sur la réalité de cette frontière mise en tourisme.
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