En 1851, le baleinier français Le Narwal s’échoue sur les côtes coréennes à proximité de l’île de Pigum. Une partie des hommes décide alors de prendre la mer jusqu’au port de Shanghai pour prévenir le consul de France, Charles de Montigny. Une rocambolesque opération de secours est alors lancée.

Le naufrage d’un baleinier français dans le Sud-Ouest de la Corée

En ce milieu du XIXe siècle, le Royaume de Chôson traîne une mauvaise réputation auprès des Occidentaux. Les rares récits de voyage insistent sur le fait que les habitants seraient farouches. Les rares missionnaires catholiques ou matelots qui s’y sont aventurés auraient été en proie à des violences, voir la mort. A cette époque, à l’instar du Japon, la péninsule coréenne reste fermée aux contacts avec les Occidentaux.

Parti le 20 mars 1850 sous la direction du capitaine François Ange Rivallan, le Narwal est un baleinier de 450 tonneaux effectuant une longue mission dans le Pacifique. L’objectif est de ramener de la graisse pour fabriquer de l’huile, des fanons pour les fouets et les corsets, de l’ambre employé comme fixateur dans la conception des parfums et du spermaceti pour les cosmétiques. L’industrie baleinière française est sur le déclin. Cette quatorzième campagne de chasse à la baleine du capitaine Rivallan sera riche en péripétie.

Après la désertion d’un homme en Amérique du Sud, puis le recrutement d’un tahitien en Polynésie, le navire fait une escale à Guam. L’objectif est alors de remonter lentement vers le Nord jusqu’à la mer de Béring avant d’amorcer la route du retour en Europe. Le Narwal échoue à capturer la moindre baleine la première année. L’équipage est fatigué mais poursuit sa recherche.

Le Narwal présente des difficultés pour son ravitaillement en eau fraîche. L’équipage souhaite alors en obtenir à proximité de Kogunsan. La méfiance est de mise en raison de difficulté pour communiquer. Des traducteurs japonais sont dépêchés par les garnisons qui ont signalé la présence d’un groupe d’étrangers, mais aucun d’eux ne parlent le japonais.

Le Narwal s’écrase sur des rochers de l’île de Pigum. L’arrivée de 29 marins étrangers dans un village de 200 habitants est un événement. Que faut-il faire ? Les retenir prisonnier ou les aider à repartir ? Petit à petit, les contacts se créent entre les fonctionnaires locaux et l’équipe. Le second du Narwal, François Arnaud, décide de rejoindre Shanghai pour y demander des secours. Avec une pirogue et 8 marins, Arnaud réussira à prévenir le consul de France. Une mission de sauvetage est alors mise en place : parviendra-t-elle à trouver les marins naufragés ?

Grâce à la consultation de nombreuses archives en Corée du Sud et en France (Nantes, La Courneuve, Rouen, Vincennes, Paris), Pierre-Emmanuel Roux parvient à écrire une « micro-histoire à parts égales » (R. Bertrand). L’ouvrage est fidèle aux publications de l’Atelier des Cahiers. Avec un papier relativement épais et agréable à manipuler, le récit est illustré par de nombreuses documents en couleur, dont des cartes coréennes.

Itinéraire du Narwal lors de sa dernière campagne © Pierre-Emmanuel Roux

Agréable à lire, vivant et parfois cocasse, le récit de ce naufrage par Pierre-Emmanuel Roux permet de mieux comprendre l’histoire de la navigation, le déclin de la chasse à la baleine, l’organisation militaire de le Corée et les rapports complexes qui existent entre les Occidentaux et les populations locales.

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