Qu’est-il advenu des restes de Toussaint Louverture, après sa mort en captivité au Fort de Joux, dans le Doubs ?
Tel est le sujet de cette BD de Sadri Khiari, au graphisme plutôt sombre.
L’enquête commence à la mort de Toussaint Louverture le 7 avril 1803, il meurt de froid dans cette sinistre cellule du fort. L’autopsie le dit mort d’une pneumonie, vraisemblable vu les conditions de détention et le climat du Jura. Le corps est, ensuite enterré à côté de la chapelle du fort et ses effets vendus quelques mois plus tard.
Le récit suit les différents moments retracés d’après les documents officiels, rapports administratifs qui jalonnent cette histoire qui se termine par la restitution, en 1983, après des échanges diplomatiques laborieux, d’une urne contenant un peu de la terre du fort, les restes symboliques du captif de 1803.
L’auteur, d’après la postface, s’appuie sur un ouvrage publié en 1920 : Histoire de la captivité et de la mort de Toussaint Louverture. Notre pèlerinage au fort de Joux, écrit par Alfred Auguste Nemours (éditions Berger-Levreault)Disponible en ligne : Alfred Auguste Nemours fut gouverneur militaire des arrondissements de la Grand’anse et du Cap-Haitien et ministre plénipotentiaire en France. Il a aussi publié en 1941 Histoire de la famille et de la descendance de Toussiant-Louverture.
En 1825, Charles Nodier est à la recherche de la tombe, on peut noter que c’est aussi l’année de la detteHaïti-France Les chaînes de la dette – Le rapport Mackau (1825), Marcel Dorigny, Jean Marie Théodat, Gusti-Klara Gaillard, Jean Claude Bruffaerts, Editions Hémisphères, 2021, car des habitants de Saint-Domingue souhaitent lui ériger un tombeau. De nouvelles demandes se succèdent pour une restitution des restes de ce personnage glorieux en Haïti. On voit les difficultés de l’administration qui semble en avoir perdu la trace. Des travaux ont modifié la forteresse au cours du XIXe siècle.
Il faut attendre une demande des Duvalier, père et fils, sous la présidence de François Mitterrand pour qu’une urne soit restituée pour être déposée au Musée du panthéon national haïtien (Mupanah).
Longtemps méconnu, un hommage à Toussaint Louverture a été organisé, le 7 avril 2023, par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) et la Région Île-de-France.
Cette BD se veut un hommage et une dénonciation du peu de respect pour les cendres de l’homme qui a écrit :
« En me renversant on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs, il repoussera par les racines, parce qu’elles sont profondes et nombreuses. »Citation de Toussaint sous son buste, dans le fort
Le château de Joux fait partie du circuit mémoriel de la Route des abolitions, association réunissant les communes de l’Est de la France. Il fait également partie du projet UNESCO Les Routes des personnes mises en esclavage qui s’attelle à recenser et à faire connaître à travers le monde les sites et lieux de mémoire liés à l’histoire de l’esclavage, à l’international.
Une plaque commémorative portant l’inscription « À la mémoire de Toussaint Louverture, combattant de la liberté, artisan de l’abolition de l’esclavage, héros haïtien mort déporté au fort de Joux en 1803 » est posée, en 2009, dans la crypte du Panthéon à Paris.
Pour aller plus loin : Les échanges diplomatiques sont rapportés dans «Toussaint Louverture et l’Indépendance d’Haïti, témoignages pour un Bicentenaire », de Jacques de Cauna, Éditions Khartala, 2004. Ils ont été repris dans Le Mupanah, un Monde à découvrir, de Prosper Avril, Imprimeur S. A., 2013. – Toussaint Louverture, Mémoires du général Toussaint Louverture, écrits par lui-même, réédition critique comprenant l’édition originale suivie de l’intégralité de la retranscription du manuscrit original de la main de Toussaint Louverture, préface et notes de Jacques de Cauna, Éditions La Girandole, 2009


