En 1934, Hergé souhaite se documenter afin de mieux connaître la Chine. Son objectif est d’écrire une nouvelle aventure de Tintin, connu plus tard sous le nom du « lotus bleu ». Il s’appuie alors sur les connaissances de deux religieux (Dom Edouard Neut et du Père Lou de l’abbaye bénédictine de Saint-André de Lophem-lez-Bruges) et d’un jeune shanghaïen, Tchang Tchong-jen.
Sur les traces de l’ami chinois de Hergé dans les années 1930
Cette biographie de Tchang Tchong-Jen n’est pas la première à paraître en français. L’un des intérêts de celle-ci est de présenter de nombreux documents en couleurs et du témoignage de sa deuxième fille, Tchang Yifei.
L’abbaye bénédictine de Lophem-lez-Bruges a construit des liens étroits avec la Chine. C’est en 1927 qu’une association, « le Foyer catholique » chinois, est fondée pour aider les jeunes chinois résidant en Europe. Un moine chinois, le Père Lou, menait une vie monastique en Belgique. Ancien ministère des Affaires Etrangères en Chine, il suivi sa femme de nationalité belge dans son pays (Berthe Bovy). Les rencontres entre Hergé, Tchang et le Père Lou était l’occasion de lire une abondante documentation afin de pouvoir retranscrire la Chine le plus fidèlement possible.
Né en 1907 d’un père scuplteur sur bois et d’un mère brodeuse, Tchang est catholique dès son plus jeune âge. Dès ses 20 ans, il est embauché par un magazine spécialisé dans l’art contemporain. Il réalise alors des logos, choisit les illustrations et participe activement à la réalisation de la revue. La mère de l’un des enfants à qui il donne des cours de dessin l’encourage à partir en Europe pour se former dans les Beaux-Arts. Ce sera le début d’un périple le menant jusqu’à Bruxelles.
Le voyage de la Chine à l’Europe s’effectue sur le Fushimi Maru, un cargo japonais reliant Shanghai à Marseille. Après de nombreuses escales à Hong Kong, Singapour, Colombo, Aden et Naples, Tchang atteint Marseille puis Gibraltar et Londres. Direction Bruxelles.
A la fois aquarelliste et sculpteur, Tchang commence à se faire remarquer et à remporter des prix. C’est alors que le monastère met en contact Tchang et Hergé. Le début d’une amitié qui conduira à l’écriture d’un chef d’oeuvre de la bande dessinée, le Lotus bleu.
Tchang se montre particulièrement intéressé par le projet d’une aventure de Tintin en Chine. Il a découvert la notoriété d’Hergé et comprend que par le bias de cette histoire, en principe destinée aux enfants, s’offre à lui une belle opportunité d’exposé une réalité tragique.
Depuis son arrivée en Belgique, le jeune Chinois l’a constaté avec maertume, la presse ne décit pas avec objectivité la pénible situation vécue par ses compatriotes, victimes de l’invasion japonaise. Hélas, le Japon a la cote en Belgique, même aurpès de ceux qui sont supposés défende et appuyer le point de vue des Chinois. Sa responibilité et son devoir de citoyen chinois, c’est de témoigner auprès des Occidentaux à ce sujet. […]
Avec subtilité, il va réussir à faire passer dans les cases et les bulles du Lotus bleu des idées, des slogans et de fines allusions à l’actualité de son pays. La démarche portera ses fruits parmi lea population, allant jusqu’à provoquer une plainte officielle de l’ambassade japonaise à Bruxelles. Preuve s’il en était qu’en Belgique, les aventures de Tintin ont déjà atteint un tel degré de popularité que leur diffusion n’échappe à personne, même pas aux milieux diplomatiques !
Tchang Tchong-Jen : artiste voyageur, Moulinsart/Casterman, 2025, page 79
Revenu en Chine à la fin des années 1940, devient enseignant dans le département de sculpture à l’Ecole des Beaux-Arts de Shanghai. En 1975, après de très nombreuses années sans nouvelle, Hergé écrit à Tchang pour le revoir. Son ami chinois est alors autorisé à lui rendre visite, en Belgique, en 1981. Les retrouvailles à l’aéroport de Bruxelles sont couvertes par la presse. Hergé meurt deux ans plus tard et Tchang en 1998 à l’âge de 91 ans.
Un ouvrage richement illustré qui éclaire sur la carrière et les influences de Tchang dans les albums d’Hergé consacré à la Chine (Le Lotus bleu, Tintin au Tibet).
Pour aller plus loin :
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