Dans cet ouvrage, les auteurs reviennent sur le parcours atypique de Francesco Buonagurio, surnommé « Kid Francis ».

Boxeur marseillais, né dans la cité phocéenne ou à Naples, peut-être issu d’une famille juive, proche des milieux mafieux, raflé pendant la Seconde Guerre mondiale, la vie  de cet homme ressemble en tout point à un roman tragique, rempli de mystères et de légendes. Les auteurs eux-mêmes avouent avoir écrit l’histoire « avec un regard très cinématographique », influencés par des films ou des genres narratifs populaires.

Il n’empêche, cette BD nous plonge dans les tumultes des années 20, de la montée vers la guerre et de l’occupation nazie, le tout saupoudré de manière sulfureuse d’argent sale, de combats de boxe arrangés et de querelles familiales.

La BD démarre par inscrire Francesco dans sa ville de Marseille et dans sa famille qui habite un quartier populaire, Saint-Jean-du-Désert. Vivant de petits boulots, Francesco se passionne dès son plus jeune âge pour la boxe, moyen de survivre à bien des égards. Repéré pour ses talents et sa précocité, il attire la convoitise d’agents plus ou moins véreux qui l’initient à la vie parisienne, une fois les premiers succès acquis et sa renommée établie, tout en exploitant ses talents.

Sa rencontre avec le manager Albert Rigoni, dit « Al Francis », lui ouvre ensuite les portes de l’Amérique d’Al Capone, d’Hollywood, rêve éphémère abattu par la crise de 1929. Tout comme sa vie parisienne, sa vie étasunienne est ici romancée pour donner plus d’emphase à l’ambiance générale voulue par les auteurs. Sa tournée en Argentine n’est d’ailleurs pas évoquée.

De retour à Marseille, Kid Francis se retrouve embarqué dans le contexte politico-mafieux local, entre convoitises pour la mairie, allégeances à la famille et matchs truqués.

Une belle éclaircie, selon les auteurs : sa rencontre et son mariage en juin 1933 avec « Germaine », mais dont les sources n’indiquent pas grande chose, si ce n’est un fils. Un bref retour aux États-Unis n’apportera rien de plus, si ce n’est un éloignement nécessaire, mais trop court, de la pression de son oncle, Francesco Spirito, « le Capone français ».

Ce dernier travaille en proche collaboration avec les occupants nazis et profite des tractations pour vendre son neveu, pas assez docile à son goût. Survient alors une des multiples rafles qui va toucher plusieurs quartiers marseillais, notamment le Vieux-Port. Pris dans l’une d’entre elles, Francesco Buonagurio est déporté vers Sachsenhausen (ou Auschwitz selon différentes sources). Il finit assassiné lors d’une marche de la mort, après avoir été exploité par les soldats allemands pour participer à des combats de boxe.

Cette BD propose de retracer le parcours d’une figure qui aurait pu être l’égale d’un Carpentier mais qui a été pris dans les affres de son temps et n’a pas pu, pas su, s’écarter des voies familiales sinueuses. Les dialogues et les scènes sont volontairement « cinématographiées », l’ensemble est romancé, mais cela ne dénature en rien le propos essentiel des auteurs, à savoir un hommage vibrant à une figure marseillaise trop peu connue. Le tout est servi par un dessin tout en rondeur et en vivacité qui dynamise le récit. Une belle découverte.