L’autrice est hydrologue et elle raconte dans cet ouvrage son rapport personnel à l’eau mais surtout l’importance de cette ressource. Organisée en plusieurs chapitres, cette bande dessinée veut sensibiliser et alerter le public sur les enjeux cruciaux représentés par l’eau.

Au départ

L’album commence en racontant l’importance de son enfance qui a façonné son rapport à la nature. Elle découvre alors l’eau qui façonne les paysages et acquiert la conviction qu’elle veut faire un métier en rapport avec cet élément.

Devenue plus tard hydrologue et mère de famille, elle discute avec sa fille autour des enjeux de l’eau. A plusieurs reprises, l’adolescente se trouve un peu désemparée face aux défis à relever. Tout part de la simple étiquette d’un pull d’un nouvel habit.

Du coté de l’Inde

Après un rappel historique sur quelques grandes étapes du pays, l’autrice insiste sur l’importance de l’eau pour arriver à nourrir une population très nombreuse. Il faut irriguer les cultures pour les rendre plus productives. Plusieurs solutions sont utilisées dont les pompes mais elles se révèlent des solutions à court terme. Aujourd’hui, plus de la moitié de l’électricité consommée par les États indiens sert à l’irrigation par pompage des nappes phréatiques. On retrouve le rapport avec l’étiquette du début de la conversation car l’industrie textile tourne à plein dans certains endroits de l’Inde. L’eau est puisée 24 h sur 24 et les petits paysans la vendent pour subsister.

La mer d’Aral

La mer d’Aral constitue un exemple devenu tristement célèbre d’une mauvaise gestion de l’eau. Au temps de la guerre froide, détourner des fleuves était vu comme une manière d’exprimer la puissance de son modèle.

On n’hésite pas non plus à déplacer de force des personnes. Le gigantisme des aménagements est un gage d’efficacité. Les champs de coton développés en Ouzbékistan deviennent une vitrine du modèle soviétique.

L’irrigation massive fait remonter le sel dans les sols et aujourd’hui la moitié des terres du pays est salée. Les conséquences sanitaires sont dramatiques avec une baisse d’espérance de vie et un bébé sur vingt nait avec une malformation. L’autrice en profite pour faire un arrêt sur le cycle de l’eau.

Voyage en terres kogi

Le voyage convie ensuite le lecteur au cœur de la Sierra Nevada. Les Kogi sont les gardiens millénaires d’uns sagesse ancestrale. Ils sont porteurs d’une responsabilité, celle de protéger la Terre mère.

L’autrice se rend sur place avec comme objectif que se construisent des échanges entre les Kogi et les scientifiques. Le but est de créer un espace de dialogue entre leur savoir ancestral et les approches scientifiques. Les Kogi ont réussi à redonner vie à des espaces qui avaient été dévastées par l’élevage extensif et l’exploitation du café. On remarque que la nature peut être résiliente.

Aujourd’hui, les forêts couvrent 30 % des terres émergées de la planète. Pourtant, 13 millions d’hectares disparaissent chaque année. Une double page résume ensuite la situation de la déforestation mondiale.

En savoir plus sur l’hydrologie

Ce passage montre comment l’hydrologie s’est développée.

L’un des premiers à proposer une vision du cycle de l’eau est Platon. Chaque époque a cru détenir la vérité. Elle montre les différents jalons historiques et précise les notions comme celle de bassin versant.

Ensuite, elle revient sur le cycle de l’eau mais en l’étoffant. Il n’est pas aussi simple que ce qu’on dit à l’école. On découvre notamment une bactérie avec un pouvoir incroyable qui aide les nuages à produire de la pluie. Cependant, elle ne survit pas à des températures supérieures à 30 degrés. En parallèle on constate aussi que les pluies diluviennes deviennent de plus en plus extrêmes.
L’autrice détaille ensuite les différentes dimensions à prendre en compte comme l’atmosphère. Elle insiste sur le fait qu’on est trop focalisé sur le CO2 alors que bien d’autres indicateurs sont à prendre en compte.

La spécialisation des scientifiques a pour conséquence paradoxale la difficulté à penser le tout comme un système. La mère et sa fille discutent ensuite des manières possibles d’agir. Il y a en tout cas urgence quand on sait que l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde.

Et demain ?

Une autre carte très utile récapitule les différents phénomènes climatiques qui touchent la planète. En Russie, même aux confins du Nord, des vents violents et des sécheresses et canicules frappent fort et personne n’est épargné. En Australie, des records de température sont battus et provoquent des incendies. Ce pays est l’un des plus gros exportateurs de charbon au monde et l’un de ceux qui subissent le plus le réchauffement climatique.

L’album pointe aussi d’autres risques comme les pfas (composés chimiques de synthèse).

La BD se termine avec un retour à la nature dans le Cantal. Les échanges entre la mère et la fille insistent sur les raisons d’espérer car il y a des exemples de régénération dans le monde qui marchent.

Dans une postface de quatre pages, Emma Haziza revient sur la genèse de cette bande dessinée et ses motivations. Cet album explore de multiples pistes, parfois techniques. Il s’agit de comprendre par exemple l’idée de système pour appréhender l’eau. Certains passages se révèlent moins fluides que d’autres.