« Tout est bon dans le cochon » dit la formule populaire. Cette maxime n’a pas d’équivalent hors de France. Pourtant, elle dit quelque chose de vrai sur le cochon. L’animal incarne la tension permanente entre maîtrise et dépendance, progrès et précaution. Dans cet ouvrage original, Sébastien Abis, auteur d’ouvrages de prospective géopolitique, invite le lecteur à aborder le cochon sous tous ses angles.
Géoéconomie du cochon, produit phare de l’alimentation mondiale
Produit de consommation de masse, symbole culturel ambivalent, ressource économique majeure dans plusieurs régions du monde, le porc constitue un marqueur éclairant des transformations globales à l’oeuvre depuis un demi-siècle. La consommation de viande a augmenté ces cinquante dernières années. Chaque seconde 10 vaches, 47 cochons et 2400 poulets sont abattus pour leur viande. La Chine pèse pour la moitié mondiale de consommation de porc. Le commerce mondial de porcs a quadruplé de 1995 à 2025. Cependant, le porc voyage peu car sa viande est facilement périssable et son transport sur longue distance exige des chaines logistiques complexes. La moitié des plus grandes entreprises mondiales de l’industrie porcine sont chinoises.
Géopolitique du cochon, animal et produit alimentaire aux réalités contrastées
En Chine, les autorités considèrent que la qualité sanitaire des denrées alimentaires dont le porc participe à la cohésion urbaine. Le prix du porc est un indice stratégique pour le Parti communiste chinois comme l’est celui du pain dans d’autres pays du monde. Pour le Canada, 70 % de sa production porcine est vendue à l’étranger. Aujourd’hui, seulement 5 % du cheptel porcin se trouve en Afrique. Le devenir des élevages porcins en Afrique est essentiel dans la construction d’une meilleure sécurité alimentaire.
Le cochon dans tous ses états
Il est l’un des premiers animaux à avoir été domestiqués. Un cochon produit environ 70 kilos de viande utilisable. Depuis quelques années, il est aussi avantageux pour la médecine. Il possède certaines caractéristiques génétiques proches de celles de l’être humain. Longtemps reléguées aux brosses, les soies du porc entrent aujourd’hui dans le monde des fibres durables. Proche de l’homme, le cochon est donc surveillé de près. Il peut tout autant guérir que contaminer.
Le cochon creuse son sillon européen
L’élevage porcin est au coeur des sociétés rurales depuis longtemps. C’était un placement sûr et facilement mobilisable. Même s’il n’a pas bénéficié de subventions directes comme le lait, le cochon a pleinement profité des mécanismes systémiques de la PAC. Deux tendances se profilent aujourd’hui : une dépendance graduelle aux marchés asiatiques et une concurrence entre pays européens producteurs. L’auteur développe à ce titre l’exemple du Danemark qualifié de géant porcin. En France, la Bretagne regroupe 60 % des cochons présents dans l’hexagone. Il faut aussi mesurer que 70 % du coût de production d’un cochon repose sur son alimentation. Plus de 95 % de la production porcine européenne n’est constituée que de quelques races.
Le cochon exprime la différenciation française
La Bretagne s’est imposée comme le coeur de la production porcine française à partir des années 1960. Dès les années 70, les porcheries se modernisent puis à partir des années 80 des questions environnementales commencent à émerger. En Bretagne les exploitations sont plus grandes qu’ailleurs. Les porcs sont par ailleurs de plus en plus lourds atteignant, aujourd’hui 94,7 kilos par carcasse. Le lisier, longtemps perçu comme un déchet, est aujourd’hui revalorisé.
Le cochon demain
Sous forme de plusieurs chapitres, l’auteur essaye d’imaginer la place et les rôles du cochon demain. Spécialiste de prospective, il applique donc sa méthode à l’animal ce qui donne plusieurs passages étonnants. Nous sommes, par exemple, en 2050 à un moment où la population mondiale n’a jamais été aussi volumineuse et exigeante alors même que la viabilité de la planète est à rude épreuve. Les transformations du paysage religieux mondiale constituent une rupture pour les filières agricoles et alimentaires. Les musulmans représentent alors le tiers de la population mondiale contre 15 % en 2000. L’auteur imagine aussi un monde où acquérir un cochon devient une réalité. Le Dyspo-Pig que l’on garderait chez soi mais en extérieur serait capable d’assurer le nettoyage à domicile.
Au terme de ce livre, le cochon apparait comme incontournable et Sébastien Abis sait entrainer le lecteur à la redécouverte de cet animal.



