Sorti à la veille de cette rentrée 2026 et, surtout sur cette année d’échéance électorale cruciale, cet ouvrage du Café Pédagogique coordonné par sa rédactrice en chef, Djéhanne Gani, et par le pédagogue Philippe Meirieu, arrive à point nommé pour faire le point sur l’état de l’école française avec un grand « E ».

Insatiable et infatigable contributeur du fait éducatif, le Café Pédagogique nourrit le débat depuis longue date tant en documentant des situations locales qu’en proposant des analyses globales. Le Café Pédagogique a su s’imposer comme un pivot incontournable à la croisée de multiples acteurs qui reconnaissent son action en lui offrant ici de nombreuses réflexions.

Le plan est intéressant car il démarre sur l’idée que l’éducation n’est pas l’apanage de la seule école et que celle-ci façonne la société de manière plus large. Les géographes seront intéressés par la place de l’enfant en ville, véritable impensé urbanistique ainsi que par les réflexions sur la carte scolaire sur fond de rentabilité à court terme avec la fermeture de nombreuses classes qui fait toujours le jeu de l’école privée.

Bien sûr, l’école c’est aussi les contenus, les méthodes et les démarches. Il convient de ne pas négliger l’EMC, l’EMI, la laïcité naturellement dans le but de donner à lire le monde. La proposition de Corentin Humeau d’ouvrir l’histoire-géographie aux parents lors « d’ateliers de co-éducation » est séduisante pour leur faire comprendre que le contenu de ces disciplines ne fonctionne pas sur une logique de « par cœur » et que les questions abordées sont, par nature, socialement vives. Lucie Gomez enfonce le clou avec un plaidoyer pour le décloisonnement des savoirs en articulation avec les « éducations à ». De manière plus large, certaines contributions invitent à faire un pas de côté et regarder ce qui se passe « avant », « après » et « ailleurs ». Rares sont ceux qui s’intéressent au degré, voire au cycle qui précède ou qui suit le leur, il en est de même pour les filières parallèles.

Investir dans l’éducation c’est enfin mettre des moyens et surtout repenser une institution sclérosée dans son fonctionnement. Réformer les programmes et les concours n’est qu’un pis-aller si de l’argent n’est pas massivement mis dans la formation. Sur la formation continue, on appréciera les réflexions des Ceméa qui proposent une obligation de formation tous les cinq ans ainsi qu’un congé de formation longue en milieu de carrière. Ces options ne doivent pas être un luxe. La question du cloisonnement des compétences des uns et des autres devra aussi un jour être interrogée. Le texte de Régis Malet et Jean-Pierre Véran est, à ce titre, tout à fait explicite (et j’en sais quelque chose) : le culte du diplôme initial et l’impossibilité de reconnaître les acquis et de naviguer entre les corps figent les carrières et pénalisent à vie celles et ceux qui n’ont pas réussi « au bon moment » et qui n’ont pas empilé les lignes du CV dans le bon ordre.

Sur la forme, l’opus a réuni des textes compacts, limpides et engagés. Certaines questions sont présentes dans deux parties, signe de leur importance dans ce débat. La grande variété et complémentarité des auteurs fera écho chez les différents professionnels qui font vivre l’école et qui se reconnaitront (praticiens, chercheurs, syndicalistes, responsables associatifs…) faisant de cet écrit un vrai manifeste comme Djéhanne Gani et Philippe Meirieu ont choisi de l’appeler. Puisse cet ouvrage se faire entendre du côté de nos politiques et cette recension contribuer à sa visibilité.