Cette bande dessinée explore à travers neuf récits d’exil l’histoire migratoire française. Elle offre une trame chronologique des différents types de migrations qui ont marqué la France depuis le XVIII e siècle et fait écho au parcours permanent du Musée national de l’histoire de l’immigration.

Des objets pour entrer dans l’histoire des hommes

Lors d’une visite au musée de l’histoire de l’immigration, deux lycéens Anna et Idriss se retrouvent enfermés dans les réserves. Soudain, les objets prennent vie et racontent à travers neuf récits d’exil l’histoire migratoire française. A chaque étape, le lecteur découvre donc une facette de l’histoire de l’immigration en France et des informations supplémentaires sont abordées par la guide qui poursuit la visite. Flore Talamon a déjà publié une douzaine de romans pour adolescents avant de devenir scénariste. Elle a notamment réalisé le roman graphique «  Refuznik. URSS, l’impossible départ ». Bruno Loth est dessinateur. Ses bandes dessinées racontent à travers des personnages historiques des évènements qui ont marqué l’histoire comme la guerre d’Espagne.

Au XVIII e siècle

Le premier voyage transporte les deux adolescents en pays ibo. On suit des esclaves venus d’Afrique conduits jusqu’à la Martinique. L’ile est alors le grand domaine de la canne à sucre. 12 millions d’Africains ont été déportés et on estime que 1,8 million de personnes sont mortes pendant les traversées. Le Code noir donna un cadre légal à la traite négrière et à l’esclavage dans les colonies. La deuxième entrée permet de suivre les traces de William. Ce jeune Anglais est tombé amoureux d’une Française dont la famille penche du côté de la royauté. Il assiste au début de la Révolution française puis retourne en Angleterre. Cependant, l’ambiance change en 1793 car l’Angleterre s’allie contre la France et tous les Anglais deviennent des ennemis.

Polonais et Italiens

Au XIX e siècle, des Polonais se sont enfuis en France et il ne s’agit pas que du célèbre Chopin. On leur proposa de servir dans une légion composée d’étrangers destinée à soutenir la conquête de l’Algérie. Plus près de nous, beaucoup d’Italiens migrèrent en France à la fin du siècle. Arrivées à Nice, des jeunes filles travaillaient dans des manufactures de tabac pour la fabrication des cigares. Il existait une solidarité entre gens du Piémont. Les Italiens se caractérisaient par l’importance des syndicats, de l’anarchisme et de la religion. La bande dessinée évoque les évènements d’août 1893 à Aigues-Mortes.

Les migrations du début du XX e siècle

L’ouvrage convoque ensuite les Indochinois qui furent recrutés comme soldats pour servir la métropole. Cela a pu être une chance de promotion pour certains. On découvre le cas de Jordi, parti travailler en France en 1931. Mais, quand la guerre civile espagnole commence, il choisit de retourner dans son pays pour aider les Républicains. En 1939, la frontière avec la France se ferme et on découvre les conditions de vie des réfugiés espagnols dans le camp d’Argelès-sur-Mer. Certains deviennent résistants en France durant la Seconde Guerre mondiale. Certains appartenaient au XIVe corps de guérilleros, un mouvement créé par le Parti Communiste espagnol et qui agit en zone sud. Ils menèrent des actions avec les Francs Tireurs Partisans.

L’immigration algérienne

On suit Yacine qui vivait à Villeurbanne en 1953 avec des conditions de logement difficiles. Il est victime du racisme ordinaire comme en témoignent plusieurs scènes du quotidien. Il subit les pressions de ses employeurs il et a toutes les peines du monde à se faire payer ses heures de travail. Certains ont adhéré à la CGT, syndicat qui se caractérise alors par son anticolonialisme. On suit donc Yacine tout au long de l’évolution de la guerre d’Algérie.

Vasco, un Portugais en France

Vasco, jeune Portugais dans les années 60, vit dans une société corsetée et cadrée par la police politique, la PIDE. Son père soutient le régime, ce qui provoque une brouille entre eux. En plus, Martin, un de ses amis, reçoit une convocation pour servir dans l’armée. Rappelons qu’à l’époque le pays possède encore des colonies en Afrique. Vasco décide de partir en France grâce à des passeurs où il retrouve d’autres Portugais. Il utilise la chanson pour faire passer des messages très politiques sur la situation du Portugal.

L’immigration sénégalaise

Cet exemple d’immigration est abordé par le cas de Fatou qui vivait au Sénégal dans les années 1970. Elle est assez vite repérée par ses professeurs qui la poussent à venir étudier en France. Titulaire d’une bourse, elle suit une classe préparatoire. Elle participe à la marche contre le racisme de 1983 et on la retrouve aussi mobilisée lors de l’évacuation de l’Église Saint Bernard en 1996. Elle y rencontre d’ailleurs Madame Cissé, une militante féministe sénégalaise, figure de proue du mouvement et qui fut aussi étudiante dans le même lycée que Fatou où elle y mena une lutte en 1968.

A travers des histoires incarnées, cette bande dessinée retrace plus de deux siècles d’immigration en France. Il s’agit certes d’histoires inventées mais toutes vraisemblables.