Cette BD se veut le portrait d’un des grands maîtres de la cuisine moderne française, Auguste Escoffier. C’est un projet porté à la fois par la famille et la mairie de Villeneuve-Loubet, ville de naissance de celui qui a été à la fois cuisinier et auteur, spécialiste de la cuisine de palace.

La BD démarre en 1933, alors même qu’Escoffier commence la rédaction de ses mémoires, Souvenirs culinaires. Le cuisinier devient le narrateur de cette BD qui retrace sa vie depuis sa naissance, en se concentrant sur les aspects professionnelles. Démarrant dans le cercle familial, Escoffier se fait rapidement une réputation et de l’expérience. La BD insiste aussi sur son passage à la guerre contre la Prusse, son emprisonnement en Allemagne et la manière dont cela a influé sur sa manière de faire la cuisine.

Le retour de la paix envoie Escoffier sur une piste de plus en plus prestigieuse. Il profite de ses multiples séjours en palace pour réorganiser les cuisines et donner à la fois un aspect plus tayloriste, militaire et rigoureux aux brigades (le nom est symptomatique) : chacun a ainsi désormais un rôle précis et une hiérarchie à comprendre et respecter.

Auguste Escoffier s’associe alors avec César Ritz autour de multiples projets, dont celui de l’Hôtel Savoy à Londres. La BD insiste à ce moment-là sur les recettes légendaires, les grandes rencontres la création de menu à prix fixe, les dons de nourriture aux pauvres, mais « oublie » les accusations de vols, de corruption et de pots-de-vins qui ternissent cette aventure.

Nous nous retrouvons 10 ans après, lorsqu’Escoffier étoffe son projet de Guide culinaire, livre compilant des recettes. A bord du paquebot de luxe Amerika, Escoffier gère avec précision une brigade chargée de servir chaque soir les plus grandes fortunes et les plus hauts dirigeants de la planète, ce qui lui vaudra plus tard le surnom de « cuisinier des rois, rois des cuisiniers ». Sa renommée le pousse aussi à vouloir faire rayonner la cuisine française, élevée au rang d’art, à l’échelle mondiale, avec la parution et l’organisation, à l’échelle internationale, des Dîners d’Epicure. Escoffier n’oublie pas la dimension sociale de sa réflexion: il publie en 1910 « Le projet d’Assistance mutuelle pour l’extinction du paupérisme », ouvrage où il propose ses solutions pour lutter dans ce fléau accentué par l’industrialisation.

Les années qui suivent la Première Guerre mondiale sont marquées à la fois par le traumatisme de la mort de son fils, mais aussi par la reconnaissance politique et les honneurs. Ainsi, Escoffier est décoré dans plusieurs pays, notamment en France avec la Légion d’Honneur. Il est aussi sollicité par la société italienne Maggi avec qui il met au point le bouillon en cube qui a fait la gloire de l’entreprise.

La BD semble d’abord se clôturer sur l’héritage d’Escoffier, notamment sur l’inspiration qu’il a suscitée chez les cuisiniers du monde entier, à la fois dans les aspects culinaire et managérial.

Mais de manière très surprenante, la BD se termine réellement sur 14 pages de publi-reportages pour différentes institutions qui ont financé cette oeuvre. En enfilant de force, au chausse-pied un pseudo héritage moral avec Escoffier, ces dernières pages ternissent clairement la lecture. Elles n’ont clairement aucune utilité à la compréhension de l’oeuvre d’Escoffier et ne sont qu’un prétexte pour remplir de publicité ce travail. Une faute de mauvais goût rarement vue en bande dessinée.

Au final, une BD qui a de très beaux aspects, notamment le graphisme, la mise en avant des apports d’Escoffier sur la gestion des cuisines et l’élaboration des recettes, la dimension sociale de sa réflexion. Mais elle est gâchée par quelques légers aspects hagiographiques, mais surtout cette quinzaine de dernières pages  qui transforment cette BD en publicité malhabile et nauséeuse.