Le sous-titre: « 40 fiches illustrées pour comprendre le monde » précise bien la nature et l’objectif de l’ouvrage Géopolitique des fruits et légumes, sous la direction de Sébastien Abis et Anaïs Marie.

Des produits qui nous sont familiers sont ici mis en scène du champ à l’assiette, entre routes commerciales et tensions climatiques, une géopolitique se dessine. De la production aux déséquilibres de consommation, les auteurs décrivent les enjeux de demain.

Quatre grandes parties abordent : les légumes d’ici et d’ailleurs, les fruits du monde et de France, du champ à la table et dans nos assiettes et nos verres. Dans chaque partie, un panorama général dresse le décor et une dizaine de produits sont présentés en détail avec un texte, un graphique, une carte, une infographie, un focus et un encart « à retenir ». Chaque partie se termine avec une fiche sur la France. L’ouvrage peut donc être parcouru ou consulté en fonction des besoins ou des curiosités.

Les légumes d’ici et d’ailleurs

Sébastien Abis propose le panorama général : la production mondiale a connu une forte croissance depuis 1970, mais la croissance se ralentit depuis 2015. La production est concentrée autour de quelques États qui dominent un large marché mondial.

L’infographie montre cette croissance : surface multipliée par 2 depuis 1975 et production multipliée par 3 sur la même période. Le focus concerne la France.

La pomme de terre, la conquérante, la carte des pays producteurs montre la domination des zones tempérées de l’hémisphère nord et les nouveaux venus tropicaux, grâce à une adaptation de sa culture.

Le manioc, passé de l’Amazonie à l’Afrique et à l’Asie, voit son marché concentré sur deux pays importateurs : la Chine et la Thaïlande (90 % des importations).

La carotte est un aliment de base au cœur du commerce mondial, menacée par le changement climatique, elle est aussi utilisée dans la cosmétique, la pharmacie et la fabrication de pigments.

Le chou, l’alicament : c’est le 8e légume le plus cultivé au monde, désuet dans les pays développés, il est aujourd’hui recherché pour sa teneur en vitamine C. L’infographie met en valeur la production européenne.

Le pois chiche, largement importé par le Pakistan, l’Inde (pourtant 1er producteur mondial) et la Turquie, est très sensible aux aléas de production, aux tensions politiques qui affectent son marché. Il est un atout agronomique dans un monde qui se réchauffe. À retenir, aliment de base en Asie, au Moyen-Orient, la consommation du pois chiche est culturelle mais se développe aussi dans les régimes végétariens.

Le champignon voit son marché mondial peser plus de 48 Mt, une production dominée par la Chine. Outre l’aspect alimentaire, il est aujourd’hui utilisé pour ses vertus thérapeutiques. La carte montre la grande concentration de la production.

Oignon, ail, ces deux produits concentrent des enjeux de pouvoir et de stabilité sociale, tant ils sont consommés partout au quotidien. L’infographie met en lumières producteurs et exportateurs.

Plantes aromatiques, la mode. Si la production est surtout dans le Sud, c’est dans le Nord qu’elle est transformée. Le marché mondial en 2024 s’élevait à environ 184 milliards de dollars. L’autrice Claire de Marignan parle de géopolitique du goût.

Une dernière fiche est consacrée à la France avec un graphique de l’évolution des importations de fruits et légumes de 2000 à 2024.

Les fruits du monde et de France

Le panorama général montre une progression de la production, dont 12 % est exportée en frais. On constate, avec l’infographie, la même évolution que pour les légumes.

Pomme, poire, deux fruits qui séduisent le monde. Une production et une consommation qui augmentent, notamment en Chine.

Orange : si le Brésil est en tête tant pour les oranges fraîches que transformées, la production connaît de forts aléas de production : climat, maladies. L’année 2024/2025 a la production la plus faible depuis 2000 avec 45 Mt.

La banane peut être considérée comme le fruit le plus politique ; sa diffusion découle de la colonisation et les compagnies américaines contrôlent largement toute la filière. Elle fut aussi au cœur d’un conflit entre l’Europe et les États-Unis. Si la Cavendish est aujourd’hui menacée (climat, maladies), il ne faut pas oublié la banane plantain très présente dans la consommation africaine (focus).

Le kiwi, fruit originaire de Chine, introduit en Nouvelle-Zélande en 1904, a conquis pour sa consommation de nombreux pays. La Chine demeure le premier producteur mondial.

Noix de coco, l’ascension, principalement produit (85%) et consommé (90%) en Asie. Aujourd’hui, la monoculture intensive rend la filière vulnérable.

Tomate, la concentrée, est un cas d’école tant pour la production (introduction de variétés génomiques) que pour la transformation (multinationales). L’infographie montre la croissance de la production, multipliée par 4 en 50 ans, la place de la Chine comme 1er producteur et des États-Unis comme premier importateur.

Le Concombre, star de l’été, est un produit sous serre gourmand en eau et en énergie. Si l’Europe, notamment dans la région d’Almeria en Espagne, en produit 3 % , elle représente 41 % des importations et aussi 46 % des exportations. Ces échangent sont largement intra-européens.

L’avocat : le hors-la-loi, si l’autrice a choisi ce sous-titre, c’est pour mettre l’accent sur les concurrences féroces pour le foncier, l’eau et le contrôle des routes d’exportation dans les pays producteurs : Mexique, Colombie, Chili. L’infographie montre bien la répartition opposée entre production et consommation. L’avocat est devenu un symbole de la mondialisation alimentaire.

La France : la présentation met l’accent sur la question de l’eau et du changement climatique qui devraient modifier la répartition géographique à l’intérieur de l’Hexagone. La carte imagine les échanges de fruits et légumes en Europe et en Méditerranée en 2055.

Du champ à la table

Anissa Bertin traite de la semence, un pouvoir concentré aux mains de quelques multinationales. Elle met l’accent sur la dépendance des agriculteurs et des États, par exemple le Mexique dépend des États-Unis.

Humanités : l’avenir. Cette fiche s’intéresse à la place des fruits et légumes dans l’agriculture (8 % des terres, 20 % de la production) et surtout aux producteurs et surtout productrices. Ce secteur pourrait-il manquer de bras ? L’infographie met en lumière la place des saisonniers.

Consommation, sans faim. La temporalité de la consommation n’est plus celle de la saison agricole. L’autrice montre avec un exemple le rôle de la fête du Nouvel An chinois dans le commerce des cerises du Chili à la Chine. L’infographie illustre ce décalage de temporalité pour la cerise, les framboises et le raisin de table.

Logistique, une nécessité incontournable pour des produits fragiles quand ils sont commercialisés frais. Tout retard joue sur les prix et la traçabilité est de plus en plus forte. Si l’infographie porte sur un exemple de parcours (géopolitique) des fruits et légumes dans le monde, le focus traite de Rungis.

Conservation, les avantages sont certains. Ils prennent plusieurs formes (conserves, surgélation..) qui sont gourmandes en énergie. L’infographie montre l’évolution du commerce des surgelés.

Diplomatie, les coulisses d’une arme politique. Les fruits et légumes peuvent être des instruments de soft-power (ex le commerce des durians entre la Thaïlande et la Chine). La logistique de ces produits périssables dépend des tensions sur les routes maritimes, une réalité illustrée par l’infographie.

Agroéquipement, la bataille ? Cette fiche traite des innovations techniques, notamment en matière de robotisation dans un secteur qui manque de main-d’œuvre. L’infographie montre la concentration du marché de la robotique agricole.

Stockage : le contrôle des conditions de stockage du champ à l’assiette est une donnée importante pour des denrées fragiles. Cette réalité est d’autant plus importante dans un monde qui se réchauffe, avec des situations très inégales à l’échelle mondiale.

Plastique, son usage dans le conditionnement des fruits et légumes ne cesse de croître. La région Asie Pacifique domine le marché mondial des emballages. L’infographie illustre la question avec l’itinéraire d’une barquette plastique de tomates.

France zéro, les pollinisateurs sont de plus en plus absents, mettant en péril la production. L’autrice imagine la situation en 2058 où 70 % des fruits et légumes seraient pollinisés de façon artificielle. L’infographie montre les différentes stratégies pour une aide à la reproduction des plantes (brevets, IA, robots…).

Dans nos assiettes et nos verres

La fiche Juste prix déplace le regard de la production vers la consommation. Elle est largement tributaire des prix et la fiche évoque les mécanismes de formation du prix et la loi EGAlim. Les graphiques montrent la corrélation des fluctuations des prix agricoles et à la consommation.

Transformation : la méconnue. Longtemps les fruits ont été synonymes de fraîcheur, pourtant les jus, compotes… représentent un marché juteux et en croissance. La transformation permet, aussi, de valoriser des produits déclassés. L’infographie présente l’exemple de la pomme.

Santé : le feu vert. Cette fiche montre l’intérêt nutritionnel des fruits et légumes (2 milliards de personnes dans le monde sont en insécurité alimentaire qualitative). Les modes alimentaires modifient la demande, l’offre et les échanges (fruits rouges par exemple) comme le montre l’infographie.

Pistache, un fruit au service du soft-power. La production a été multipliée par trois depuis les années 2000. Elle est concentrée dans deux pays que l’actualité oppose : les États-Unis et l’Iran.

Chips, un marché en plein essor dans le monde. La Chine est à la fois le 1er producteur et le 1er consommateur. Ce produit industriel voyage dans le monde, que ce soit ses composants ou le produit fini.

L’olive. Ce produit millénaire est un pilier de l’économie méditerranéenne. Il est aujourd’hui bousculé par les tensions géopolitiques et l’évolution du climat. L’infographie montre l’évolution de la production dans et hors UE.

Boissons, l’aventure, car les équilibres du marché des laits végétaux sont fragiles.

Vin, champagne, un héritage qui se modernise mais aussi évolue : recul des surfaces, difficultés climatiques ont entraîné une baisse de la production. L’infographie traite des routes de la commercialisation à l’échelle mondiale.

Eau-de-vie, la production française navigue entre baisse de la consommation intérieure et batailles commerciales à l’échelle mondiale (taxes américaines sur le cognac, par exemple). L’infographie montre les exportations françaises en volume et en valeur.

Demain la fin : le déséquilibre. Cette dernière fiche montre ce qui pourrait advenir si la production disparaissait : conséquences économiques, sociales, sanitaires. L’infographie montre le poids des fruits et légumes dans les balances commerciales de chaque continent.

Ces 40 fiches illustrées sont très riches d’informations variées. Elles offrent aux enseignants de nombreux graphiques et cartes pour enrichir utilement leur enseignement.