Parue dans la collection Signé du Lombard, cette bande dessinée de Tristan Roulot et Mikaël plonge au cœur du petit port de Peggy’s Cove, en Nouvelle-Écosse, en 1914. Entre océan, village isolé et secrets enfouis, l’univers de la BD mêle suspense, mystère et vies de femmes face aux défis de la côte nord‑canadienne.

Les gardiennes de Peggy’s Cove

En 1914, le petit port de pêche de Peggy’s Cove, en Nouvelle-Écosse, vit dans l’attente anxieuse du retour des hommes partis en mer pour leur campagne de pêche au large de Terre-Neuve. Loin des tranchées où l’Europe s’apprête à sombrer dans la guerre, le village est presque entièrement peuplé de femmes, d’enfants et de vieillards, et la tension monte alors que les bateaux tardent à rentrer.

Une nuit sans lune, un jeune marin blond, moustachu et couvert de tatouages, échoue sur les récifs du littoral. Découvert et secouru par les habitantes du village, il se réveille amnésique dans l’auberge de Peggy’s Cove. Dans le village, certaines femmes ont la volonté de l’aider, d’autres se montrent méfiantes à son égard. Mais bientôt, deux hommes venus d’Halifax, membres de la pègre et à la recherche d’un navire disparu, débarquent dans le village, menaçant de semer le chaos.

Face à ce tourbillon de danger, cinq femmes liées par un lourd secret prennent les devants pour protéger leur communauté. Entre suspense, solidarité et mystère, elles s’imposent comme le cœur battant de Peggy’s Cove, prêtes à tout risquer pour préserver la tranquillité et l’équilibre de leur port isolé.

Un naufragé, cinq femmes et des mystères

Parue au sein de la collection Signé du Lombard, Sœurs des vagues s’impose d’emblée comme une œuvre saisissante et subtile. Entre roman noir et fresque sociale, elle transporte le lecteur dans le quotidien des communautés de pêcheurs du début du XXᵉ siècle, où la mer impose ses lois et sculpte les destinées. Les femmes y occupent une place prépondérante : elles vivent dans l’attente et la rudesse, affrontent l’incertitude et l’âpreté d’un quotidien façonné par les caprices du littoral, et n’hésitent pas à prendre des décisions extrêmes pour protéger leur famille.

Tristan Roulot et Mikaël, tous deux originaires du Québec, tissent ici un huis clos en plein air. L’intrigue s’articule autour du mystère entourant un marin échoué et les secrets enfouis de chacune des femmes du village. À travers ce microcosme isolé, les auteurs sondent la condition féminine de l’époque, où l’austérité rime souvent avec survie. Certaines cherchent des alternatives pour subsister dans ce monde impitoyable. L’atmosphère maritime, à la fois envoûtante et menaçante, amplifie le suspense lié aux naufrages et aux disparitions.

Les dessins de Mikaël, à la fois maîtrisés et expressifs, confèrent à chaque femme une identité physique et un caractère bien distincts. Les paysages nord-canadiens, rudes et tourmentés, sont magnifiquement rendus, et les couleurs somptueuses plongent le lecteur au cœur de ce littoral isolé et impitoyable.

 

En somme, Sœurs des vagues est une œuvre où polar, chronique sociale et mystère s’entrelacent, servie par un duo d’auteurs qui donne vie à un récit poignant, visuellement époustouflant et profondément humain. Une bande dessinée à lire absolument pour quiconque apprécie les histoires de mer, de femmes courageuses et de secrets bien gardés.