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Manuel Appert, Mark Bailoni, Delphine Papin

Atlas de Londres : une métropole en perpétuelle mutation

2013, 96 pages, 20 euros.

Londres détient un PIB égal à celui du Portugal et de l’Autriche réunis ! La ville s’est renouvelée, mais en même temps, elle conserve de très fortes disparités. Cette ville fascinante et aux multiples dimensions est à découvrir ou à approfondir dans ce nouvel opus des éditions Autrement.
La ville est aussi souvent à l’honneur dans les programmes, à la fois de façon historique et géographique, et cela aussi bien au collège qu’au lycée.

L’ouvrage est composé de cinq parties d’inégale longueur et agrémenté de photographies qui ouvrent et ferment le livre. La qualité et la multitude de cartes et schémas sont au rendez-vous comme d’habitude dans cette collection. Une chronologie et des annexes parfois étonnantes comme « Londres à l’écran et en roman », ou encore « Les endroits cultes », complètent l’ensemble.

La « salle des machines » du capitalisme mondial

Ainsi Londres a-t-elle été définie par Jonathan Coe. Le livre commence donc par les origines historiques. Avant, ce site de fond d’estuaire avait organisé les rapports commerciaux. Maintenant c’est l’aérien qui constitue la force de Londres. Les chiffres de ces deux époques peuvent être mis en parallèle : au XIXème siècle, il existait 18 kilomètres de quais et aujourd’hui Heathrow c’est plus de 65 millions de passagers en 2010, ce qui en fait le quatrième aéroport mondial.
L’ouvrage offre de nombreux documents directement utilisables, par exemple dans le cadre du premier thème d’histoire de 1ère sur « les économies monde ».
Londres totalisait 180 000 habitants en 1600, puis vint le grand incendie de 1666 qui eut pour conséquence une réorganisation du tissu urbain.

Londres, ville globale

Londres, c’est 45 % du PIB ou la 10ème économie du monde si on l’isolait ! Une double page sur « le pouvoir économique et financier de la ville » comprend une représentation assez étonnante de la part des bâtiments construits entre 2000 et 2010. Cela prouve en même temps combien la ville se réinvente sans cesse. Elle garde en même temps une forte personnalité parmi les villes monde car, jusqu’à récemment, elle n’était pas une ville verticale comme d’autres métropoles mondiales. Mais, finalement, des constructions récentes et souvent médiatisées montrent qu’un virage a été pris.

Qui est le Londonien moyen ?

Le portrait moyen du Londonien est assez étonnant. L’ouvrage offre ainsi une carte avec les pays de naissance des Londoniens : pas facile de dresser son portrait-robot quand on sait déjà qu’un Londonien sur quatre est né hors du pays.
Ils ont un revenu supérieur de 35 % à la moyenne nationale, mais que de différences entre eux évidemment. Il faut tenir compte du coût de la vie dans la capitale. 38 % des enfants vivent sous le seuil de pauvreté.
On associe parfois Londres à la City, mais que de contrastes entre le jour et la nuit. 400 000 personnes s’y pressent chaque jour, mais 10 000 y dorment !

Vivre la ville ou la subir

De très bons croquis donnent à voir et à comprendre l’évolution de la morphologie urbaine du 18ème au milieu du XXème siècle. Aujourd’hui, 90 % des logements construits sont des appartements, une tendance plutôt subie que choisie. La ville est en pleine métamorphose avec le quartier de Saint Pancras qui a connu un changement complet d’image : autrefois, il était synonyme d’endroit mal famé et dangereux.
Cette ville et ses importants contrastes débouchent parfois sur de fortes tensions. Les auteurs reviennent sur l’idée du multiculturalisme à l’anglaise ; les attentats de 2005 ont indéniablement refroidi les relations entre les communautés d’autant que les auteurs des attentats venaient d’Angleterre. On assiste aussi à une juxtaposition entre zones riches et pauvres, parfois juste à une rue d’écart. Ils évoquent aussi les émeutes de 2011 et montrent le rôle de twitter qui fut un instrument de suivi et non d’organisation. Certains Londoniens en tout cas ne peuvent plus se loger avec des prix augmentent de 30 % dans certains quartiers alors que le prix moyen de l’immobilier a stagné.

Une ville saturée ?

Ce point peut servir en classe de seconde dans la question sur les villes et le développement durable d’autant qu’un certain nombre de manuels l’ont choisi comme exemple. Cela permet donc de compléter l’étude de cas. Les transports sont saturés et parfois obsolètes. Malgré ses 700 kilomètres de voies ferrées et ses 400 de métro, le nombre de rames n’a pas suivi le rythme de l’augmentation du trafic passager. En plus, la logique d’époque était de desservir le centre, ce qui n’est plus forcément adapté dans le cadre des villes actuelles.
Un paragraphe est aussi consacré au péage londonien, mis en place en 2003. Son prix est de 11 euros par jour pour les automobilistes habitant hors de la zone alors que les résidents bénéficient d’une réduction de 90 %. Ce système est loin d’avoir tout réglé. En même temps, c’est une région sans réelle identité. Elle a dû et doit encore contrôler sa croissance à travers la ceinture verte.

L’avenir de la plus ancienne des métropoles

Les jeux olympiques ne sont pas si loin, et tout le monde a encore en tête le succès de Londres 2012. Au-delà de l’événement sportif, qui a coûté plus de 10 milliards d’euros, cela a permis de remodeler la ville du côté de Stratford à l’est.
Si l’on parle d’avenir, il faut aussi se poser la question de l’approvisionnement énergétique. Les énergies renouvelables représentent aujourd’hui 7 % de l’électricité produite en 2010, et le nucléaire intervient lui pour 16 % du total. On retrouve d’autres cas évoqués dans les manuels à travers des réalisations comme Bedzed qui fut précurseur pour la durabilité des bâtiments.

Voici donc un ouvrage fort utile, et très en prise avec de nombreux thèmes abordés au collège et au lycée. Plusieurs documents peuvent être utilisés dans le cadre des cours comme le montrent ces propositions.

© Jean-Pierre Costille, Clionautes.

Manuel Appert, Mark Bailoni, Delphine Papin,

Atlas de Londres. Une métropole en perpétuelle mutation

Editions Autrement, 96 p.

2012, une année riche pour la mégapole londonienne : ré-élection de Boris Johnson, festivités du Jubilé de diamant et, bien entendu, installation de la caravane olympique à la fin du mois de juillet. Dresser un portrait de la capitale britannique relevait donc de l’évidence, mission confiée à des spécialistes du Royaume puisque Mark Bailoni et Delphine Papin avaient commis un « Atlas géopolitique du Royaume-Uni » chez le même éditeur alors que Manuel Appert a publié plusieurs articles sur la ville (« Politique du skyline. Shard et le débat sur les tours à Londres » : Shard est la plus grande tour d’Europe, située face à la city et de forme conique (voir pages 77 à 79) ; « L’art du grand écart : maîtriser la mobilité dans la région métropolitaine de Londres »).

Très bien documenté, à l’instar de l’ensemble des atlas de cet éditeur, l’ouvrage s’ouvre sur une série de photographies (non légendée et c’est bien dommage), une carte du Grand Londres puis quelques pages sont consacrées à l’histoire de la ville (voir aussi « Histoire de Londres », Rémy Bethmont) rappelant les temps forts de son ascension, fondation romaine, extension médiévale, croissance spectaculaire des XVIème au XIXème siècles, comme ceux qui la frappèrent en plein cœur, incendie de 1666 ou blitz qui modifièrent le visage de Londres.

Étonnamment, mais sans que cela ne soit préjudiciable, les auteurs ne consacrent que douze pages au thème « Londres, ville globale », sujet par ailleurs labouré dans les manuels du secondaire ou du supérieur. Deux cartes, deux échelles, la City et le centre de Londres, illustrent le poids économique (avec un titre de première valeur ajoutée accordé aux services aux entreprises), financier mais aussi culturel de cette mégapole. Mention est faite du cosmopolitisme londonien avec une curieuse mais intéressante carte, « géographie des noms de famille » (p31) localisant les patronymes d’origine anglaise à l’Est, indienne au Nord-Est, sikh à l’Ouest. Nos compatriotes expatriés ne sont pas oubliés, un encart « les Français de Londres » et une carte de la Froggy Valley viennent nous rappeler que plus de 100 000 de nos compatriotes vivent l’expérience londonienne.

« Vivre la ville ou la subir » constitue le cœur de cet atlas. Le lecteur/enseignant trouvera ici du grain à moudre pour des études de cas, pensons ici notamment au thème « Habiter la ville » du programme de géographie de sixième. Le sous-titre « une métropole en perpétuelle mutation » prend tout son sens dans cette partie où il est question de logements et de la tendance actuelle à la construction quasi monopolistique d’appartements, subie pour les auteurs du fait des coûts fonciers et immobiliers. Mutation aussi de certains espaces en phase de gentrification tels que le quartier des gares de King’s Cross et de Saint Pancras, phénomène illustré par une carte permettant d’identifier les temps de cette évolution (p41) ou mutation plus générale en raison de la migration du centre de gravité vers l’Est par la reconquête des docks (p43, « Canary Wharf : un îlot privé de l’archipel financier »). Les fractures socio-économiques font l’objet de plusieurs développements :
-Tensions entre communautés et émergence d’un vote d’extrême-droite (BNP, English Defense League) dans des quartiers blancs jouxtant des quartiers mixtes.
-Tensions liées aux violents contrastes de richesse traversant la cité londonienne ; une double-page (P50-51) est riche d’enseignements sur les émeutes de 2011, qualifiées d’émeutes shopping par The Independant, expression que les auteurs reprennent à leur compte : celles-ci ont éclaté majoritairement à la lisière entre les quartiers pauvres et riches (voir les pages 52 à 54 sur le Richistan, le centre-Ouest de Londres).

Quel avenir pour la mégapole londonienne ? La question est posée et l’avenir commence par les Jeux olympiques qui se dérouleront fin juillet/début août. Le débat reste ouvert sur les retombées d’une olympiade pour la ville organisatrice : en 1992, les jeux ont remis Barcelone sur la carte de l’Europe ; pour Athènes, le bilan est bien plus sombre et de nombreuses infrastructures réalisées pour 2004 sont devenues des « friches sportives ». Qu’en sera-t-il pour Londres ? Ce choix a déjà permis de bâtir un nouveau Stratford, territoire miné par des difficultés socio-économiques mais disposant d’une accessibilité élevée et de réserves foncières conséquentes. Reste à savoir si les Londoniens profiteront des jeux pendant les épreuves et après ; Stratford est devenu à ce jour un nouveau pôle de consommation toutefois la mixité sociale souhaitée post-JO semble en mauvaise voie puisque la part des logements sociaux ne dépassera pas les 25%. Sujet d’inquiétude à plus long terme l’approvisionnement en eau et en énergie de la ville : pas de solution miracle, plutôt des solutions pragmatiques : diminuer les gaspillages en éduquant la population et en modernisant les réseaux.

Le tour d’horizon de cet atlas ne serait pas complet si n’était évoqué le passage consacré à la Londres et sa région, région plus économique que politique et administrative (p57 à 66). Cet opus se clôt sur une bibliographie/sitographie d’une page et une nouvelle série de clichés. Les auteurs n’oublient pas, fort heureusement, un détour, même si ce n’est qu’en annexe, par le football. Né en Angleterre, ce sport est roi à Londres avec pas moins de 15 clubs professionnels et de mythiques rivalités (Tottenham/Arsenal; Milwall/West Ham, à visionner le film « Hooligans » avec Elijah Wood, dans le rôle d’un jeune américain rejoignant un groupe de « supporters » de West Ham)

Cyril Froidure Les Clionautes

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