Publié chez Calmann-Lévy, La rafle du billet vert. Les photographies retrouvées associe les compétences de deux experts reconnus : l’historien Jean-Marc Dreyfus, spécialiste de la Shoah en France et en Europe occidentale, et Lior Lalieu, responsable de la photothèque et de l’audiovisuel du Mémorial de la Shoah. Leur ouvrage s’appuie sur une découverte archivistique exceptionnelle : l’identification et l’acquisition par le Mémorial de la Shoah de cinq planches-contact comprenant quatre-vingt-dix-huit photographies inédites documentant la rafle dite du « billet vert » du 14 mai 1941.
Longtemps moins connue que la rafle du Vélodrome d’Hiver, la rafle du billet vert constitue pourtant une étape essentielle dans l’histoire de la persécution des Juifs en France. Organisée à l’initiative des autorités allemandes et exécutée par la police française, elle conduit à l’arrestation de 3 747 hommes juifs étrangers, internés dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande avant d’être, pour la plupart, déportés à Auschwitz en 1942. L’ouvrage ne se contente pas de publier un corpus iconographique inédit : il en propose une véritable contextualisation ainsi qu’une analyse rigoureuse.
A noter que cet ouvrage paraît en parallèle de l’exposition Images de la rafle du billet vert, présentée au Mémorial de la Shoah du 10 mai au 31 décembre 2026, sous le commissariat scientifique des deux auteurs de l’ouvrage. Une exposition et un ouvrage qui nourrissent pleinement le travail de mémoire autour des 85 ans de cette rafle.
Voir la rafle, comprendre la persécution
La richesse de la démarche historique tient notamment à la complémentarité des apports de chacun des deux auteurs.
Jean-Marc Dreyfus apporte les éléments de contexte indispensables à la compréhension de l’événement. Il retrace la mise en place et le durcissement progressif des politiques antijuives en France entre le recensement des Juifs de septembre 1940 et la rafle du 14 mai 1941, analyse le rôle respectif des autorités allemandes et françaises dans la préparation de l’opération, présente le fonctionnement des Propaganda Kompanien, véritables soldats de l’image au service de la propagande nazie, et revient sur la catégorie raciale des Mischlinge (« demi-Juifs »), essentielle pour comprendre le parcours singulier du photographe Harry Croner.
Lior Lalieu se concentre quant à elle sur une analyse de micro-histoire de la rafle elle-même. À partir des photographies retrouvées, elle reconstitue minutieusement le déroulement de la journée du 14 mai 1941, depuis les convocations jusqu’à l’internement dans les camps du Loiret. Elle retrace également l’histoire de la découverte du corpus, identifie son auteur, analyse la composition des différentes pellicules et montre tout ce que ces images révèlent des acteurs, des lieux et des mécanismes de cette première arrestation massive de Juifs organisée en France.
Une découverte archivistique majeure
Lior Lalieu présente ainsi la découverte, à la fois inespérée et d’une importance majeure, de ces photographies. En 2020, le Mémorial de la Shoah fait l’acquisition, auprès de deux collectionneurs spécialisés, de cinq planches-contact relatives à la rafle dite du « Billet vert », organisée le 14 mai 1941. Numérotées de 182 à 187 – la planche 185 étant absente –, elles regroupent quatre-vingt-dix-huit clichés. Ces cinq planches ne constituent en réalité que les vestiges d’un ensemble beaucoup plus vaste, composé d’environ 2 700 photographies consacrées principalement à l’Occupation allemande, aux dignitaires nazis et aux activités de la Wehrmacht. Rien ne permettait donc, à première vue, de mesurer la portée historique de ces quelques pellicules.
Grâce à un minutieux travail d’identification, les images révèlent leur cohérence : elles documentent l’intégralité du parcours des hommes arrêtés lors de la rafle du 14 mai 1941, depuis leur arrivée au gymnase Japy, véritable « souricière » mise en place par les autorités, jusqu’à leur internement dans les camps du Loiret.
Cette découverte revêt une importance considérable. Les traces visuelles de la persécution des Juifs en France demeurent en effet extrêmement rares, et de nombreuses rafles n’ont laissé aucune image connue. Plus encore, ces photographies offrent un regard inédit sur les événements. Contrairement aux clichés diffusés par la presse collaborationniste, elles montrent les lieux de l’arrestation sous différents angles et redonnent une place aux victimes ainsi qu’à leurs proches. Les familles des hommes arrêtés, longtemps absentes ou déshumanisées dans les représentations de l’époque, apparaissent ici dans l’émotion des adieux, sous le regard des voisins et des curieux.
Harry Croner : un photographe de propagande au destin paradoxal
La question de l’auteur et de son intention se pose avec force. Lior Lalieu se charge de présenter le photographe et retrace minutieusement le processus qui a permis de l’identifier grâce au croisement de différents fonds d’archives, à l’étude des planches-contact retrouvées et à l’analyse des circuits de production de la photographie de propagande allemande. Cette démarche permet non seulement d’attribuer avec certitude les clichés à Harry Croner, mais aussi de reconstituer les conditions de leur réalisation au sein de la Propaganda Kompanie (PK), l’unité de propagande de la Wehrmacht.
Né à Berlin en 1903, Harry Croner est considéré par les autorités nazies comme un « demi-Juif » en raison de ses origines familiales. Malgré cette classification discriminatoire, il est mobilisé dans la Wehrmacht et affecté à une Propaganda Kompanie entre 1940 et 1941. Quelques mois après avoir réalisé son reportage sur la rafle du « billet vert », il est toutefois déclaré inapte au service militaire lorsque les autorités découvrent l’origine juive de son père. La persécution le rattrape ensuite progressivement : il doit abandonner son activité professionnelle, avant d’être interné dans un camp de travail en 1944. Il est finalement libéré en 1945.
Cette trajectoire singulière nourrit l’une des interrogations les plus stimulantes du livre. Certaines photographies montrent Croner au plus près des autorités allemandes. L’un des clichés réalisés à la gare d’Austerlitz suggère même une certaine familiarité avec Theodor Dannecker, principal responsable de la politique antijuive allemande en France et superviseur de l’opération.
Pour autant, plusieurs images se distinguent nettement des codes habituels de la propagande nazie. Là où celle-ci privilégie généralement la mise en scène de l’efficacité administrative ou de la puissance de l’occupant, Croner s’attarde sur les visages, les gestes et les émotions : des hommes qui attendent, des couples qui s’embrassent avant la séparation, des femmes et des enfants venus accompagner leurs proches. De nombreux clichés refusés par la censure semblent ainsi accorder une place centrale à l’expérience humaine des victimes.
Jean-Marc Dreyfus apporte quant à lui un éclairage historique particulièrement précieux en contextualisant le statut de Mischling (« demi-Juif ») dans l’Allemagne nazie.
Les auteurs se gardent néanmoins de toute interprétation psychologique rétrospective. Ils ne cherchent ni à faire de Harry Croner un résistant caché ni à minimiser son appartenance à l’appareil de propagande allemand. Ils soulignent plutôt toute l’ambiguïté d’un parcours individuel pris dans les contradictions du système nazi : celui d’un photographe mobilisé au service de la propagande du Reich, mais lui-même visé par les politiques raciales du régime.
Aux origines de la rafle : le durcissement des politiques antijuives
Dans un chapitre particulièrement riche, Jean-Marc Dreyfus analyse la mise en place et le durcissement des politiques antijuives en France entre septembre 1940 et mai 1941, c’est-à-dire avant la rafle du Billet vert. L’auteur reprend le schéma d’analyse proposé par Raul Hilberg dans La Destruction des Juifs d’Europe : définition des Juifs, exclusion économique et expropriation, puis concentration. Son étude se concentre essentiellement sur les deux premières étapes et sur les mécanismes qui préparent la troisième.
Jean-Marc Dreyfus montre que les autorités allemandes et celles de l’État français participent conjointement à la persécution des Juifs, notamment sous l’impulsion de responsables nazis comme Theodor Dannecker. Toutefois, il insiste sur le caractère largement « endogène » de la politique antisémite de Vichy : celle-ci s’inscrit dans le projet de Révolution nationale et ne résulte pas d’une simple contrainte allemande. Ainsi, dès le 10 septembre 1940, l’expulsion des Juifs étrangers est envisagée. La loi du 27 septembre 1940 sur les « étrangers en surnombre dans l’économie nationale » vise en pratique de nombreux Juifs, tandis que le premier statut des Juifs du 3 octobre 1940 les exclut de nombreuses professions. La loi du 4 octobre 1940 sur les « ressortissants étrangers de race juive » autorise quant à elle leur internement administratif.
Parallèlement, l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 définit qui est juif, impose le recensement et lance la politique d’« aryanisation » économique. Soucieux de conserver la maîtrise de ce processus, Vichy crée le Service du contrôle des administrateurs provisoires (SCAP). Dannecker cherche également à encadrer et contrôler les populations juives à travers la centralisation des œuvres de bienfaisance, la création du journal Informations juives et de l’Institut d’étude des questions juives en 1941. Sous sa pression, mais avec l’accord du régime, est créé le 29 mars 1941 le Commissariat général aux questions juives (CGQJ), dirigé par Xavier Vallat.
Enfin, l’auteur montre que l’objectif de Dannecker est rapidement l’internement des Juifs de France. Avec l’accord de Vichy, les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande sont aménagés comme camps de transit en zone occupée, préparant ainsi la phase de concentration qui s’ouvre avec la rafle du Billet vert le 14 mai 1941. L’opération est le fruit de la collaboration entre Theodor Dannecker et l’amiral François Bard, préfet de police de Paris.
Ainsi, la rafle du billet vert ne constitue pas une opération improvisée. Elle s’inscrit dans un cadre administratif et juridique mis en place progressivement depuis plusieurs mois. Le recensement des Juifs, organisé à partir de septembre 1940, fournit aux autorités françaises et allemandes un instrument essentiel pour identifier les populations visées. Les statuts des Juifs, les mesures d’exclusion économique et professionnelle ainsi que la loi du 4 octobre 1940 autorisant l’internement administratif des Juifs étrangers renforcent ce dispositif répressif. Les fichiers constitués grâce au recensement deviennent ainsi un outil central de la politique de persécution et témoignent d’une coopération déjà étroite entre les autorités allemandes et les services français.
Le piège se referme
Les hommes ciblés sont majoritairement des Juifs étrangers installés en France depuis les années 1920 ou 1930, souvent originaires d’Europe centrale et orientale. Beaucoup ont fui l’antisémitisme dans leur pays d’origine et certains ont même servi la France pendant la campagne de 1939-1940. Ceux qui avaient cherché refuge en France deviennent désormais les victimes d’une persécution menée avec le concours des autorités françaises.
Dans ce contexte, près de 6 500 convocations sont envoyées à ces hommes sous la forme de billets imprimés sur papier vert, qui donneront leur nom à l’opération. Présentées comme un simple « examen de situation », elles invitent les destinataires à se rendre dans différents lieux de rassemblement de la région parisienne. Ce 14 mai 1941, environ 3 700 hommes répondent à cette convocation. Convaincus qu’il s’agit d’une simple formalité administrative, ils se présentent volontairement et se retrouvent piégés à l’intérieur du gymnase Japy.
Ainsi, cette opération marque un tournant majeur : pour la première fois, les fichiers constitués par l’administration française sont utilisés à grande échelle afin d’organiser, sous couvert d’une simple convocation administrative, une arrestation collective de Juifs. Lior Lalieu qualifie à juste titre cette journée de véritable « souricière » : les personnes convoquées se présentent d’elles-mêmes aux autorités avant d’être arrêtées et retenues au gymnase Japy. La rafle du billet vert apparaît dès lors comme une étape décisive dans l’escalade des persécutions antisémites. Elle inaugure une politique d’arrestations massives qui se poursuit avec les autres rafles de 1941 et culmine avec celle du Vélodrome d’Hiver en juillet 1942.

A gauche, le «billet vert» adressé à près de 6500 hommes juifs étrangers. Un peu plus de la moitié se rendront à cette « invitation ». Une fois les convoqués arrivés, une liste (à droite) est remise à leurs proches, qui repartent à leur domicile faire une valise qu’ils rapportent ensuite. © Mémorial de la Shoah
Les photographies de la rafle : une source pour l’histoire
L’ouvrage reproduit les photographies retrouvées de la rafle du billet vert. Spécialiste des archives photographiques, Lior Lalieu suit le parcours des cinq pellicules conservées et décrypte minutieusement chaque cliché. La démarche permet non seulement de reconstituer avec précision le déroulement de la rafle, mais aussi de montrer comment les images peuvent enrichir, compléter et parfois renouveler les connaissances issues des archives écrites et des témoignages.
La pellicule 182 est consacrée au gymnase Japy, principal lieu de rassemblement des hommes convoqués le 14 mai 1941. Les premières photographies montrent les responsables allemands et français supervisant l’opération. On y reconnaît notamment Theodor Dannecker, représentant d’Adolf Eichmann en France et chef de la section IV J de la Gestapo chargée de la « question juive », ainsi que des fonctionnaires de la police française. Leur présence conjointe dans l’espace du gymnase met en évidence la coopération administrative et policière au cœur de la rafle. Les hommes sont regroupés dans les gradins tandis que les policiers français assurent le contrôle des lieux. Cette série révèle la présence des accompagnants, le plus souvent les épouses, encore admises dans le gymnase durant les premières heures de l’opération. Ces images inédites montrent déjà la transformation du gymnase en espace de détention improvisé et confirment plusieurs témoignages de survivants en en précisant les modalités concrètes.
À l’extérieur, le quartier apparaît entièrement quadrillé par les forces de l’ordre. Les clichés montrent les retardataires arrivant aux points de rassemblement, les femmes qui attendent des nouvelles, les voisins observant la scène depuis leurs fenêtres ou encore les familles tentant d’obtenir des informations. Peu à peu se dessine la réalité de cette « souricière » : les hommes sont venus de leur plein gré, convaincus de répondre à une simple formalité administrative, sans imaginer qu’ils seraient arrêtés puis internés.
Cette pellicule contient des images particulièrement émouvantes. Parmi elles figure celle d’un jeune couple s’embrassant une dernière fois devant le gymnase Japy. L’homme s’apprête à franchir les portes du bâtiment où le piège s’est refermé sur des centaines de Juifs convoqués par les autorités. Une autre photographie montre une femme en pleurs tenant son nourrisson dans les bras tandis qu’elle tente de discuter avec un policier français. À travers ces scènes se lisent l’incompréhension, la détresse et l’impuissance des familles confrontées à une arrestation dont elles ignorent encore les conséquences.

A l’intérieur du Gymnase Japy, Paris XIe, lieu d’arrestation des Juifs étrangers le 14 mai 1941. Une délégation allemande avec le SS Theodor Dannecker, responsable des affaires juives en France, et française conduite par le préfet de police François Bard, vient inspecter le dispositif. © Mémorial de la Shoah

Gymnase Japy : les hommes arrêtés sont parqués dans les gradins à l’étage. Le centre du gymnase est vidé. Seuls des policiers circulent. La première étape de la rafle a déjà eu lieu : les Juifs convoqués sont entrés dans la souricière. On découvre pour la première fois l’intérieur de Japy et les centaines d’hommes juifs entassés. © Mémorial de la Shoah

Gymnase Japy : certains hommes arrivent encore portant leur convocation et sont reçus par les policiers qui gardent l’entrée du gymnase. Des femmes avec enfants arrivent avec des valises et de paquets. Les scènes suivantes montrent qu’elles font la queue et attendent leur tour pour donner les valises. © Mémorial de la Shoah
Les pellicules 183 et 184 documentent ensuite le transfert vers la gare d’Austerlitz. Les hommes sont conduits vers des autobus puis escortés jusqu’aux trains qui les acheminent vers les camps du Loiret. Le reportage permet ainsi de suivre l’ensemble de la chaîne répressive, depuis la convocation jusqu’à l’internement. Plusieurs clichés montrent les longues files d’épouses revenues apporter vêtements et provisions, ainsi que les regards inquiets des femmes maintenues à distance. À la gare d’Austerlitz, une photographie particulièrement éloquente présente Theodor Dannecker au premier plan tandis qu’à l’arrière-plan les hommes arrêtés montent dans les trains, illustrant de manière saisissante les rapports de pouvoir à l’œuvre et le rôle central de l’organisateur de l’opération.
Enfin, les pellicules 186 et 187 montrent les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande quelques jours après la rafle. Elles offrent notamment une vue inédite du hangar noir de Pithiviers, dont aucune image n’existait jusqu’alors, espace qui deviendra central dans l’internement des Juifs et, plus largement, dans la mémoire des déportations issues notamment de la rafle du Vel d’Hiv. Le reportage s’achève par plusieurs vues du camp de Beaune-la-Rolande, parmi lesquelles figure la célèbre photographie d’un gendarme surveillant le camp depuis son mirador, image reprise plus tard dans le film Nuit et Brouillard d’Alain Resnais. Ces clichés permettent de découvrir pour la première fois certains espaces des camps et de mieux comprendre les conditions d’internement des hommes arrêtés lors de la rafle.

Au bout de quelques heures, les hommes quittent les lieux sous la garde des policiers et doivent monter dans des autobus réquisitionnés pour leur transfert à la gare d’Austerlitz. © Mémorial de la Shoah

Le gendarme à gauche de la photo, posté dans un mirador, surveillant le camp de Beaune la Rolande, est la photo emblématique du film Nuit et Brouillard, censurée à sa sortie en 1955. © Mémorial de la Shoah
À travers l’ensemble de ces photographies apparaissent les différents acteurs de cette journée : les victimes, leurs proches, les policiers français, les gendarmes chargés du transfert, les responsables allemands qui supervisent l’opération, mais aussi les témoins ordinaires. Les images donnent à voir la matérialité de la persécution tout en restituant les émotions, les attitudes et les rapports de domination qui échappent souvent aux seules archives administratives. Surtout, certaines d’entre elles constituent les seules preuves visuelles connues d’événements jusqu’alors documentés uniquement par les témoignages des survivants. Elles ne se contentent donc pas d’illustrer l’histoire : elles deviennent elles-mêmes des sources historiques majeures et démontrent de manière convaincante la contribution essentielle de la photographie à l’écriture de l’histoire de la persécution des Juifs en France.
Les Propaganda Kompanien : les soldats de l’image au service du Reich
Jean-Marc Dreyfus consacre également plusieurs développements aux Propaganda Kompanien (PK), ces unités de propagande intégrées à la Wehrmacht. Composées de photographes, de cameramen, de journalistes et de techniciens professionnels, elles sont chargées de documenter les opérations militaires et politiques du Reich tout en produisant les images destinées à la propagande allemande.
Placées sous le contrôle du ministère de Joseph Goebbels, les PK disposent de moyens techniques importants et bénéficient d’un accès privilégié aux événements. Les pellicules sont développées dans des laboratoires militaires puis soumises à un contrôle rigoureux avant toute diffusion.
L’auteur rappelle également que les photographes des PK occupent une place dominante dans la production d’images publiques sous l’Occupation. Dans un contexte de contrôle étroit de la presse et des agences photographiques, ils sont souvent les seuls à pouvoir documenter certains événements. Cette mise au point est essentielle pour comprendre la nature du corpus étudié : les photographies de la rafle du billet vert sont produites dans un cadre propagandiste précis, ce qui impose de les analyser avec prudence tout en reconnaissant leur valeur documentaire exceptionnelle.
Un outil pédagogique de premier ordre
Pour les enseignants de collège comme de lycée, le livre constitue une ressource de tout premier ordre. Il permet d’aborder la mise en œuvre des politiques antisémites, le rôle des autorités françaises dans la persécution, les mécanismes de l’internement et les premières étapes de la déportation. Il offre également un remarquable support d’éducation à l’image, en invitant les élèves à réfléchir aux conditions de production et aux usages des photographies. Ces clichés constituent en effet des supports de travail concrets pour aborder l’analyse critique des sources, la démarche de l’historien et la construction de la mémoire. Ils permettent d’incarner des parcours individuels souvent réduits à des statistiques et de développer les compétences d’observation, de contextualisation et d’interprétation des documents historiques.
Surtout, les enseignants y trouveront les clés indispensables pour exploiter ces documents avec toute la rigueur nécessaire : contexte historique, identité du photographe, fonctionnement des Propaganda Kompanien, conditions de prise de vue, parcours des images et précautions d’interprétation. Les auteurs montrent comment identifier un photographe, retracer la circulation d’une image, comprendre les intentions qui président à sa réalisation et confronter les photographies aux autres sources disponibles.
En redonnant un cadre précis ainsi qu’une analyse à des clichés appelés à devenir des documents majeurs pour l’étude de la Shoah en France, Jean-Marc Dreyfus et Lior Lalieu livrent un ouvrage appelé à faire date. À la fois enquête historique, réflexion sur les images et outil pédagogique, ce livre constitue une ressource précieuse pour tous les enseignants désireux de transmettre cette histoire avec précision, nuance et exigence.



