En 2023, la bande dessinée représentait 17 % du marché du livre, juste derrière la littérature. Cette histoire de la bande dessinée en France intègre forcément les nombreux transferts culturels dont elle a bénéficié. Il a fallu attendre les années 1979 pour qu’elle devienne un objet d’étude universitaire. L’ouvrage de Benjamin Caraco est organisé en cinq chapitres chronologiques. Docteur en histoire et conservateur des bibliothèques, il a déjà publié des ouvrages sur la bande dessinée.

Des origines de la bande dessinée à la naissance des illustrés (1833-1917)

La question des origines de la bande dessinée est liée à celle de sa définition. Plusieurs noms et pays émergent selon les cas. Au milieu du XIXème siècle, l’histoire de la bande dessinée reste très liée à celle de la caricature. Durant la Belle Epoque, sa visibilité reste faible. Cependant, l’époque est marquée par des bouleversements qui favorisent son développement : fin de la censure, changement de techniques d’impression entre autres. Le texte reste néanmoins souvent situé sous l’illustration et affirme la supériorité de l’écrit sur l’image. Georges Colomb, dit Christophe, constitue un tournant. Il contribue à associer durablement bande dessinée, presse et public jeunesse. Parmi les autres repères importants, il y a Bécassine et la semaine de Suzette. Plus tard, les Pieds nickelés s’imposent aussi comme des personnages récurrents. La bande dessinée est plus rémunératrice que d’autres voies artistiques mais elle est moins reconnue socialement.

L’arrivée du phylactère et de la bande dessinée américaine (1918-1949)

Jusqu’en 1934, le « genre dominant » de la presse pour enfants reste dérivé des images d’Epinal où l’image est donc subordonnée au texte. Alain Saint-Ogan, le père de la série Zig et Puce, est une des grandes figures de la bande dessinée française de l’entre deux-guerres. Il circule entre différents médias outre la presse : roman, radio et publicité. Il se caractérise aussi par un usage de la bulle comme moyen d’expression de ses personnages, procédé qu’il popularise en France. L’époque est aussi marquée par Tintin, même si les succès initiaux du reporter sont d’abord belges. Hergé fait s’exprimer ses personnages à l’aide de phylactères. Quelques années après, c’est l’arrivée de Mickey. L’auteur s’arrête aussi sur la bande dessinée en temps de guerre, soit pendant la Seconde Guerre mondiale, avec l’exemple du Téméraire étudié par Pascal Ory. Un autre repère essentiel est 1949 avec la loi sur les publications destinées à la jeunesse. L’adoption de cette législation est le fruit de revendications plurielles : les ligues de moralité, les éducateurs catholiques, laïcs et communistes, les organisations professionnelles des dessinateurs français.

L’âge d’or de la bande dessinée franco-belge (1950-1974)

C’est l’époque d’arrivée en force de plusieurs acteurs venant de Belgique, dont Casterman, Le Lombard et Dupuis. La bande dessinée est toujours présente dans de multiples titres de presse et, en même temps, les magazines spécialisés dans la bande dessinée connaissent une forme d’apogée. C’est aussi le moment où le format de l’album s’impose. C’est le moment aussi où le Journal de Tintin devient progressivement une entité franco-belge. Par ailleurs, à partir des années 1950, Dupuis s’impose progressivement comme éditeur d’albums grâce aux séries de son journal. L’auteur développe ensuite l’histoire de journaux comme Pilote, l’Echo des savanes ou Métal hurlant. Goscinny fait office de découvreur de futurs grands noms de la bande dessinée comme Cabu, Reiser ou encore Pétillon. Il développe aussi le phénomène éditorial que constitue Astérix. Sous la forme de l’album, la narration jusqu’ici marquée par le modèle du feuilleton se doit d’être plus cohérente.

Entre crise du secteur et début de renouveau ( 1975-1990)

Dans les années 1980, Glénat devient un acteur majeur du paysage de la bande dessinée. Futuropolis cherche à articuler mise en valeur du patrimoine, consécration des nouveaux maîtres et découverte de jeunes auteurs. Benjamin Caraco insiste sur l’importance d’A suivre, la dernière grande revue de bande dessinée avant que l’album ne s’impose définitivement. La bande dessinée reste présente en kiosque avec Pif gadget par exemple. Lié au Parti communiste français, le journal publie surtout des séries humoristiques largement désidéologisées. La création du festival d’Angoulême marque les débuts de l’institutionnalisation de la bande dessinée. Dès le début une tension existe entre logique savante et populaire au sein du festival. A la fin des années 1980, un sentiment de crise émerge lié à une standardisation de la production.

Les métamorphoses de la bande dessinée : alternative, mangas et recomposition du paysage éditorial (1990 à nos jours)

Avec la traduction massive de mangas à partir des années 1990, la bande dessinée a constitué l’un des principaux ferments du renouvellement du paysage de la bande dessinée. D ‘abord rejeté à son arrivée, Dragon Ball est aujourd’hui recommandé dans le programme de l’Education nationale. On voit aussi une prise en charge, même partielle, du discours sur la bande dessinée par ses auteurs. La bande dessinée de reportage connait un succès croissant à l’image de La Revue dessinée ou de l’oeuvre d’Etienne Davodeau. Parmi les autres tendances, on peut noter la concentration éditoriale, la féminisation de la bande dessinée ou encore le numérique.

Que de changements puisque désormais la bande dessinée est devenue un sujet d’études à l’université. Alors que le statut de créateur de bande dessinée bénéficie d’une plus grande reconnaissance socioculturelle, son pendant professionnel s’est dégradé au fur et à mesure que que la bande dessinée a quitté la presse pour le livre, devenu son support dominant.