Dans son prologue, l’historien Alessandro BarberoIl a a écrit Charlemagne, un père pour l’Europe en 2004 (Payot), Dante en 2021 (Flammarion). souhaite retracer cette bataille, une bataille qui a changé l’histoire du monde mais qui n’a pas eu le même engouement que Waterloo. Pour certains, elle marque la fin de l’Antiquité et le Moyen Age car elle déclenche des événements qui, un siècle plus tard, a pu entrainer la chute de l’Empire romain d’Occident.
Les caractéristiques de l’Empire romain au IVe siècle
C’est un empire immense, coïncidant avec la mer Méditerranée, centre névralgique et cœur palpitant de l’empire. Cet empire a son barycentre en Orient depuis Constantin. L’image négative de cet empire provient de l’ouvrage de Gibbon qui a écrit une Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain (1776-1788). Au contraire, au IVe siècle, l’empire se porte mieux qu’au IIIe siècle à la suite d’empereurs issus du milieu militaire, énergiques : l’économie fonctionne, l’argent circule, des cités sont prospères. En 378 ? Rome n’est pas en déclin moral et culturel.
Les relations entre l’empire et les barbares
L’empire romain n’est pas en déclin et c’est pour cette raison que les barbares désirent s’y installer. Le seul empire redoutable pour les Romains est l’empire perse. Les populations des steppes danubiennes représentent une autre menace contrairement aux Germains, agriculteurs depuis longtemps. Les Romains ont une attitude ambivalente face aux barbares : ils considèrent les barbares comme des brutes, une force de la nature mais les Romains les utilisent comme main d’œuvre. Les barbares qui rentrent dans l’empire sont des barbares soumis et
Les relations entre les Goths et Rome
Les Goths ont une langue indoeuropéenne, proche des langues germaniques, le gothique. Ils ressemblent aux Germains, grands et blonds, signes d’infériorité pour les Romains. Ce sont de très bons cavaliers, pratiquant l’agriculture et l’élevage. Les chefs goths, avant la bataille, avaient pris l’habitude de passer des accords permanents avec le peuple romain. L’armée romaine utilise régulièrement des mercenaires goths et leurs revenus leur permettent d’être relié aux Romains, créant une dépendance. Certains Goths ont commencé à se convertir au christianisme, mais particulièrement l’arianisme, ce qui provoque des problèmes avec l’empire. L’empereur Valentinien, en 364, prend le pouvoir et installe son frère Valens en Orient. Celui-ci est arien et persécute les chrétiens. Les Goths étaient liés à la famille de Constantin et Procope, un membre de sa famille, voulut usurper le contrôle de l’Orient. Les Goths ont voulu le soutenir face à Valens. Celui-ci impose un traité aux Goths en 369 : ne pas exterminer les Goths mais encourager leur intégration. Dans la réalité, l’intégration est possible seulement si les Goths deviennent de la chair à canon pour lutter contre l’empire perse en leur supprimant les fournitures de blé prévues à l’origine par Constantin. Cette situation a provoqué un afflux d’esclaves goths dans l’empire.
L’urgence humanitaire de l’année 376
Les barbares du Nord se mettent en mouvement et affluent vers le Danube face à l’avancée des Huns. L’empereur est occupé par l’empire perse. Les Goths, entassés le long du Danube, n’avaient pas de vivres et se retrouvaient démunis. L’empereur accepte de les accueillir en leur demandant de passer le fleuve sans armes et en les enrôlant dans l’armée. C’est pourquoi ce sont principalement des hommes qui passèrent et dans la plus grande confusion. Le comte Lucipinus envoie les Goths et leurs chefs en Thrace, dans les terres pour les évacuer. Ils ont atteint Marcianopolis en Bulgarie actuelle. Pensant que leurs chefs avaient un problème, les Goths ont commencé à se révolter et leurs chefs les ont rejoints.
Le déclenchement de la guerre
C’est la conséquence du sentiment de trahison des Goths envers les Romains. Lucipinus rassemble ses troupes et s’apprête à livrer bataille. Même si les Goths n’avaient d’un équipement de fortune, les Romains ne réussissaient pas à s’imposer devant Marcianopolis. Fritigern, le chef des Goths, était maître des campagnes thraces. A Andrinople, deux chefs goths étaient au service des Romains. L’empereur décida de les faire rejoindre les autres troupes gothiques en Mésopotamie. Ils demandèrent deux jours pour se préparer mais le premier magistrat de la cité leur ordonna de partir immédiatement et mis en alerte sa population. Les Goths partirent sous les pierres. Ils rejoignirent Fritigern pour se mettre en marche sur Andrinople et laver l’affront fait. Ils commencèrent à piller les campagnes thraces pour nourrir leurs familles.
La bataille des Saules
Au lieu de privilégier une technique de contre-guérilla pour affaiblir les Goths, les Romains voulurent encore une fois combattre en territoire découvert. Il se réunirent vers le Danube, près d’un territoire nommé les Saules. Valens avait été rejoint par un général de l’empereur d’Occident, Richomer, un Franc. Ce renfort était plus symbolique qu’efficace. Face à la déroute des Romains, le contingent romain d’Occident décida de partir et les Romains marchèrent vers le Sud. Face à l’incapacité des Romains de régler le problème goth, les Goths continuèrent à piller le sud de la Thrace.
L’empire et le problème de sa défense
Les soldats romains sont surtout des gardes-frontières. Les Romains décidèrent de fermer l’accès aux cols balkaniques pendant l’été 377. Les Goths ne purent y passer. Les Romains pensèrent que les Goths allaient mourir de faim et de froid pendant l’hiver mais les chefs goths demandèrent de l’aide vers les plaines du Danube, aux Alains et à certaines tribus hunniques qui voyaient par cette occasion un moyen de piller encore plus l’empire romain. Pendant l’automne 377, les Goths décidèrent de continuer à piller mais essayèrent de détruire les contingents romains isolés. Les Goths décidèrent de jeter leurs dévolus sur un commandant d’origine germanique, Frigéridus, qui n’avait pas participé à la bataille des Saules à cause d’une goutte. Il décida de partir vers l’Illyrie. Il arrive à mater quelques Goths, qu’il fait prisonniers. Cela montre le besoin de main d’œuvre des Romains, ainsi que leur sentiment de supériorité.
Valens rentre en action
Valens partit d’Antioche pour Constantinople mais n’y resta pas longtemps. Il voulait que les deux empereurs prennent en tenaille les Goths en Thrace avec l’empereur Gratien. En attendant, Valens rappelle Sebastianus, un général à la retraite, pour mener des actions d’harcèlement contre les Goths, qui réussissent.
La bataille d’Andrinople le 9 août 378
Le 8 août 378, une ambassade est envoyée à l’empereur par Fritigern, composée d’un prêtre et de personnes ordinaires. Fritigern demande que la promesse soit tenue et face aux velléités de ses soldats, une démonstration de force de l’empereur pour qu’ils prennent peur face à la grandeur de Rome. Le 9 août, les troupes romaines se mettent en route pour rencontrer les Goths. Les négociations trainent : les soldats romains ont soif, des incendies ont été faits par les Goths, les deux camps s’insultent, les Goths attendent la cavalerie composée d’Huns et d’Alains. Fritigern veut bien négocier si un Romain de haut rang vient dans le camp goth : Richomer se porte volontaire. Face aux provocations des deux camps, Richomer opère un demi-tour et sauve sa peau. Les négociations sont enterrées. Les Romains perdirent cette bataille face à la prépondérance de la cavalerie ennemie comme à Cannes face à Hannibal. L’empereur perd la vie ainsi que de très nombreux soldats romains expérimentés et des généraux.
Les conséquences de cette défaite romaine
Cette bataille jouait sur la peur ancestrale des Romains : celle des barbares. Peur que la civilisation ne perde face à la barbarie. Les Romains pensaient que Valens, par sa personnalité, étaient voué à finir mal. Pour les catholiques, c’était la défaite d’un défenseur de l’arianisme. Cette bataille a marqué les esprits et a pu aussi être considérée comme un tournant pour l’empire romain : dernière bataille de légion, début d’une série de longue crise. Rapidement, les Goths se mirent en route vers Andrinople pour en faire le siège. Mais ils préférèrent partir et éviter les grandes villes telles que Constantinople.
L’arrivée de Théodose
Choisi par l’empereur de l’empire romain d’Occident, Gratien, en janvier 379. Il avait le sens politique : il mit fin aux querelles théologiques en signant un édit en 380 qui disait que l’empire était catholique ; en 392, tous les temples et rites païens étaient interdits. Pour lutter contre les Goths, il recruta des conscrits dans chaque exploitation sans système de dérogation, des immigrés, des sans domiciles fixes, des fils de soldats. Une armée a été reconstituée tant bien que mal. Après la victoire d’Andrinople, les Goths se divisèrent et n’arrivèrent pas à gagner des places fortes pour passer l’hiver. L’empereur arriva à récupérer des territoires petit à petit et Fritigern se sentit prêt à négocier. Théodose avait une volonté d’intégrer les Goths en leur donnant des terres et en leur faisant incorporer l’armée, en 382, même s’il était difficile d’oublier les pillages, Andrinople et la mort de Valens. Une dizaine d’années plus tard, les Goths, incorporés dans l’armée, reprenaient les valeurs romaines.
Un camp anti-barbare apparait
Même si les Goths devenaient indispensables dans la défense de l’empire par leur rôle dans l’armée. Ce courant considérait comme dangereux de permettre aux Goths d’atteindre de hautes fonctions. Alaric est la figure emblématique de la faiblesse de l’empire après la défaite de 378. Les mercenaires étaient devenus indispensables mais ils ne restaient que s’ils étaient payés. Alaric avait deux identités : une en étant chef militaire goth négociant avec les Romains et une seconde comme général romain. 378 est une date importante : elle marque une accélération du processus d’intégration des populations barbares à l’empire, qui a modifié sa société, son armée et même son gouvernement. Le gouvernement en Orient a déplacé le problème vers l’ouest par des promesses et c’est ainsi qu’Alaric se retrouva maître de l’Italie. 410 a marqué la fin de l’unité du monde romain autour de la Méditerranée. Les populations barbares sont rentrées plus importantes à l’ouest.
C’est un très bon livre sur la bataille d’Andrinople. Même si l’auteur utilise des sources pour expliquer les raisons, le déroulement et les conséquences de cette bataille, j’aurais apprécié avoir plus de notes de bas de pages et ne pas attendre la fin de l’ouvrage pour avoir accès à une bibliographie commentée. Depuis une vingtaine d’année, la recherche historique sur la fin de l’empire romain a évolué et s’est étoffée.
Recension d’Aurélie Musitelli – Skarzynski


