Verdun, photographier la Grande Guerre est un ouvrage publié par l’ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense). Il présente une série de clichés réalisés par les opérateurs de la section photographique de l’armée.
Deux courts avant-propos ouvrent l’ouvrage. La bataille y est rapidement présentée avec ses caractéristiques majeures, mais aussi sa dimension médiatique. Verdun relève de la guerre de l’image, ce qui explique la production des clichés présentés. Néanmoins, deux limites importantes sont explicitées : d’abord, les opérateurs qui produisaient les photographies ne participaient pas directement à l’expérience combattante (notamment pour des raisons techniques), et les images ne portent donc pas sur les combats à proprement parler ; d’autre part, leur travail obéit à un impératif de propagande : leur instruction est de capturer « tout ce qui peut donner une impression forte de la puissance matérielle ou morale de l’armée française ».
Vient ensuite le corpus proprement dit : un ensemble de 140 photographies sourcées et légendées. Sur la forme, la qualité des clichés est exceptionnelle ; sur le fond, plusieurs grandes thématiques sont couvertes, dont :
– Les civils : la ville de Verdun détruite, ses rues désertes, les villages pris dans la zone des combats totalement anéantis, mais aussi les populations fuyant sur des charrettes ;
– La logistique : l’approvisionnement par la Voie Sacrée, artère stratégique du front ;
– Le matériel militaire : une artillerie omniprésente avec ses servants, mais aussi l’aviation, les ballons d’observation et les dépôts de munitions ;
– Le génie : à l’œuvre dans l’entretien des routes, l’aménagement des positions et le travail des carrières ;
– Les prisonniers allemands : en activité ou non ;
– Le système de tranchées : tranchées et boyaux, forts, no man’s land ravagé, paysages bouleversés saisis depuis le sol ou en vue aérienne. Malgré les contraintes techniques rappelées en avant-propos, une photographie particulièrement rare est à souligner, prise dans une tranchée de première ligne faisant face au bois de Cheppy ;
– Les poilus : c’est là le coeur de l’ouvrage. Les poilus (dont les troupes coloniales – notamment les tirailleurs sénégalais) sont donnés à voir dans les différents moments qui rythment leur temps au front : leur quotidien (repas, repos, sociabilité), les déplacements vers le front ou au retour, mais aussi dans les tranchées. Si l’ensemble relève d’une logique de propagande, on l’a dit – évitant toute représentation trop négative ou démoralisante de l’armée française – certaines photographies s’en affranchissent pourtant. Trois d’entre elles se distinguent particulièrement : une colonne de ravitaillement entièrement détruite, un poste de secours où les blessés gisent au sol, et une dernière, très marquante, montrant des soldats transportant un blessé dont le corps semble presque informe sur son brancard. Plus largement, l’un des grands intérêts de l’ouvrage est de donner à voir ces hommes, pris dans un enfer aujourd’hui difficilement imaginable, et ainsi d’humaniser une réalité que l’on appréhende souvent de façon dépersonnalisée.
En conclusion, Verdun, photographier la Grande Guerre est un ouvrage de grande qualité. Les images, rares et souvent inédites, sont puissantes. Elles permettent de mieux appréhender la réalité concrète de l’expérience combattante, tout en invitant à une lecture critique des conditions de production de ces sources. C’est donc un outil précieux, tant pour l’historien et l’enseignant – qui y trouveront de nouvelles sources et documents – que pour tout lecteur désireux de mieux comprendre la bataille de Verdun.



